Démocratisons la philosophie

Le début bien agité du 21e siècle a fait remonter à la surface la pensée de nombreux auteurs pendant que d'autres, plus contemporains, s'exercent à penser l'avenir d'un monde incertain, rongé par la peur de l'apocalypse. Dans ce contexte, prendre du recul et proposer un parcours de santé philosophique s'impose.

On ne peut pas s'attaquer à toute l'histoire philosophique, qu'elle soit occidentale ou autre, sans faire preuve d'une nécessaire humilité qu'oblige la masse des problèmes que l'humanité va rencontrer dans les prochaines décennies. Comme à la Renaissance, nous avons aujourd'hui, en France, nos "humanistes", Hessel, Badiou, Deleuze, Lemaître, Derrida, Morin et tant d'autres qui apportent, chacun dans une approche différente, des clés permettant à chacun de faire progresser sa compréhension du monde. Mais serions-nous les seuls à avoir des têtes pensantes qui voient plus loin que le bout de leur nez ? Nous pourrions retomber dans une sorte de colonisation intellectuelle du monde qui ne dirait pas son nom, voire s'en défendrait en se raccrochant à l'universel.

CLASSIQUEMENT VÔTRE

Restent, les classiques, pour ceux qui ont eu la chance de faire le parcours philosophique des enfants nés après guerre, en partant d'Aristote et en finissant par Mao Zedong, qui incarna pour son peuple le lien entre la pensée marxiste léniniste et la pensée chinoise issue du confucianisme. 

A pas de géant, nous sommes passés par Platon, Saint Augustin, Diderot, Voltaire, Rousseau et Robespierre pour sauter à Marx, Engels, Lénine. Et les militants de ma génération ont appris tout cela dans les écoles du PCF des années 1970, qu'ils aient été étudiants, ouvriers ou paysans de l'époque. Quel que soit le parcours des uns et des autres, cette formation a été redoutablement efficace pour susciter une ténacité militante à toute épreuve, dans les pires conditions. Elle arrive aujourd'hui à un aboutissement de ceux qui ont encore la chance de vivre aujourd'hui et sont souvent des militants de premier ordre dans les organisations syndicales, associatives ou politiques.

Je n'ai pas cité Trotsky pour ne pas avoir à citer son assassin, Staline. Ils furent, dans un sens pathétiquement opposés de l'histoire, des élèves de Lénine, qu'on le veuille ou non, qu'on les considère utiles ou néfastes, ce qui n'est pas le sujet de mon propos.

Beaucoup citent ces dernières références, soit pour les brûler soit pour les encenser. Les conditions du blocage de la société française sont certainement à l'origine d'un retour en grâce du léninisme en regard de l'intransigeance de la classe dominante et de l'impossibilité de négocier quoi que ce soit comme autrefois. En appui, une certaine frilosité de la pensée communiste contemporaine, liée au fiasco de l'Union soviétique, renforce cette tendance. Il faut être prétentieux pour fustiger ici et là des militants qui se posent des questions et vont dans ce sens. I faut écouter et non se dérober et proposer une méthode alternative.

OUVRIR PORTES ET FENÊTRES

La philosophie ne doit plus être considérée comme un unique apprentissage de ce qu'ont écrit les grands penseurs des trois siècles derniers, sans les oublier. Elle doit s'ouvrir à une véritable formation active qui doit toucher toutes les classes de la société, particulièrement celle des travailleurs qui ont retrouvé le chemin de la conscience de classe dans le mouvement des retraites, et bien au-delà. Elle doit se démocratiser et ne plus rester le pré carré de ceux qui voudraient penser pour les autres. Le temps des "guides" n'est certes pas terminé et il peut se justifier encore ici et là comme un ciment de peuples qui luttent pour leur émancipation. C'est le cas de nos amis cubains et de bien d'autres à qui nous ne devons jamais donner de leçon.

Mais en Europe, ce schéma ne tient pas. Sauf à s'agréger à des expériences populistes qui finissent dans le marasme que nous connaissons en Italie. Dans ce sens, la réflexion sur les solutions de dépassement du capitalisme doit sortir des cabinets feutrés de l'expertise. Penser est à la portée de tout le monde. Les problèmes qui secouent l'humanité doivent aussi sortir les postures du thématisme qui réduit le champ des réflexion et pousse à de fausses solutions. C'est un immense chantier qui s'ouvre, chez les communistes, naturellement, mais aussi chez les syndicalistes, les associatifs, les autres partis qui se veulent de gauche et, bien sûr, toutes celles et ceux qui veulent rester en dehors des structures sans pour autant déserter le combat citoyen. Le mouvement des gilets jaunes a donné une grande leçon à notre société. Le réveil de nombreux citoyens abandonnés par l'institution de la 5e République ont donné de la voix avec certaines formes d'imagination qu'ils ont mises à la disposition de l'ensemble du mouvement social. Je n'en citerai qu'un, pour exemple, le POUVOIR VIVRE qui remplace avantageusement le POUVOIR D'ACHAT. C'est une idée qui avance. mais elle n'est pas encore inscrite dans le marbre des comportements du monde syndical et politique. Elle pose des questions essentielles pour appréhender les conditions de l'émancipation citoyenne de demain.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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