L'importance du PCF, à nouveau et à contre-temps des médias

La négation de l''importance du PCF, malgré sa mue récente, relève d'une incompréhension, sinon d'une hostilité proprement scandaleuses dans notre pays soi-disant "démocratique" . Car il est le seul parti à dénoncer, sur le fond, la responsabilité du système capitaliste mondial, incarné en France par Macron,dans notre crise sociale et écologique. Qu'on ose se le dire!

                                      L’importance du PCF, à nouveau et à contretemps des médias 

Je tiens absolument à revenir sur le cas du PCF aujourd’hui, alors que nous sommes en pleine crise sociale d’une ampleur considérable, vu le peu de réactions qu’a suscité mon billet sur « Les gilets rouges », y compris de la part de la rédaction de Médiapart qui, curieusement, ne l’a même pas recommandé. Certes, je sais bien que ce média progressiste, sur lequel j’interviens, avec plaisir et sans la moindre censure, depuis un certain temps, tout en suscitant de nombreuses réactions, diverses au demeurant, n’est pas partisan d’un projet communiste, y compris tel que je l’entends et qui ne devrait faire peur à personne, au contraire ! Mais je pense qu’il devrait davantage s’intéresser, au moins intellectuellement et moralement, à ce projet, et le mettre davantage en avant quand il en est question, quitte à le contester en argumentant.

 Car le fond de mon propos, aujourd’hui, est lié, un peu par accident, à l’article d’Edvy  Plenel soutenant apparemment les « gilets jaunes » en y voyant une lutte pour « l’égalité sociale ». Or, comment soutenir une pareille lutte sous l’étendard d’un pareil mot d’ordre, sans s’occuper un seul instant du système capitaliste dans lequel nous vivons et dans sa forme mondiale actuelle, et signaler, au moins par honnêteté intellectuelle et informative, que le PCF, que je défends sans faille sans en être membre, est le seul parti à se réclamer ouvertement d’un dépassement de ce système, surtout depuis qu’une nouvelle orientation vient de lui être donnée ? Pourquoi ce silence médiatique, y compris ici, qui consiste à rendre invisible un parti qui existe encore fortement (voir un de mes billets précédents) : les médias dominants, y compris Le Monde qui faillit à son devoir élémentaire d’information, n’en parlent que lorsqu’il est en difficulté, révélant ainsi ce qu’ils souhaitent, secrètement ou pas : sa disparition pure et simple. Sans ajouter que toute une littérature marxiste existe dans de nombreux domaines, d’une grande qualité (voir à nouveau un de mes précédents billets ), qui n'est jamais chroniquée dans ces mêmes médias parce qu’elle heurte leur idéologie, conservatrice sur le fond. 

Or le problème qui se pose n’a rien  à  voir avec un quelconque égocentrisme individuel ou de parti. Ce qui est en jeu, et que seuls ceux qui se réclament de Marx d’une manière ou d’une autre ont l’intelligence et la lucidité communes de faire le constat, théorique et politique, et que le mouvement des « gilets jaunes », avec ou sans « gilets rouges », révèle d’une manière à la fois confuse (faute d’une direction intellectuelle claire et organisée) et incontestable pour qui sait le décrypter, sans se contenter de le soutenir d’une manière emphatique, séduisante mais stérile, est ce qui suit : c’est le système (à nouveau) capitaliste mondial qui est en cause, dont Marx, qu’on le veuille ou non, nous en a donné les clefs de lecture et que la présidence de Macron ne fait que servir. C’est lui qui exploite les peuples, les domine et les dessaisit de leur souveraineté politique au profit d’institutions transnationales à son service, lesquelles n’ont rien en face d’elles au niveau mondial,  pour les contrer ou leur résister. C’est aussi ce système qui appauvrit les peuples dans l’intérêt d’une classe capitaliste désormais transnationale, qui s’enrichit à un niveau totalement scandaleux… comme si la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 ne proclamait pas l’exigence absolue de l’égalité et de la liberté de tous les hommes dans le monde entier. Disserter sur cette égalité ou  réclamer la « fraternité » sans remettre en cause le système en question, c’est, littéralement, brasser du vent, en se donnant facilement et démagogiquement une bonne conscience, mystifiée et mystificatrice. Et c’est aussi alimenter le risque d’un retour en force de mouvements identitaires et fascisants d’extrême-droite, comme ils se manifestent déjà aujourd’hui dangereusement en Europe, sur fond d’une montée générale de la pauvreté chez les dominés.

A quoi s’ajoute une nouvelle donne, celle de la crise écologique dont le ce même système capitaliste, qu’on le veuille ou non, ici aussi, est le principal responsable. J’épargnerai au lecteur la démonstration de ce diagnostic, que l’on peut trouver chez bien des spécialistes de l’écologie. Or, à nouveau et avec l’évolution récente mais réelle, du Parti communiste, comment ne pas intégrer l’idée que celui-ci défend, à savoir que la lutte contre la crise écologique et la lutte contre le capitalisme en tant que mode de production sont indissociables ? C’est bien pourquoi je juge qu’il y a une forme d’ignorance entretenue à l’égard de ce parti et de ses idées issues de Marx, voire une hostilité sans fondement rationnel à son égard, qui me paraissent non seulement scandaleuses politiquement, mais intellectuellement débiles, relevant d’une incompréhension  totale de ce qu’est notre époque. Ainsi soit-il, malheureusement !

                                                                                        Yvon Quiniou

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