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Billet de blog 20 janvier 2026

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Le Plan de paix de Trump: «un mandat international sur le peuple palestinien»

Jack Khoury analyse le Plan de paix: «les Palestiniens se retrouvent une fois de plus sous mandat, cette fois américain». Il n’y a «aucun représentant palestinien» et «le sort des Palestiniens de la bande de Gaza n'est confié à aucun organisme palestinien officiel.» Les habitants de Gaza sont «réduit à la survie quotidienne». «bienvenue dans l'ère du mandat, édition 2026.»

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Analyse
Le mandat Trump :
qui a besoin que les Palestiniens gèrent leur propre vie à Gaza ?

Soixante-dix-huit ans après la Nakba et la fin du mandat britannique,
et après des générations à rêver d'autodétermination
et à œuvrer pour sa réalisation, les Palestiniens sont confrontés
à un nouveau cadre de gouvernance américain
– sans aucune représentation palestinienne.

Jack Khoury, Haaretz, dimanche 18 janvier 2026

Illustration 1

En octobre, le président Donald Trump a salué
le président palestinien Mahmoud Abbas lors d'un sommet
visant à soutenir la fin de la guerre israélo-palestinienne (Hamas)
à Gaza, qui dure depuis plus de deux ans,
après la conclusion d'un accord de cessez-le-feu historique.
Crédit : Evan Vucci/AP

L'annonce par le président Donald Trump de la création officielle du Conseil de paix de Gaza n'est pas seulement une nouvelle initiative diplomatique. Il s'agit d'une déclaration dont la signification est bien plus profonde : le rétablissement d'un protectorat international – et surtout américain – sur le peuple palestinien.

Soixante-dix-huit ans après la Nakba et la fin du mandat britannique, les Palestiniens se retrouvent une fois de plus sous mandat, cette fois américain, sous le couvert des mots « paix, reconstruction et stabilité ».

Le conseil annoncé par Trump, ainsi que le conseil exécutif et le conseil exécutif de Gaza qui l'accompagnent, ne comprennent aucun représentant palestinien – ni élu, ni nommé, ni même « largement accepté ».

Ces instances sont censées définir les politiques, élaborer des plans et prendre des décisions cruciales. Même si certaines de ces décisions sont officiellement transmises à un comité technocratique à Gaza, il s'agit simplement d'une transmission d'instructions. Les membres de ce comité, bien que palestiniens originaires de Gaza, n'ont aucune influence réelle. Ce sont des fonctionnaires, pas des décideurs. Toute tentative de s'écarter de la ligne dictée par leurs supérieurs pourrait entraîner leur remplacement immédiat. C'est ainsi que fonctionne un mandat, et c'est ainsi qu'opère un système sans souveraineté.

Dans les couloirs de l'Autorité palestinienne à Ramallah, les responsables tentent de donner l'impression que tout se passe comme d'habitude. Le président Mahmoud Abbas et son entourage – principalement son adjoint, Hussein al-Sheikh, et le chef des services de renseignement, Majed Faraj – peuvent mettre en avant les consultations et les contacts avec Tony Blair et Nikolay Mladenov. La semaine dernière, ils se sont même empressés de saluer la création du comité technocratique et de féliciter Trump, tout en sachant que leur propre influence est marginale. La décision se prend au-dessus de leur tête, sans eux, et le président américain ne les considère pas comme de véritables partenaires.

Conseil de la paix de Trump : Voir ICI

Dans le même temps, et comme prévu, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a déjà commencé à faire obstruction au processus. Samedi, immédiatement après la fin du sabbat, il a fait part de ses objections quant à l'identité des membres du Comité exécutif de Gaza. Le message est clair : tant que les « réserves sécuritaires » d'Israël ne seront pas levées et qu'Israël ne permettra pas au Comité exécutif de Gaza et au comité technocratique de fonctionner normalement, des semaines, voire des mois pourraient s'écouler, suffisamment longtemps pour vider de leur substance toute décision importante.

Illustration 2

Le président américain Donald Trump
s'exprime lors d'une conférence de presse
conjointe avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu
(hors champ) à sa résidence à Mar-a-Lago, à Palm Beach,
en Floride, le mois dernier.
Crédit : Jim Watson/AFP

Il convient également de noter que Washington n'est pas pressé. Trump n'a pas caché que le Conseil de paix opérant sous son égide operating under his patronage avait également pour objectif de traiter d'autres conflits dans le monde. La question palestinienne n'est qu'une parmi d'autres, et n'est pas nécessairement la plus urgente. De plus, on ne sait toujours pas d'où proviendront les dizaines de milliards de dollars nécessaires à la reconstruction de Gaza.

Dans la réalité de 2026, le sort des Palestiniens de la bande de Gaza n'est confié à aucun organisme palestinien officiel. L'Autorité palestinienne, qui espérait revenir à Gaza par la « voie politique », perd simultanément sa capacité à gouverner la Cisjordanie et fait face à une érosion continue.

Illustration 3

Un camp de déplacés palestiniens, abrité sur une plage
par temps orageux, est visible à Gaza, en début de semaine.
Crédit : Jehad Alshrafi/AP

À Gaza même, le débat est tout autre. La question n'est plus de savoir qui gouvernera et qui décidera, mais comment répondre aux besoins les plus élémentaires : nourriture, médicaments, abri food, medicine, shelter. Le rêve national s'est réduit à la survie quotidienne. Toute lueur d'espoir, même lorsqu'elle est soutenue par une puissance étrangère, est considérée comme une bouée de sauvetage.

Il est donc essentiel de faire la distinction entre les déclarations spectaculaires à la Trump et leur mise en œuvre sur le terrain. Cependant, que le Conseil de paix commence à fonctionner cette semaine ou soit reporté à plusieurs reprises, la conclusion reste la même. Les Palestiniens, qui depuis des générations rêvent d'autodétermination et cherchent à la réaliser, ont perdu même ce qui en restait. Sans déclaration officielle et sans drapeaux, bienvenue dans l'ère du mandat, édition 2026.

Jack Khoury, Haaretz, dimanche 18 janvier 2026 (Traduction DeepL)

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