Non l'islamophobie n'est pas un concept scientifique mais une injure!

L'affaire de l'IEP de Grenoble où des enseignants ont été accusés d'islamophobie est scandaleuse. Leur droit de juger l'islam a été qualifié de "fascisme" et leur attitude de potentiellement meurtrière. Au surplus, la notion même a été érigée en "concept scientifique", oubliant tout ce qu'elle comporte de dévalorisant quant à la critique légitime de l'islam qu'elle constitue.

                         Non l’islamophobie  n‘est pas un concept scientifique mais une injure ! 

L’affaire de l’IEP de Grenoble m’oblige malheureusement à faire entendre une voix discordante et minoritaire, hélas, sur ce site, mais c’est un devoir de le faire, même brièvement. On sait qu’un enseignant d’allemand et un professeur chargé d’un cours sur l’islam ont critiqué le recours au concept d’« islamophobie » dans un groupe de travail, en vue d’un débat sur l’égalité, où il était associé au racisme et à l’antisémitisme, ce qui a valu au premier, en particulier, d’être traité de « fasciste » – terme qui est une injure sans fondement, on va le voir – et de propager une doctrine qui « tue » (je cite). Et ce à l’initiative d’un fraction de l’UNEF dont jusqu’à présent on croyait qu’il était un syndicat étudiant de gauche

Or il faut être intransigeant dans ce type de discussion, car nous sommes en France, dans un régime républicain et laïque en même temps que progressiste jusqu’à présent, et non dans une monarchie islamique, où la liberté d’expression est cadenassée au profit de valeurs religieuses rétrogrades. J’indique tout de suite que cette attaque (avec affichage sur les murs de la faculté) provient sans aucun doute de partisans de ce qu’on appelle l’islamo-gauchisme, concept dont je rappelle que c’est le politologue André Taguieff qui l’a mis au point, avec beaucoup d’intelligence et de lucidité. Je rappelle ce qu’il entendait par là : la collusion entre des groupes d’extrême-gauche et des mouvements islamistes variés, sur fond au départ d’antisionisme (voire d’antisémitisme larvé). En arrière-fond, il y a la revendication idéologique d’un différentialisme et d’un relativisme désormais à la mode dans certains milieux intellectuels en pleine régression intellectuelle et morale, qui entendent défendre le droit à une minorité d’être pleinement ce qu’elle est, d’assumer son identité sous le prétexte d’abord que celle-ci, dans ce cas, aurait donné lieu à une domination coloniale et impérialiste, et ensuite que dans notre pays ses membres seraient dans la pauvreté (ce qui est exact) – à savoir les musulmans. Or cette revendication se manifeste sans qu’on se soucie de juger les croyances de leur religion – ce qui est pourtant un droit, sinon même un devoir, dans une république – et surtout les comportements ostentatoires, haineux et surtout criminels (voir la récente actualité) de ses représentants les plus fanatiques. A quoi on ajoutera (ce que vient d’exprimer la journaliste C. Fourest) que ce mouvement soutient une vision communautariste et américanisée de la société et de l’identité, qui s’en prend à l’universalisme et à ses conséquences favorables aux femmes,  de même, et il faut absolument le dire, qu’il s’en prend à la laïcité elle-même et aux droits de l’homme : a-t-on conscience que la Charia, base de la doctrine coranique, entend se situer au dessus des lois de la république et les supplanter ? Que ceux qui en doutent aillent lire le Coran et aillent voir ce qui se passe dans les régimes musulmans de la planète !

Conséquence : ceux qui sont dans cette mouvance et se prétendent de gauche (dans « extrême-gauche » il y a « gauche ») sont des islamophiles qui ne veulent pas l’avouer ou l’assumer et qui bafouent dans leurs conviction les valeurs d’émancipation universalistes de la gauche. Autre conséquence, qui touche directement à ce qui se passe à l’IEP de Grenoble (mais ailleurs aussi) et qui est effarant pour l’intellectuel que je suis : la directrice du laboratoire concerné prétend que cette notion d’« islamophobie » est « un concept heuristique » et donc « scientifique » (je la cite) qui désigne « des préjugés et des discriminations liées à l’appartenance, réelle ou fantasmée, à la religion musulmane » : tel quel ! Or cela est totalement faux. La notion d’islamophobie n’est pas un « concept scientifique » visant une animosité irrationnelle, partisane et injustifiée à l’égard de l’islam : c’est, chez ceux qui l’utilisent, une manière scandaleuse de dévaloriser, de rabaisser la critique, elle justifiée (comme l’ont été bien des critiques des religions) de la religion musulmane : a-t-on parlé et parle-t-on de « christianophobie » quand on dénonce certains dogmes chrétiens ou les violences dont les différentes Eglises chrétiennes ont été coupables entre elles et vis-à-vis du peuple dans l’histoire, bien avant l’islam d’aujourd’hui ? Pourquoi deux poids et deux mesures dans l’examen critique des religions, examen critique qui aura fait l’honneur de la raison humaine, spécialement philosophique ? Car on aura compris que dans « islamophobie » il y a « phobie », terme qui renvoie à un processus pathologique dépréciatif, sinon à une accusation implicite de « racisme anti-musulman » et ce sans la moindre justification théorique puisque les musulmans  ne sont pas une race mais des adeptes d’une religion. J’ajoute, mais c’est un problème épistémologique plus général, que demander d’aborder les phénomènes sociaux ou culturels d’une manière purement scientifique ou positive comme on étudie la nature, sans jugements de valeur, n’a pas de sens : les sciences sociales ont affaire à des phénomènes humains, impliquant la vie bonne ou mauvaise, heureuse ou malheureuse, des hommes (au sens génériques du terme, qui inclut les femmes) et on ne peut pas les aborder d’un « regard froid », sans options normatives. Exemple : on ne peut pas étudier le racisme scientifiquement sans aussi le condamner, au moins implicitement. La neutralité ici est une imposture ! Or c’est bien cette absence de neutralité qui a été reprochée à l’autre enseignant, dans une espèce de police de la pensée progressiste à l’Université.

On voit donc clairement que le procès en islamophobie relève d’une option idéologique aveugle et réactionnaire, insouciante des errements de l’islam, malheureusement reprise par toute une partie de la gauche : ce procès constitue une injure politique qui déshonore cette gauche et qui témoigne, au minimum, de l’immense désarroi qui l’affecte aujourd’hui, dans ce domaine comme dans d’autres. C’est ainsi, et je le répète dans ce nouveau billet, que l’on fait le lit du Rassemblement national, en oubliant le patrimoine de valeurs intellectuelles et morales de la gauche républicaine et laïque, au service des hommes et des femmes, dont l’islam tel qu’il est et sauf réforme à venir, ne tient guère compte !

                                                                  Yvon Quiniou, philosophe.

 

NB : Cela ne signifie en rien qu’il ne faille pas résoudre les problèmes sociaux auxquels les musulmans sont confrontés. Mais cela est une autre histoire !

 

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