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Billet de blog 6 août 2021

Qu'en est-il du communisme en Chine?

Un livre "La Chine sans œillères", vient nous rappeler heureusement ce qu'il en est du communisme en Chine. D'abord en dénonçant les mensonges invraisemblables que les médias occidentaux, mais aussi les spécialistes, répandent sur elle. Et, du coup, en rétablissant la vérité sur son système social et politique. Ce n'est pas du communisme, mais son inspiration est là.

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                                                   Qu’en est-il du communisme en Chine ?

La question que je pose, avec le développement qui s’ensuit, est une manière de répondre au positif à une question qui a fait la « Une » du Monde diplomatique le mois dernier, après deux articles décevants et peu cohérents entre eux du Monde à l’occasion du centenaire du PC chinois. Cet article m’a franchement déçu (comme il a déçu un lecteur de ce journal, qui a eu l’honnêteté de s’en faire l’écho ce mois. Le titre en était « Que reste-t-il du communisme en Chine ? » et je voudrais montrer qu’il en reste quelque chose en m’appuyant sur un livre collectif paru récemment aux éditions Delga, La Chine sans œillères.

Il n’est pas question d’en faire ici un compte rend exhaustif ou un article de revue, mais d’indiquer quelques points essentiels et qui font plaisir à l’esprit non seulement progressiste et favorable au communisme que je suis, mais tout autant avide de lucidité et qui a horreur des préjugés idéologiques. Et je précise que je n’ai jamais été pro-chinois à l’époque de Mao, comme nombre d’intellectuels irresponsables qui ont tourné leur veste depuis. Le plus simple est donc de partir précisément de ce dernier point, les préjugés, dont le titre du livre suggère le poids sur les consciences : rarement une expérience politique originale et dont l’objectif est progressiste, aura été aussi maltraitée par l’information dominante, y compris à l’échelle du monde occidental, si bien que ce qui en est dit dans ce livre ne représente que 5/100 de qui en est dit, et qui est vrai, contre 95/100 du reste, qui est faux. Quelques exemples. La pauvreté : l’extrême pauvreté a été éradiquée dans la dernière période, à savoir depuis huit ans et si la pauvreté subsiste, son taux (3,1 – chiffre officiel de la Banque mondiale) est inférieur à celui des Etats-Unis, sachant que ce taux, rapporté à la population globale, représente moins d’êtres humains pauvres que ceux qu’on trouve dans ces mêmes Etats-Unis. Et il faut tout de suite indiquer que l’objectif politique de la Chine, sous la forme d’un socialisme à venir, est de faire parvenir la grande majorité de la population à ce qui est appelé une « aisance décente ». On aimerait que les pays capitalistes occidentaux fasse de même par les malheureux temps qui courent ! Et s’agissant du statut des fonctionnaires, on signalera seulement que la retraite des hommes est à 60 ans et celle des femmes à 55 ans, que 90/100 des paysans touchent une pension de retraite et qu’il y a une assurance vieillesse pour les fonctionnaires (des urbains surtout)  Par ailleurs, il y a une classe moyenne de 400 millions de personnes qui vit bien, record battu ! Je pourrais multiplier ces exemples, que la presse ne signale pas.

Je tiens cependant à observer, ce que ce livre ne nie pas, qu’il y a aussi des inégalités de richesse difficilement acceptables pour un pays qui a toujours le communisme en perspective (je vais y revenir), avec une quantité importante de riches au-dessus de ces catégorise sociales que j’ai pointées. La Chine est donc aussi, surtout dans la période actuelle, un pays très inégalitaire et cela ne peut se comprendre que si l’on met en lumière l’expérience politico-sociale qu’elle entend incarner officiellement et qui figure dans ses statuts, à savoir une  « économie socialiste de marché ». Cette formule peut paraître curieuse, sinon incompréhensible, sauf qu’elle marque l’originalité de ce système. Elle s‘explique par le fait que, après une période d’étatisation à outrance de l’économie qui n’a pas été suffisamment productive, le réalisme a amené les dirigeants chinois à introduire des éléments de capitalisme en Chine, à côté du secteur nationalisé qui demeure important. Une partie de l’économie est sous la le régime de la propriété privée et est donc livrée à la concurrence et au jeu des intérêts privés, ainsi qu’à des investissements capitalistes d’origine étrangère. A quoi il faut ajouter cependant cette remarque décisive, que je tiens de mon ami Tony Andréani dans un autre livre tout aussi lucide et courageux : alors qu’en Occident c’est le capitalisme qui domine l’Etat, en Chine c’est l’Etat qui domine le capitalisme et régule, du coup, l’utilisation du profit dans une perspective utile au peuple. Quant à la démocratie, enjeu fréquent du débat critique à son propos, il est vrai que c’est un régime de parti unique, ce qui est à l’opposé de notre conception pluraliste de celle-ci, qui reste malheureusement très formelle (voir l’abstention en France) et l’apanage d’une élite. Sauf que, il faut le rappeler, le Parti est composé de 90 millions d’adhérents (même s’ils sont ultra sélectionnés) et leur répartition est représentative de  l’ensemble des couches sociales… ce qui en fait un parti unique à sa manière démocratique et porteur en principe des intérêts de tous !

Cela fait déjà beaucoup quand il s’agit de rétablir la vérité sur ce régime et abolir la vision imaginaire et malveillante que l’on en a. Mais l’on pourrait aussi signaler d’autres thèmes où l’hostilité idéologique et mensongère fait rage ; le rapport avec le Tibet dont on omet de rappeler qu’il fut une dictature religieuse et politique (les deux mêlées) et qu’il a cessé de l’être grâce aux chinois ; l’intervention auprès des Ouïgours qui est aussi destinée à les éduquer, à élever leur niveau culturel et à prévenir l’islamisme radical et ses crimes ; une politique étrangère étonnante et unique : la Chine n’est pas un pays politiquement impérialiste, elle n’a pas commis les multiples exactions guerrières des pays occidentaux hors de leurs frontières au 20ème siècle et elle n’entend absolument pas imposer son modèle aux autres sociétés, étant partisane d’un multilatéralisme respectueux des souverainetés nationales, etc. Et l’on pourrait ajouter tout ce qui s’est dit de faux ou de non prouvé sur l’origine de la récente pandémie, oubliant sa maîtrise et l’apport sanitaire qu’elle a apporté au monde entier ! C’est pourquoi ce livre a l’extrême originalité et l’extrême courage de dénoncer la propagande antichinoise qui vise à la « démoniser» et qui s’apparente, selon moi, à un racisme antichinois, sur fond d’anticommunisme viscéral.

D’où une réponse finale et rapide, certes, à la question « Que reste-t-il du communisme en Chine? » que j’ai transformée en « Qu’en est-il du communisme en Chine ? ». Il faut savoir, ce que tout le monde ignore ou ne veut pas savoir, que la Chine actuelle ne se dit pas « communiste », ni même « socialiste » : le communisme est un objectif très lointain, mais maintenu, car il suppose un développement productif très important qui n’existe pas encore ; et le socialisme, étape intermédiaire, n’est programmé que pour dans cent ans ! Il n’empêche que cette double visée est bien maintenue, avec des acquis présents qui annoncent un futur très favorable. Qu’on se le dise et qu’on le dise !

                                                      Yvon Quiniou

La Chine sans  œillères, sous la direction de M. Vivas et J.-P. Page, Editions Delga.

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