Le coup d'Etat militaire de 1964 et la dictature au Brésil.

L'existence d'une dictature de 1964 à 1985 est maintenant niée par le Président de la République Fédérative du Brésil et son Président de la cour suprême. Dans des livres d'Histoire brésiliens et français, le coup d’État est mentionné, comme un événement sans intervention étrangère. Après la destitution de Dilma Rousseff, on peut revenir sur le coup d’État à l'origine de 21 ans de dictature.

Le coup d’État et la dictature ont-ils existé ?

Le coup d’État de 1964 est nié par le Président Bolsonaro ("il n'y a pas eu de dictature militaire") et par le Président de la cour suprême Dias Toffoli  ("cela n'a pas été un coup d'État, mais un mouvement"). Bolsonaro avait pourtant dédié son vote pour la destitution de Dilma Rousseff au chef des groupes de torture, le colonel Ustra.

Pour l'immense majorité des brésiliens, pour les historiens et pour l'ensemble de la communauté internationale, il y a bien eu coup d'État militaire, et une dictature de 1964 à 1985, avec contrôle des libertés, disparitions et tortures (moins nombreuses certes qu'en Argentine et au Chili).

Qui en a été l'organisateur ?

Alors que la responsabilité des USA dans le coup d’État du Chili a été largement documentée et reconnue par les responsables, dont le chef de la CIA, elle a été longuement ignorée pour ce qui est du Brésil. On ne trouve pas trace d'un rôle des USA dans les livres brésiliens d'histoire du Brésil de Jorge Caldera (1997)1⁠ ni de Skidmore (1998)2⁠ . Dans les livres d'histoire du Brésil français, Jean-Pierre Langellier (2013)3parle de "coup d'Etat militaire soutenu par les Etats-Unis", Armelle Anders (2016)4⁠ évoque "Les conspirateurs ont le soutien des Etats-Unis, prêts à leur prêter main forte si la prise de pouvoir rencontrait des difficultés", et Michel Faure (2016)5⁠ n'en parle pas.

C'est Flávio Tavares (prisonnier politique libéré en échange de l'ambassadeur américain en 1969, photo ci-dessous) dans "1964, O Golpe" (2014)6⁠ qui décrit le mécanisme pas à pas, à partir des archives de la NSA libérées pour le 40e anniversaire du coup d’État. 

Les prisonniers échangés contre l'ambassadeur américain au Brésil en 1969. © Photo prise par des militaires en 1969 Les prisonniers échangés contre l'ambassadeur américain au Brésil en 1969. © Photo prise par des militaires en 1969

On y trouve l'enregistrement audio d'une conversation au cours de laquelle JF Kennedy donne en 1962 le feu vert à l'ambassadeur US au Brésil, Lyndon Gordon, pour l'organisation d'un coup d’État (JFK est assassiné l'année suivante, et les militaires prendront le pouvoir sous la présidence de Lyndon Johnson).

Tavares montre comment Lyndon Gordon prit contact avec Vernon Walters, futur directeur de la CIA, qui avait connu le corps expéditionnaire brésilien pendant la campagne d'Italie en 1943. C'est par cette relation qu'est intervenu Castelo Branco qui a pris le pouvoir en 1964.

Tous ces documents sont également présentés dans le documentaire "O dia que durou 21 anos" réalisé avec l'aide d'historiens brésiliens et américains. Marie-Madeleine Robin a ensuite montré que des militaires français, dont Aussaresses, ont collaboré7⁠ activement à la dictature.

En conclusion,

Les documents montrent qu'il y a bien eu un coup d’État en 1964, et qu'il a été organisé par les USA, pour installer une dictature militaire. On est donc en droit de s'interroger sans conspirationnisme sur les événements récents.

Sources :

  • Le documentaire 

(pt) https://pt.wikipedia.org/wiki/O_Dia_Que_Durou_21_Anos

(en) https://en.wikipedia.org/wiki/O_Dia_que_Durou_21_Anos

 

  • Livres :

1. Caldera J. Viagem pela história do Brasil. Companhia. São Paulo: Editora Schwarcz Ltda

2. Skidmore T. Uma história do Brasil. 2e ed. São Paulo: Paz e Terra; 1998.

3. Langellier J-P. Brésil, l’épopée d’une puissance émergente. Paris: Le Monde Edition; 2013.

4. Enders A. Histoire du Brésil. Paris: Chandeigne; 2016.

5. Faure M. Une histoire du Brésil. Paris: Perrin; 2016.

6. Tavares F. 1964, O golpe. São Paulo: L&PM Editores; 2014.

7. Robin M-M. Escadrons de la mort, l’école Française. La Découverte; 2004.

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