Il n’y aurait pas de journaux de gauche ?
« Il n’y plus de journaux de gauche en France », c’est ce qu’aurait dit en privé Hollande, selon le Canard enchaîné, relayé par le journal Marianne. Ce propos est à la fois imbécile et faux. Il est imbécile au sens où il y a, sous la présidence de F. Hollande, au moins deux journaux qui se disent de gauche et qui le soutiennent sans beaucoup d’esprit critique : Le Monde et Libération. Le problème tient à une imposture sémantique : ils se disent « de gauche », comme ce gouvernement, alors qu’ils ne le sont pas sur le fond, comme ce gouvernement : ils le sont seulement sur les questions sociétales, comme on dit et qui sont incontestablement un marqueur de gauche – dont acte pour eux, mais pas pour Hollande qui, dans son propos, ne semble pas en avoir conscience. Dans les autres domaines, prioritaires pour les français, définissant une véritable option de gauche et qui tiennent essentiellement à la question sociale – l’emploi, le niveau de vie, les conditions de travail, la sécurité de l’existence, etc. –, ces journaux ont viré leure cuti, si j’ose dire, et si ce n’est pas la même qu’autrefois : ils ont viré au social-libéralisme, tout en le déniant, continuant à confondre celui-ci avec la social-démocratie, estimable au demeurant, mais que le gouvernement, sans le dire franchement, a abandonnée. Ce ne sont sans doute pas des journaux « de gauche » au sens traditionnel de ce terme et tel que je l’entends, mais pas moins ni pas plus que ne l’est le gouvernement actuel.
Par contre, il existe des journaux de gauche, voire authentiquement de gauche, dont ce propos de notre président traduit soit qu’il les ignore – ce qui est improbable –, soit qu’il les méprise et veut les ignorer, ce qui est plus sûr. Il y a au moins L’Humanité qui, même si on n’est pas d’accord avec ce journal sur tel ou tel point, c’est mon cas, est un journal de qualité et qui, surtout, porte encore les valeurs d’une authentique gauche. Cela explique sans doute la censure insupportable dont il est l’objet dans les médias et que l’attitude de Hollande ne peut que renforcer : on contribue ainsi à casser un journal populaire, encore, qui pourrait susciter ou porter une dynamique socialiste. Mais est-ce bien l’ambition de ce gouvernement ? Et il y a aussi Politis ou même Marianne : même si cet hebdomadaire a des positions politiques flottantes, où se mêlent centrisme et orientation incontestablement de gauche, il a le mérite, dans le domaine des valeurs de la laïcité républicaine, hostile aux rémanences d’une religiosité rétrograde et dangereuse, de prendre à contre-pied les orientations pro-religieuses, sans principes mais clairement électoralistes, d’un gouvernement qui, une fois de plus, dans ce domaine, aura trahi le peuple de gauche qui l’a élu et ne revotera pas pour lui. Ah, j’allais oublier : il y aussi Médiapart, autre forme de journal, qui mène un travail courageux d’information, qui est véritablement progressiste dans beaucoup de secteurs, si l’on excepte, selon moi, la question de la religion et, tout spécialement, celle de l’islam. Mais après tout cela fait partie du débat. Hollande est-il au courant de ce qui s’y dit, dans un esprit critique éminemment respectable et clairement… de gauche ?
Yvon Quinou