Europe, entre civilisation et barbarie
Le président américain, en affirmant vouloir restaurer la grandeur de l’Europe menacée par l’effacement civilisationnel n’a d’autre objectif que la satisfaction de ses intérêts nationaux menacés par la règlementation européenne.
Le terme civilisation est employé pour désigner une société régie par un ensemble de traits caractéristiques et identifiables. Il se confond avec la notion de "culture" et on l’opposerait à la barbarie.
Alors qui sommes-nous ?
La déesse Europe nous ramène à l’image d’une belle femme objet de convoitises et victime d’un rapt. C’est un peu notre situation puisque nous peinons à nous défendre, à parler d’une seule voix.
Surtout, l’Europe est une tension permanente entre les forces de la barbarie et l’appel de la civilisation.
La barbarie, nous l’avons connue et même la pire avec le nazisme. Nous l’avons exportée partout, en Afrique avec la colonisation et les génocides.
Mais l’Europe, c’est encore cet appel de la civilisation qui commande de régler tous nos différents par le dépassement ou la recherche d’une transcendance commune.
Notre vieille terre a accouché du meilleur de l’humanité. C’est la terre où jaillit la raison de la caverne de nos obscurantismes. Et la raison, les lumières, ont donné naissance à des notions fortes comme l’égalité en droits, la reconnaissance de droits fondamentaux mais encore dans le champ politique avec le fédéralisme ou le principe de subsidiarité pour ordonner la vie ensemble.
Donald Trump nous confronte à nous-mêmes dans les choix que nous allons faire. Choisirons-nous le repli national, la fin de la dynamique fédérale et surtout le rejet brutal des immigrés et autres réfugiés ? Cette dynamique de rejet ne connaît pas de limites.
Je songe à la situation des morisques convertis de force au catholicisme en Espagne après la reconquista. Ces convertis furent toujours discriminés, victimes de l’inquisition avant d’être expulsés au nom du droit du sang.
La cause en fut la grande peur liée à la fragilité de la société espagnole de l’époque.
Aujourd’hui, ce qui me préoccupe, c’est la grande peur qui sévit au sein de notre société, instrumentalisée par les faiseurs de haine.
Si l’Europe choisi le repli et la haine, elle trahira son âme et disparaîtra.
Si l’Europe trouve le chemin du dépassement et de la transcendance, mais aussi celui de la confiance, elle survivra.
Or il n’existe pas de dépassement sans la reconnaissance de ce que l’on souhaite dépasser. C’est la clé de toutes les transcendances.
Pour pouvoir dépasser des différences, encore faut-il les reconnaître par un statut adapté mais sans rien transiger de ce qui rassemble. Car on n’intègre jamais l’étranger sans exiger de lui qu’il reconnaisse les valeurs de la société d’accueil.
Et puisque l’enjeu majeur aujourd’hui concerne l’islam, il faut être capable d’imposer aux musulmans un socle de valeurs communes et démocratiques qui n’appellent pas la moindre dérogation.
L’Europe en dispose des moyens avec l’arme du droit, que l’on doit aux romains, et la volonté farouche dont fit preuve Alexandre en tranchant le nœud gordien.
La tentation barbare, que nous offre Donald Trump, signerait notre perte en tant que civilisation tournée vers la transcendance et nous ramènerait au pire qui germa de notre vieille terre.
yvon ollivier
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