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Billet de blog 6 février 2021

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L'affaire Navalny: l'inégalité du traitement des injustices

Le sort infligé au dissident russe Navalny doit être vivement condamné au nom de la démocratie. Mais on ne saurait oublier l'inégalité du traitement des injustices dans le monde. Les mêmes qui condamnent la Russie, oublient de condamner toutes les atteinte aux droits de l'homme dans les pays d'économie capitaliste, spécialement de nature dictatoriale ou sous influence religieuse!

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                L’affaire Navalny : la disproportion du traitement des injustices 

L’affaire Navalny, ce dissident russe qui a été l’objet d’une répression injustifiable dans son pays, est révélatrice de la disproportion des accusations dont sont l’objet les atteintes aux droits de l’homme, selon les régimes politiques qui sont concernés dans le monde, aujourd’hui. Je viens de le dire : le sort que lui a réservé Poutine est totalement inacceptable et son régime lui-même n’est guère enviable, sauf si l’on se souvient, par comparaison, de l’incroyable vague néo-libérale, avec ses scandales financiers, qui suivit la chute du système soviétique et à laquelle Poutine a, pour une part, mis fin. Nier ce dernier point relève de la malhonnêteté intellectuelle et relève d’un « racisme » anti-russe qui date de l’ère soviétique, une fois le stalinisme aboli, bien entendu – comme il y a aujourd’hui, mais sur d’autres bases, un «  racisme » anti-chinois.

Mais ce qui est grave et me scandalise, alors que je milite depuis toujours pour un socialisme (ou un communisme) qui serait une démocratie développée, du plan politique aux plans social et économique, c’est le sort inégal qui est réservé aux atteintes à la démocratie sur notre planète politique, pire aux droits de l’homme tout simplement et donc au respect des êtres humains, par l’Occident capitaliste et ses médias serviles, selon les cas.

Ici tout le monde s’indigne, à juste titre je le répète, mais sans qu’on se soucie de savoir ce qu’il en est politiquement de Navalny. Ainsi il faut savoir – je me fie à un article de Marianne à son sujet – qu’il a un programme économique ultra-libéral, prônant, je cite, « la dérégulation du commerce, la simplification des démarches administratives, l’abolition du contrôle des changes, et l’exemption totale des impôts pour les TPE et PME (je reprends l’article, auquel je fais confiance). Par contre, est-il ajouté par un économiste d’une  Banque européenne officielle (la BERD) qu’on ne peut que croire : « les salariés en paieront pour financer leur retraite »  au nom du développement de l’économie qui impose que le peuple se sacrifie. Par contre, alors qu’il critiquait violemment les privatisations en 1990, il n’envisage pas du tout de renationaliser quoi que ce soit et on apprend qu’il est soutenu, bien entendu, par la caste des entrepreneurs et des financiers présente et influente en Russie, mais pas assez selon eux, je suppose. J’aimerais qu’on s’inquiète donc un peu du projet politique du personnage, plutôt réactionnaire sous couvert de « libéralisme » ou d’appel à la liberté, plutôt que d’en faire un portait idyllique… ce qui n’enlève rien au soutien qu’on doit lui apporter dans ce cas.

Mais surtout, il y a la disproportion entre la critique justifiée dont fait l’objet sa condamnation (j’y insiste) et, encore plus, la tentative d’empoisonnement dont il aurait été l’objet (si l’on a bien compris), elle ignoble, et la faible protestation, sinon le silence, face à toutes les atteintes aux droits de l’homme, y compris criminelles, que l’on constate dans une grande partie du monde et sur lesquelles, bizarrement, l’Occident dit démocratique, reste silencieux. Pour le plaisir ou, plutôt pour mon désespoir de citoyen fondamentalement de gauche et donc progressiste, mitant intellectuellement depuis toujours pour l’émancipation des hommes associée selon moi au communisme, j’en cite une liste non exhaustive :  le soutien politique, diplomatique et surtout économique apporté aux régimes dictatoriaux aux mains de l’islam, y compris par la France de Macron ; l’absence de critiques de leurs exactions, souvent criminelles, à l’égard de leurs opposants : je viens d’apprendre ce jour même l’assassinat d’un intellectuel, laïque et progressiste, opposé au Hezbollah au Liban (information rejetée discrètement en page intérieure dans Le Monde) ; l’absence de condamnation publique et claire de la répression  dans des pays comme l’Inde où c’est la religion hindoue officielle qui tue des partisans d’une autre religion comme les chrétiens ; le déni de ce que deviennent des pays comme la Hongrie ou la Pologne sous l’influence d’un Eglise catholique totalement réactionnaire, voire fascisante ; l’appui, à nouveau, donné à des régimes d’Amérique latine dans lesquels la démocratie est « trafiquée », sinon bafouée, avec, en plus, des injustices sociales horribles, comme au Brésil, etc.

Pourquoi cette disproportion ? J’avoue ne pas trop comprendre, sauf à supposer, pour la Russie, ce que j’ai appelé un « racisme » anti-russe qui date de l’ère soviétique identifiée au seul stalinisme, comparable, je me répète délibérément, au « racisme » anti-chinois qui sévit un peu partout dans les médias et chez beaucoup de politiques, en raison non seulement de sa puissance économique montante mais aussi, on ne veut pas le voir, de son orientation vers un « socialisme à la chinoise », visant à satisfaire à terme les intérêts de l’ensemble de la population et dont seul, en France, le spécialiste en sciences politiques Tony Andréani, a marqué les qualités, par delà ses défauts, dans un excellent livre que la presse a majoritairement passé, bien entendu, sous silence.

On aura compris, je l’espère, que ce que je dénonce ici c’est l’inégalité de traitement dont font l’objet les injustices qui sévissent dans le triste monde d’aujourd’hui.  La condamnation de ce qui se passe en Russie est partiale au regard de ce qui se passe ailleurs, dans de nombreux pays où l’économie capitaliste règne. En ce sens, cet appel à la justice, totalement juste  intrinsèquement, est extrinsèquement injuste : la revendication de justice ne se découpe pas en tranches, elle est globale ou n’est pas… ou alors elle est hypocrite et intéressée. Décidément, nous connaissons une crise morale de civilisation, inouïe et inédite, qui augure mal de notre avenir commun si nous de changeons pas de paradigme politique et économico-social !

                                                         Yvon Quiniou

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