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Billet de blog 5 novembre 2025

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Politique linguistique en Bretagne : autopsie d'un désastre

IL est temps d'explorer les vraies raisons de l'échec de la politique linguistique en Bretagne. La langue bretonne est victime d'une collusion frauduleuse entre le pouvoir régional et l'Etat. La survie de la langue bretonne n'a jamais été une priorité. On est dans le jeu de rôle et le faire croire.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Les récents chiffres publiés sur le passage du nombre d’élèves scolarisés en filière bilingue sous la barre des 20 000 mérite que l’on s’interroge enfin sérieusement sur les raisons de cet échec lourd de conséquences pour la Bretagne.

L’importance de cette politique linguistique saute aux yeux de tous, et malgré cela on recule, ce qui laisse songeur sur la capacité du pouvoir régional en place à défendre les intérêts bretons.

Dès la signature de la Convention spécifique sur les langues en 2022, nous avions pointé le déséquilibre flagrant entre l’objectif affiché des 30 000 élèves et l’absence d’engagement précis de la part de l’Etat à former un nombre suffisant d’enseignants parmi ceux déjà en poste.

Pourquoi un tel déséquilibre entre l’objectif et les moyens ?

Peu après cette signature, l’Etat a réduit drastiquement le nombre de postes ouverts aux concours d’enseignants du second degré langue bretonne -3- manquant ainsi au peu d’engagements qu’il avait souscrit.

La région a-t-elle réagi avec véhémence ? Absolument pas.

Dans un univers contractuel normal, le manquement aux obligations de l’Etat aurait nécessité une mise au point ferme voire une dénonciation de la Convention spécifique par la région Bretagne.

Comment s’attendre à ce que l’Etat avance sur ce terrain alors que la Région ne réagit pas lorsqu’il manque à ses engagements ?

Nos représentants à la région et son président Loig Chesnais-Girard sont-ils de piètres négociateurs ?

Je ne le crois pas. Ils font le strict minimum au sein d’un système politique hostile à nos langues et au sein duquel ils évoluent.

Le PS en Bretagne a toujours été marqué par une certaine ambivalence entre les vieilles lunes jacobines et les bienfaits de la diversité culturelle.  Souvenons-nous de Pierre Maille, maire de Brest, venu faire carrière chez nous et qui nous affirmait qu’il n’y avait rien à faire pour sauver notre langue.

Les défenseurs de la langue bretonne et les associations culturelles sont devenues pour ce pouvoir une clientèle comme le sont les enseignants qui votent traditionnellement à gauche.

S’il est facile d’entonner les jolis concepts de diversité et d’altérité, il n’entre pas dans la mentalité des membres du PS de défendre le peuple breton ni même d’accoler ces deux termes.

Le rapport Quernez sur l’autonomie n’est qu’un document flou qui ne mentionne pas la seule justification à l’autonomie, l’existence même du peuple breton.

Ce n’est pas la diversité qui justifie la survie de la langue bretonne, mais le peuple breton lui-même. Que je sache, ce n’est pas au nom de la diversité culturelle que l’on apprend le français aux jeunes de ce pays ! Et bien pour nous, Bretons, c’est pareil.

L’ambivalence marque la politique linguistique menée par le parti socialiste en Bretagne qui raisonne avant tout en termes de clientèles.

D’où ce jeu de rôle insupportable avec l’Etat français. La région fait mine d’agir en proposant des objectifs élevés qu’elle sait hors d’atteinte car dénués de moyens. L’Etat fait mine de consentir et n’agit pas. Nos élus se dressent sur leurs ergots en dénonçant l’Etat qui a fauté.

Il s’agit bien d’une collusion frauduleuse ou d’un jeu de dupe au préjudice des Bretonnes et des Bretons, par des acteurs d’un même système de pouvoir.

L’avenir de la Bretagne et la mise en œuvre d’une véritable politique linguistique ne feront pas l’économie d’un tremblement de terre. C’est ce système de pouvoir qu’il faudra briser pour mettre en place un pouvoir réellement démocratique et capable d’agir de manière responsable au nom du peuple breton.

La marque de la clientèle, c’est la dépendance. Faut-il rappeler que le peuple ne bouge pas vraiment lorsque l’échec saute aux yeux de tous ? Le passage sous la barre des 20 000 élèves aurait largement justifié une manifestation publique à la région pour demander compte à Loig Chesnais-Girard de son echec.

Au lieu de cela, rien ou pas grand-chose. Aurions-nous baissé les bras ? Aurions-nous oublié que le principe de la Convention spécifique sur les langues fut acquis à l’issue de la mobilisation populaire des Bonnets rouges ?

Les associations bretonnes fonctionnent à base de subventions et ne sont plus vraiment en mesure d’exiger de la région une autre politique que celle qui nous afflige. Il est toujours tentant d’espérer  de ses bonnes relations avec la région.

Le PS brille par sa capacité à fidéliser des personnalités fortes qui entretiennent la confiance.

La seule critique que nous pourrions formuler à l’encontre de Paul Molac, inattaquable dans ses convictions, c’est de légitimer de sa seule présence un pouvoir en faute et de le conforter dans son inaction.

Cette situation justifierait pleinement qu’il quitte un navire en perdition.

Alors on me dira, mais qu’auriez-vous fait vous, à leur place ? Et bien, à droit constant, j’aurais ouvert une crise politique avec l’Etat français en refusant d’assumer les charges de construction et d’entretien des locaux des lycées tant qu’un véritable plan de formation des enseignants en place n’est pas mis en œuvre, au même niveau que celui de la Corse.

La même pression aurait été mise sur l’enseignement privé qui se trouve aujourd’hui à la dérive complète sur le terrain de l’enseignement bilingue.

On appelle ça la volonté politique qui n’a plus cours en Bretagne depuis si longtemps déjà.

Si plus personne n’ignore l’échec de la politique linguistique menée par Loig Chesnais-Girard, sa responsabilité politique mais surtout historique doit être soulignée avec force désormais.

S’il a choisi de se taire, il n’échappera pas à sa responsabilité pour autant.

Yvon Ollivier

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