Faut-il accepter le communautarisme islamique?

Après avoir appris l'exclusion du SPD allemand d'un dirigeant qui avait critiqué l'Islam, j'entends ici défendre sa position au nom de la laïcité et de la rationalité, idéaux qu'une grande partie de la gauche semble avoir abandonnés. Il faut donc rappeler tous les défauts humains qui caractérisent cette religion, avec la communautarisme dangereux qu'elle comporte.

                                   Faut-il accepter le communautarisme islamique ?

Le propos qui suit risque de choquer des partisans de l’extrême-gauche, en pleine de déshérence idéologique, ceux qu’on appelle les « islamo-gauchistes », ainsi peut-être que la direction de Médiapart, plutôt favorable à l’Islam – ce que je ne comprends pas – mais qui accepte, je l’espère, qu’on s’exprime en sens inverse de son orientation officielle dans ce domaine.

Il m’a été inspiré par un article du Monde rapportant l’exclusion de SPD, en Allemagne,  d’un de ses dirigeants, Thilo Sarrazin, en raison de ses position anti-Islam, que je partage pleinement et qu’il a exprimées, dans un livre qui a eu un immense succès, dans ces termes que je résume ou cite fidèlement : il ne veut pas que son pays, celui de ses enfants et petits-enfants « soit en grande partie musulman (…), que les femmes soient voilées et que le rythme de la journée soit déterminé par les appels  du muezzin » . Et il ajoute, très intelligemment et d’une manière très ouverte : « Si c’est cela que je veux vivre, je peux réserver un voyage pour l’Orient ». Je précise que ce n’est pas là de « l’islamophobie » comme Le Monde le dit d’une manière imbécile, mais d’une position raisonnée !

Eh bien oui, ce social-démocrate allemand a entièrement raison de ne pas vouloir cela pour son pays et, j’élargis son propos : il a raison de ne pas le vouloir pour un pays au régime républicain et donc démocratique, dont nous sommes redevables en France à la philosophie des Lumières du 18ème siècle, à Rousseau donc, et à la Révolution française qui s’en est inspirée à travers sa « Déclaration des droits de l’homme et du citoyen » par rapport à laquelle on ne saurait revenir en arrière, sauf immoralité politique assumée. Pourquoi donc ? Sans vouloir répéter ce que j’ai écrit dans mon livre sur l’Islam, j’en résume cependant l’essentiel qui est ici en jeu : l’Islam est une religion directement politique, qui soustrait la législation organisant la vie sociale et quotidienne de ses membres à ceux-ci, celle-ci relevant de Dieu, Allah, telle qu’elle s’exprime dans ce texte dit « sacré » et inviolable qu’est le Coran. A quoi s’ajoute le détail de ces lois : la domination très forte de l’homme sur la femme, un culte totalitaire et dément s’imposant à la vie quotidienne dans le détail (qui voudrait l’équivalent de cela venant de la religion catholique aujourd’hui ?), enfin (je résume, je l’ai dit) un dogmatisme religieux et doctrinal vouant les athées à la mort et récusant les acquis de la science quant ils touchent à l’origine naturelle de l’homme, comme la théorie de Darwin.

Tout cela est parfaitement exact, dans son indignité même, hélas. Or ce qui me scandalise profondément, c’est la complaisance à l’égard de cette religion, sinon son acceptation déclarée par une grande partie de l’opinion de gauche. En deux mots et en commençant par le deuxième, si je puis dire : 1 Le fait que les populations islamiques aient été victimes de la colonisation et d’un impérialisme économique et culturel ne justifie en rien qu’on accepte leur culture religieuse inhumaine et les actes qui l’accomplissent ou veulent la propager : le fait qu’on ait été victime d’une espèce de « crime » culturel  (cela pourrait définir la colonisation) ne justifie en rien que l’on devienne soi-même « criminel » ou haineux à l’égard des anciens colonisateurs ou plutôt à l’égard de leurs descendants qui n’y sont pour rien aujourd’hui, ce que fait pourtant Daech ou l’islamisme radical, plus généralement, qui nie les lois élémentaires du respect de la personne humaine, dans sa vie concrète et sa liberté intellectuelle ! Il s’agit donc d’une religion anti-progressiste comme l’ont été les autres religions dans le passé (catholicisme, protestantisme)… sauf que celles-ci ont fait plus ou moins leur aggiornamento et acceptent notre modernité laïque et rationnelle. 2 En France, il y a une démission profonde et scandaleuse à l’égard du phénomène islamique, au-delà du simple phénomène religieux. Il affecte la plupart des partis de gauche, atteint même les Verts, hélas [1], à mon grand désespoir politique autant que moral et personnel, et il contredit leur idéologie fondatrice explicite : il faudrait ici se souvenir de Marx, puis de Jaurès, qui n’on fait aucune concession de principe aux religions et à l’aliénation sociale qu’elles reflètent mais, tout autant qu’elle reproduisent et entretiennent activement, et qui rejoindraient totalement ma position aujourd’hui ! Seules échappent à ma critique des organisations laïques ou d’esprit laïque comme l’UNFAL, le CNAL, le Grand Orient de France ou un certain courant de l’Union rationaliste, qui se divise sur ce point actuellement ! A l’inverse, la Libre Pensée, elle aussi très anti-religieuse quand il s’agit du catholicisme, fait preuve d’une islamophilie que je ne comprends pas, sauf à la rapporter à son identité  politique d’origine, en l’occurrence trotskyste (voir plus haut : les islamo-gauchistes).

La seule explication à donner à ce retour du religieux à gauche est, hélas, très médiocre : si  on laisse de côté une récession, constatable malheureusement, des valeurs de gauche en général et de l’idéologie (au bon sens de ce terme) dans laquelle elles s’incarnaient authentiquement jusqu’à présent,  nous avons affaire à un envahissement de la politique par un électoralisme guère estimable : il s’agit tout simplement de conquérir ou de ne pas s’aliéner un électorat croyant musulman, surtout dans des banlieues ouvrières, spécialement parisiennes mais pas seulement, en oubliant ou en masquant les valeurs sur lesquelles on se fondait jusqu’à présent. Je rappellerai seulement, à destination de mes amis de gauche, que même Marx, pourtant vigoureusement hostile à la répression étatique de la religion, soutenait dans sa Critique de programme de Gotha, qu’il fallait « libérer les consciences de la fantasmagorie religieuse », qui était chrétienne de son temps, par un combat proprement intellectuel ou idéologique, accompagnant le combat social d’émancipation. Qu’aurait-il dit face à l’islam et à ses insanités ? Eh bien la même chose au nom de l’humanisme qui était le sien en politique et que son projet communiste traduisait.

Que faire alors quand, dans une société qui n’est pas seulement l’Allemagne ou l’Angleterre mais la France même, un communautarisme de ce type se développe, avec ses débordement insupportables sur le plan humain (voir ce qu’il se passe à Argenteuil, dont la presse s’est faite l’écho) ? C’est ici que l’approche est compliquée et ne doit pas répéter le fanatisme que qui caractérise largement l’autre : critiquer ce n’est vouloir le vaincre mais vouloir le convaincre !

1 Pour simplifier, il faut d’abord avoir conscience que le phénomène migratoire qui a fait s’installer des communautés culturelles spécifiques en Europe, a une base économique, comme on le sait clairement pour l’Allemagne : d’une part il s’est agi de faire venir de pays sous-développés une force de travail collective à bas coût pour le plus grand bonheur des entreprises capitalistes et en sachant qu’on offrait aux migrants un travail dont les  européens n’auraient pas voulu ; et d’autre part, les migrants sont eux-mêmes des victimes du sous-développement de leur pays d’origine. Il ne s’agit donc pas de les rejeter à ce niveau précis  mais de leur garantir, au contraire, un niveau de vie acceptable dès lors qu’ils sont là. Par contre on peut et même on doit envisager de freiner, au minimum, sinon d’arrêter cette migration à cause de l’idéologie qui l’accompagne et qui leur offre une culture identitaire de compensation, qui s’oppose, en France, à notre culture laïque et progressiste qui est censée nous mettre à l’abri des conflits religieux.

2 Mais surtout, il faut bien voir que la vraie solution se trouve politiquement dans le co-développement, à savoir dans l’aide que les pays occidentaux doivent fournir (et ils le peuvent) à ces pays pauvres d’où ils viennent et qu’ils fuient, pour les aider à se développer par eux-mêmes. C’est ainsi que la France peut former des élites dans différents domaines (industrie, médecine, éducation, etc.), quitte à ce que celles-ci reviennent dans leur pays d’origine pour, précisément, contribuer à son développement ! Une partie de la gauche, en l’occurrence la mienne, s’est déjà prononcée pour cette stratégie, heureusement.

3 Enfin reste le problème dont nous sommes parti, à savoir celui de la co-existence avec la forme de culture religieuse, musulmane donc, que les migrants ont importée chez nous. Car, j’y reviens délibérément, telle quelle est et vu qu’elle envahit la vie de ses adeptes d’une manière complète et visible, on ne saurait la respecter telle quelle, étant donnée son intolérance propre : comment tolérer l’intolérance ? D’autant plus que, vu la fonction compensatoire qu’elle remplit auprès d’eux, elle a tendance à renforcer ses défauts, par exemple dans le domaine du rapport aux femmes… au point que l’on voit des féministes du Maghreb s’indigner de cette situation dont elles ne veulent pas dans leur pays ! Et je pourrais donner de multiples exemples de cette haine des mœurs ou idées de l’autre, l’incroyant ou l’adepte d’une autre religion, que les imams prêchent dans une intention clairement prosélyte et d’une manière insupportablement dogmatique : aucun esprit libre ne saurait l’accepter. Que faire ici si, je le répète, la haine ne doit pas répondre à la haine ? Une seule solution s’offre à nous : l’éducation avec son esprit critique et son universalisme rationaliste propre. Seul ce travail peut aider les musulmans à changer, à porter sur leur religion un regard intellectuellement et moralement critique et les aider à la dépasser ! Certes, c’est là une tâche de longue haleine mais, ajouté à ce qui précède, c’est une voie indispensable. Il faudrait qu’une gauche authentique et revenue à ses fondamentaux en soit convaincue et ne cède pas aux sirènes de cette nouvelle mode délétère qu’est le « différentialisme » ou le « racialisme », lesquels sont le masque inconscient ou déguisé d’une nouvelle droite !

                                                                   Yvon Quiniou 

NB : 1 Pour ceux qui me trouveraient partial ou injuste, qu’ils lisent donc mon livre Pour une approche critique de l’Islam, H§O. 2 L’amour que préconise le Coran et qu’on pourrait m’opposer, est interne à l’Oumma, la communauté des croyants. A l’extérieur c’est l’exclusion, au minimum ! 

[1] Je viens d’apprendre que ceux-ci vont autoriser le burkini dans les piscines de Grenoble !

 

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