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Billet de blog 12 avril 2023

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Macron et la Chine

Malgré l'hostilité que sa position sur la Chine rencontre, il faut dire, même quand on est de gauche, que Macron a raison. Il entend faire échapper la France et l'Europe à leur soumission, économique et politique, aux Etats-Unis, et permettre à notre nation de retrouver une identité affaiblie par l'impérialisme américain. Pour une fois, il faut le soutenir!

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                                                 Macron et la Chine  

Je vais le dire fermement, sinon courageusement vu l’ambiance polémique et malsaine, partisane, qui entoure cette question et étant admis que je maintiens mon hostilité fondamentale à la politique, libérale économiquement et autoritaire politiquement, de notre président : sur la question de la Chine Macron a entièrement raison.

Pour justifier ce propos je vais simplement rappeler plusieurs éléments de sa position :

1Macron contrairement à nombre de dirigeants occidentaux captivés par le capitalisme américain, n’a pas d’hostilité systématique contre la Chine, ce pays qui a su se transformer et sortir de la misère en cinquante ans. J’ajoute à titre personnel et après avoir lu le livre magistral de Bruno Guigue Communisme (Delga) ainsi que le livre collectif, éclairant, La Chine sans œillères, que cette même Chine a maintenu un cap lointain qui est le communisme, précédé du socialisme, et qu’elle a réussi des réformes sociales en faveur de son peuple qui sont  très estimables moralement, malgré la présence aussi d’inégalités et d’un capitalisme privé avide de profits mais utile à l’économie.

2 Macron n’a sans doute pas en vue cette approche, mais il a le courage de vouloir approfondir des échanges économiques avec ce pays, contre le quasi boycott dont il est victime de la part de nations soumises à l’impérialisme américain, que la puissance montante de la Chine est en train de contrer, avec le soutien au moins implicite des pays de la « Zone rouge » du monde, dont certains pays progressistes d’Amérique latine (auxquels il faut ajouter le Vietnam et Cuba).

3 Plus largement, et je suis ici totalement fidèle à son intention politique internationale, il entend faire sortir l’Europe de sa vassalisation à l’égard des Etats-Unis à travers des traités qui sont à revoir sur ce plan. A la fois il entend lui redonner une autonomie à l’échelle  internationale et redonner aussi à chaque pays européen une souveraineté légitime dans la coopération économique avec les autres nations de cette même Europe, souveraineté qui est liée au maintien de l’identité : « Souveraineté et identité sont intimement liées » dit-il très justement en une formule qu’un homme de gauche ne peut qu’approuver… y compris en se souvenant de Jaurès dans ce domaine ! Et c’est ainsi aussi qu’il entend préserver et renforcer notre sécurité économique mise à mal ces temps-ci pour le plus grand profit des multinationales avec leur « supranationalisme » financier.

4 Or, s’il est vrai qu’il défend aussi un renouveau de l’économie française, en perdition relative – il entend diminuer notre « dépendance » dit-il par des échanges commerciaux avec la Chine –, il retrouve ici un trait essentiel de la politique chinoise à l’échelle internationale et qu’il faut saluer, même si lui n’en parle pas, mais c’est une réalité fortement estimable elle aussi : la Chine pratique le « multilatéralisme » qui consiste à respecter les autres nations et à ne pas vouloir leur imposer son modèle politique, donc à renoncer à toute visée impérialiste politique et économique, contrairement à ce que font les américains d’une manière cynique et parfois brutale dans le monde depuis plus d’un siècle ! Car si les chinois pratiquent bien des échanges économiques avec des pays sous-développés, c’est selon eux sur la base du principe « gagnant-gagnant » qui consiste à les aider, ce faisant, et non à les exploiter : voyez, par opposition, ce qu’ont fait et font les Etats-Unis au Moyen-Orient, qui a été politiquement criminel comme en Syrie et en Irak, sans compter leur soutien, pour le moins, aux pires dictatures comme celle, il y a déjà longtemps, de Pinochet avec la mort d’un dirigeant démocrate admirable, Allende.

4 Enfin, il y a Taiwan qui mériterait un traitement plus long. Je rappelle seulement que cette île a été une province ou une région de la Chine, intégrée par elle après la seconde guerre mondiale. Son statut, contrairement à ce qu’on dit, est ambigu ou, comme je l’ai lu dans La Croix,  constitue « une zone grise du droit international » : de fait elle est bien un Etat séparé  avec son propre fonctionnement politique et économique, mais qui ne se proclame pas indépendant (on peut vérifier ce que je dis) et une partie de sa population se revendique « chinoise ». On voit donc que juridiquement la question est bien ambiguë. Et surtout on peut difficilement justifier, vu sa proximité géographique avec la Chine, la pression que le Etats-Unis exercent sur elle, y compris en voulant l’armer, autre forme grave d’impérialisme militaire (et pas seulement économique) dangereuse pour la paix dans cette région du monde. Au nom de quoi y sont-ils présents, sinon à partir d’une volonté de puissance anti-chinoise ? A nouveau, il faut apprécier la prudence diplomatique de notre président.

On aura compris qu’il faut rompre avec cette hostilité larvée à l’égard de la démarche de Macron que même un journal comme Le Monde n’a pas été capable d’apprécier ce jour ! Pour une fois qu’il a raison, sur le fond !

                                                       Yvon Quiniou

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