Une indigne commémoration

Je crois que le comble a été atteint par ce gouvernement et la presse qui se fait l'écho de sa communication politique: la commémoration du début de la guerre de 1914-1918. D'abord il y a eu récemment l'apologie par E. Valls de Cléménceau, ce fauteur de guerre et ce dirigeant réprimant violemment une grève d'ouvriers. Mais surtout, il y a  cette célébration générale, le terme convient, sous couvert de commémoration, du début de cette guerre qui fut pourtant une boucherie innomable,dont la la cause principale a été des conflits d'intérêts économiques entre puissances capitalistes, que Rosa Luxembourg a remarquablement mis en évidence contre les clichés idéologiques qui régnent à ce propos. On a vu ainsi la social-démocratie allemande verser du jour au lendemain du refus absolu de cette guerre à son acceptation enthousiaste, suivie par la SFIO de l'époque dans le camp adverse.

Cette célébration est le fait de de la presse nationle, qu'il s'agisse du Monde présentant d'une manière  fournie  le détail des opérations guerrières ou d'un journal comme Ouest-France, journal de qualité par ailleurs, commémorant en première page cet évènement comme s'il ne s'agissait pas d'un évènement catastrophique à tous points devue: durée du conflit, nombre de morts, motifs de cette guerre. L'idéologie "positive" de la guerre fondée sur l'idée de patrie n'a décidément pas disparu!

Mais c'est aussi le fait de François Hollande qui, décidément, n'en rate pas une. Alors qu'il est si disert d'habitude, son passage au Café du Croissant (la Taverne du Croissant, désormais) prétendant commémorer l'assassinat de Jaurès, s'est traduit par un étonnant et spectaculaire silence: un café pris devant les journalistes, avec photo bien entendu, mais aucune parole officielle, pas le moindre hommage public - qui risquait, il est vrai, de le mettre en difficulté. Je le dis tout net: cela est proprement scandaleux, venant de l'ex-dirigeant d'un parti fondé par ce même Jaurès et qui s'en réclame impudemment, sinon imprudemmnent, il est vrai. Je voudrais seulement lui rappeler cette évidence élémentaire que Jaurès avait faite sienne: la guerre est un crime organisé que la morale condamne abolument et, à l'inverse, comme le disait Kant,  la paix est le "chef d'oeuvre de la raison", sous-entendu: de la raison pratique ou morale, qui nous oblige inconditionnelement à la rechercher.

On ne saurait donc commémorer le début d'une guerre, seulement sa fin. Cette célébration  minable n'a d'autre but , comme bien d'autres célébrations de ce type, que de nous détourner de la situation actuelle où la France s'embourbe dans des conflits lointains sans raisons valables, créant le pire au nom d'un hypothétique meilleur (voir la Lybie) et en oubliant qu'il nous faut comméméorer la paix et non la guerre. Elle signifie aussi l'impuissance d'un gouvernement à maîtriser son présent: faute d'agir sur l'histoire actuelle ou à faire, on parle, et mal, de l'histoire faite. Pauvres socialistes qui n'ont de socialistes que le nom! Sont-ils condamnés à inaugurer les chrysanthèmes au lieu de semer les fleurs vivantes de l'avenir?

                                                                       Yvon Quinou

 

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