PMA : Un refus contradictoire de la nature et de la relation amoureuse

La question de la PMA, votée par le parlement à la grande majorité, mérite d'être abordée critiquement et courageusement, sur une base morale impérative et pas seulement éthique ou facultative. On ne peut accepter qu'un être humain accepte de procréer sans passer par une relation sexuelle et amoureuse avec un autre être humain. J'explique pourquoi, sans concession à la mode.

                                      PMA : un refus contradictoire de la nature et de la relation amoureuse 

L’acceptation de la PMA qui vient d’être validée par le Parlement avec l’appui de la plupart des courants politiques, y compris de la gauche dont je fais partie, me choque énormément, moi qui n’ai pas renoncé à la morale ou à l’éthique (j’y reviendrai) dans la vie politique, sociale et individuelle, morale ou éthique qui  ont décidé de mon engagement communiste depuis longtemps, avec ou sans carte. Je voudrais dire pourquoi, quitte à être une  fois de plus minoritaire et exposé à la critique, y compris sur ce site. Mon argumentation va se dérouler sur plusieurs registres, en commençant par celui que le titre de mon billet exprime.

Les homosexuels, féminins (lesbiennes) ou masculins (gays), se réclament d’une identité sexuelle spécifique, revendiquée par eux et attestée aussi par la plupart des scientifiques – identité qui est naturelle même si on peut aussi, dans certains cas, lui trouver une origine biographique (voir la psychanalyse pour une part). C’est dire qu’elle ne relève pas d’un choix comme il est dit, idée que je trouve incongrue au minimum : choisit-on ses pulsions ou la domination de l’une d’entre elles sur l’autre puisque, à ce niveau, nous sommes tous bisexués (voir la psychanalyse à nouveau) ? Bien sûr que non ! Et ils ont donc totalement raison d’exiger que l’on respecte le droit à leur orientation sexuelle, ce que des siècles d’influences religieuses multiples leur ont interdit. Traduisons : ils demandent à ce que l’on fasse droit à leur nature propre dans un domaine où son expression ne fait de mal à personne, contrairement, par exemple, à la pulsion agressive, si elle est naturelle elle aussi, qui doit être réprimée.

Mais le paradoxe, sinon la contradiction insoutenable selon moi, c’est que simultanément – et je pense avant tout ici aux lesbiennes en couple , mais on peut transposer aux gays –  elles demandent que  dans la procréation on fasse fi de cette loi, naturelle elle aussi, qui veut qu’un enfant résulte de l’union sexuelle de deux êtres de sexes différents, d’où s’ensuit la relation de parentalité : celui qui a permis d’avoir un enfant est le père de celui-ci, et pas seulement son géniteur ; et il en est responsable humainement tout autant que la mère, dans ce cas. Cette nature que l’on revendiquait avant, voici qu’on la nie frontalement ! Où est la cohérence ? J’aimerais que l’on me l’explique.

Mais il y a pire, selon moi. Pour m’en tenir au cas des lesbiennes (pour ne pas compliquer l’explication), voici qu’un couple de deux êtres féminins qui s’aiment, ne veut pas de l’homme, par définition, mais en veut seulement pour enfanter, à condition que ce ne soit pas le résultat d’une relation hétérosexuelle amoureuse et effective. Il naîtra donc sans cette relation, et à travers un procédé « technique », le don anonyme de sperme. Je trouve cela aberrant, et je dis même indigne car cela consiste : 1 A évacuer l’amour, et donc la relation charnelle, de l’enfantement : on cesse de vouloir un enfant de quelqu’un d’autre que celui  qu’on aime et en se tournant donc vers l’autre dans une union naturelle elle aussi, très belle, qui dépasse notre ego.  2 A vouloir un enfant pour soi, même si l’on est deux à le vouloir. L’enfant à venir devient comme un jouet qu’on crée pour se faire plaisir, donc un objet et non un sujet incarnant éventuellement les qualités de l’être aimé et le prolongeant. On est alors en plein narcissisme, en plein égoïsme ou en plein égotisme, au choix. On met en œuvre ce « précepte » contemporain qui  illustre la nouvelle normativité dominante, qui est aussi au cœur du libéralisme contemporain : «J’ai envie, donc j’ai le droit ! » Cela peut aller très loin, mais je n’en dis pas plus.

Par contre on peut préciser l’essence de cette nouvelle normativité, en l’occurrence définir la condamnation dont elle doit être l’objet. En préalable, il doit être clair, je le redis, que l’homosexualité n’est en rien en jeu ici, seulement sa relation à l’enfantement, à la procréation artificielle à laquelle elle peut recourir…. alors que l’adoption est une solution qui ne soulève pas ce genre de question.  De  mon point de vue, je condamne moralement et pas seulement  éthiquement cette  situation, si l’on a conscience que l’éthique engage seulement des choix de valeurs individuelles et facultatives, alors que la morale, reposant sur le respect de la personne humaine en autrui et en soi-même, engage des valeurs universelles et obligatoires, qui ne sont pas la conséquence de désirs simplement individuels.  Or dans la situation que j’analyse et critique, c’est le désir qui l’emporte au détriment de toute considération interpersonnelle ! Et qu’on ne vienne pas me dire qu’il y a un « droit à l’enfant » : cela ne veut rien dire, il n’y a que des droits de l’enfant comme l’a rappelé Françoise Héritier – des droits de l’enfant quand il est là ! J’ajoute que la procréation en sort abîmée sur un plan normatif qu’on peut dire « éthique »,  ici : elle n’est plus liée à l’amour de l’autre, différemment sexué par rapport à soi, elle n’en n’est plus la splendide expression. Enfin, il y a le devenir de l’enfant né dans ces conditions. Je n’insiste pas, mais tout le monde sait, contre les opinions intéressées qu’on professe pour justifier cette situation, qu’elle est souvent compliquée, sinon d’emblée, en tout cas ensuite quand l’enfant devenu adolescent se pose des questions sur son origine : il découvre alors un « trou noir » qui peut le faire souffrir et le hanter à vie.

Dernier point, qu’on paraît évacuer. Ce procédé d’enfantement que la technique médicale, nourrie des progrès impressionnants de la science biologique, permet aujourd’hui , est déjà une prémice du « transhumanisme » qui nous vient des Etats-Unis, avec sa composante marchande abominable qui le stimule. Il s’agit d’envisager réellement de transformer l’homme par la médecine, de le fabriquer artificiellement dans ses diverses composantes et non seulement de le réparer comme il se doit et comme le fait la médecine normale. Faut-il le dire : cette perspective, présente déjà potentiellement dans la PMA, est un scandale moral dont on ne soupçonne pas les catastrophes à venir qu’elle peut entrainer si l’on n’y prend garde.

                                                                                         Yvon Quiniou

 NB : Je me permets d'ajouter une référence importante: un article de trois professeurs de philosophie paru dans "Le Monde" du 29 juin. Il insiste, comme moi mais d'une autre manière, sur la gravité de ce qui se joue avec le projet de loi sur la bioéthique, qui intègre la PMA. Il témoigne d'un sens moral qui va dramatiquement à l'abandon dans le progrès technique quand il est incontrôlé: alors que l'on a pris conscience  qu'il faut respecter la nature extérieure, on est dans l'irrespect total à l'égard  de la "nature humaine" disent-ils justement. Il serait dommage de constater que c'est une certaine droite qui porte aujourd'hui les valeurs du progressisme humain que la gauche a jusqu'à présent incarné!

                                                                                                                                                

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