Qui était Carlos Alberto Brilhante Ustra (1932-2015) ?
Chef du département Doi-Codi (Détachement des opérations d’information - Centre des opérations de défense intérieure), il est le personnage emblématique de la dictature du Brésil.
C'est à lui que Bolsonaro dédia son vote lors de la destitution de Dilma Rousseff, qu'il avait torturée quand elle avait 20 ans.
Il niera toujours avec aplomb devant ses victimes et, comme les autres militaires, ne sera pas inquiété. Voir sa confrontation à la commission de la vérité, issue de "Sachez qui est le colonel Ustra", de l'agence publique EBC.
Voici la traduction d'un article du groupe Abril (conservateur).
1. Début de carrière
Né à Santa Maria, RS, Ustra a eu une carrière militaire initialement discrète. Pacato, alors que ses collègues officiers étaient activement impliqués dans les coulisses de la fin de la dictature de Getúlio Vargas en 1945, il ne s’engagea dans aucune conspiration ni dans aucune controverse avant le durcissement du régime militaire en 1968.
2. Ascension
Ustra a attiré l'attention de l'armée avec des textes qui préconisaient un travail de contre-espionnage pour empêcher le pays de devenir une dictature socialiste. Avec la montée des guérillas, qui attaquaient depuis 1966, le régime organisa une résistance. Ustra, alors major, était l'un des sélectionnés.
3. Succursale de l'enfer
La résistance a commencé avec le centre d'investigation connu sous le nom d'Opération Bandeirante (Oban). Fondé à Sao Paulo en 1969, Oban a torturé des dissidents pour obtenir des informations sur leurs camarades militants. À l'un des prisonniers, Frère Tito, Ustra a déclaré en 1970: "Vous allez rencontrer la succursale de l'enfer".
4. Doi-Codi
Le succès d'Oban a amené le gouvernement à créer le détachement d'opérations d'information - Centre d'opérations de défense interne (Doi-Codi). Ayant son siège dans les principales capitales, il avait des cellules de détention et des salles d'interrogatoire - ainsi que de torture. Ustra a commandé le Doi-Codi de São Paulo entre 1970 et 1974 et était appelé «Docteur Tibiriçá» (on ne sait pas pourquoi).
5. Rôle du chef
Le sale boulot, comme les coups, les chocs et les noyades, revenait aux gorilles (policiers et militaires qui étaient heureux de battre les prisonniers). Suivant les opérations au jour le jour, Ustra jouait un rôle de premier plan : il formait les agents de terrain et les tortionnaires pour se concentrer sur la traque des opposants au régime militaire.
6. Les "promenades"
Ustra n'a pas accompagné toutes les tortures. Il est sorti de nulle part dans des affaires difficiles pour faire les "promenades" qui l'ont rendu célèbre: il étreignait le détenu et le menait dans une pièce où se trouvait le corps d'un militant. «Si vous ne parlez pas, ça se terminera comme ça», dit-il. Il a même battu une femme enceinte et une autre fois obligé ses enfants voir une mère torturée.
7. La disparition de cadavres
Un problème était de savoir quoi faire avec les corps. Dans le DOI-Codi de São Paulo, 47 personnes ont été officiellement tuées, mais la "Commission de la vérité", qui a enquêté sur les abus de la dictature, estime que ce service a tué 502 personnes. Dans les années 1990 et 2000, Ustra a été poursuivi à plusieurs reprises pour dissimulation de cadavres, notamment dans des fosses communes du cimetière de Perus, état de São Paulo.
8. Simulacres de fuite
Une autre stratégie a été mise au point: des agents déclaraient que le prisonnier fuyait après avoir été touché. Souvent, ils n'étaient même pas obligés de tirer sur la victime, elle était déjà suffisemment blessée. À d'autres moments, les véhicules de police étaient utilisés pour frapper les cadavres.
9. Électrochocs et battes de bois
Selon la Commission de vérité, il aurait également utilisé l'électrochoc et les battes de bois au Doi-Codi. Il en est sorti en 1974 et est devenu instructeur à l’École nationale de l’information (ESNI) de Brasilia, où il écrit une brochure dans laquelle il prêche l’utilisation «d’interrogatoires plus rigoureux».
Il a également été impliqué dans des mauvais traitements infligés à des prisonniers à Fazendinha, un centre de torture secret situé à Alagoinhas, dans l'État de Bahia.
10. Fin de partie
En 1978, Ustra est détaché auprès de São Leopoldo, Rio Grande du Sul. À la fin du régime militaire, il devient attaché militaire à Montevideo. En 1985, lors de la visite du président José Sarney en Uruguay, il est reconnu par l'actrice Bete Mendes. Députée fédérale à l'époque, elle a déclaré avoir été torturée par le colonel. Suite à ce scandale, il a été mis à la retraite.
Agrandissement : Illustration 2
Ustra est un symbole adulé par de nombreux admirateurs.
"Le Brésil te sera toujours reconnaissant pour avoir aidé à maintenir la patrie libre du communisme. Repose en paix, notre héros"
On dénombre sur Facebook quatre sites au nom de Carlos Alberto Brilhante Ustra (que l'on peut signaler comme haineux).
Références
- Du groupe public UOL : Bolsonaro va recevoir la veuve du tortionnaire de la dictature ce jeudi https://noticias.uol.com.br/politica/ultimas-noticias/2019/08/07/bolsonaro-vai-receber-viuva-de-torturador-da-ditadura-nesta-quinta.htm
- Blog du journaliste Sakamoto : L'homme que Bolsonaro nomme héros national a torturé et tué mon oncle https://blogdosakamoto.blogosfera.uol.com.br/2019/08/08/o-homem-que-bolsonaro-chama-de-heroi-nacional-torturou-e-matou-meu-tio/
Tortures utilisées au Brésil https://www.plural.jor.br/documentosrevelados/nome-dos-torturadores-e-dos-militares-que-aprenderam-a-torturar-na-escola-das-americas/tpos-de-tortura-usados-durante-a-ditadura-civil-militar/