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Billet de blog 12 mai 2014

La propagande capitaliste en Occident

yvon quiniou
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La brève réflexion critique qui suit m'a été inspirée par le titre d'un article de Ouest-France ce jour (800 000 lecteurs!) à propos de l'Ukraine: "Le coup de force électoral des pro-Russes".  Vous avez bien lu:  un "coup de force éléctoral"! J'avoue être stupéfait: c'est la première fois que je vois qualifier un vote (très largement majoritaire, au demeurant) de "coup de force". Je sais bien que ce référendum n'a pas eu l'aval du gouvernement officiel de Kiev, qu'il est donc, si l'on veut, illégal, mais, outre qu'il visait seulement à décider d'un processus d'autonomie au sein de l'Ukraine et non celui d'une fusion avec la Russie, on ne saurait le qualifier ainsi puisque "élections" et "coup de force" sont antinomiques. Au surplus, j'aurais tendance à lui trouver une certaine forme de légitimité vu la situation globale dans ce pays où les pratiques démocratiques du gouvernement en place ne me paraissent pas évidentes et où la force et la violence semblent au contraire dominer. Ce travestissement de la réalité a une origine très simple: il s'inscrit dans une stratégie globale de désinformation présente dans la quasi-totalité des médias français (et étrangers) et qui me donne parfois la nausée. Non que j'ai une sympathie spéciale pour Poutine et son autoritarisme (au minimum), mais je n'aime pas que l'on se livre à une propagande haineuse à son égard, largement irrationnelle, et qu'on masque l'enjeu de ce qui se passe en Ukraine: la volonté de l'Occident de déstabiliser géopolitiquement  et économiquement la Russie. Car l'Ukraine est un champ d'investisement pour le capitalisme occidental (comme pour le voisin russe, évidemment), ce qui suppose une proximité politique avec elle; et l'on fait passer pour une défense de la démocratie et des droits de l'homme ce qui n'est qu'une recherche de marchés, de profits supplémentaires ou d'accés à ses ressources naturelles. Et j'ajoute que c'est une drôle de démocratie que  la presse de notre pays défend la-bas (avec l'appui explicite du ministre va-t-en-guerre Fabius), quand on sait le poids écrasant des oligarques et d'une extrême-droite réellement fascisante au sein du pouvoir actuel.

Ce n'est là qu'un cas d'espèce de la propagande médiatique occidentale au service d'un capitalisme désormais débridé - débridé en gros depuis la chute du sytème soviétique. Bien d'autres exemples pourraient être mis en avant. Le discours "droitsdel'hommiste" qui a couvert toutes les interventions de l'Occident au Moyen-Orient en est une  spectaculaire illustration : celles-ci étaient mues, ici aussi, par ses seuls intérêts économiques (le pétrole) et géopolitiques, les seconds au service des premiers, sans que les médias, pour l'essentiel, ne le disent. Leur conséquence a été d'installer (en dehors de la Tunisie) des dictatures religieuses à la place de dictatures laïques, ou des dictatures tout aussi féroces que les précédentes (voir l'Egypte) et d'entrainer des guerres civiles horribles et même barbares... dans lesquelles les belligérants utilisaient, il faut le souligner, des armes que l'Occident  leur avait fournies dans le cadre de marchés juteux. Bref, ce qui n'est qu'une nouvelle forme d'impérialisme a brandi l'étendard d'une défense parfaitement illusoire et hypocrite des droits de l'homme et des libertés démocratiques. Car si ce n'était pas le cas et si j'exagérais, comment comprendre notre soutien et celui des Etats-Unis aux monarchies du Golfe comme l'Arabie Saoudite ou le Quatar qui sont radicalement aux antipodes de l'idéal (je dis bien seulement: l'idéal) démocratique occidental? La morale, ici, consiste, comme le disait Bertrand Russell, a donner un visage universel à des intérêts particuliers!

Enfin, dernier exemple de cette propagande mystificatrice: ce qui s'est passé et ce qui se passe au Vénézuéla. Je laisse de côté les difficultés actuelles qu'il connaît pour élargir l'angle de mon propos. Depuis une décennie le régime vénézuélien a été confronté à une guerre civile larvée menée par la droite et soutenue, sinon organisée, par les Etats-Unis. C'était là un vrai "coup de force non électoral", voire "anti électoral", qui n'a pas beaucoup ému les politologues occidentaux et leur journaux! Pourquoi? Parce que Chavez entendait redonner son indépendance et sa dignité à son pays, le faire échapper à l'emprise impérialiste des Etats-Unis et, tout autant, amorcer une révolution socialiste en faveur du "peuple tout entier", ce qui s'est traduit par une restitution des terres aux paysans, un recul fort de la pauvreté et des mesures efficaces en faveur de l'éducation et de la santé des plus démunis. La stratégie de l'Occident, ici, a été de taire tout cela - seuls le PCF et Mélenchon ont soutenu clairement cette expérience en France- et de mentir sur la forme politique de cette expérience: Chavez a été accusé d'être un dictateur alors qu'il a été constamment élu et réélu démocratiquement et que la presse d'opposition, aux mains de la bourgeoisie vénézuélienne, avait la pleine liberté de s'exprimer et ne s'en est pas privée au moyen d'une propagande d'une mauvaise foi étonnante. J'ajoute une anecdote (il y en aurait d'autres) qui montre à quel point les médias français n'ont pas fait leur travail d'information. Le jour de la dernière victoire électorale de Chavez,que j'ignorais encore étant donné le décalage horaire, il m'a fallu écouter France Inter le lundi matin à 10 heures pour savoir ce qu'il en était. Résultat: silence radio (c'est le cas de le dire)! J'en ai déduit qu'il était réélu et j'en ai eu la confirmation par Internet! On avait tu sa victoire alors que, à l'inverse, on aurait clamé et commenté tout au long de la journée sa défaite!

Tout cela explique le discrédit qui frappe les médias dominants et ses journalistes dans l'opinion publique et devrait  susciter la colère citoyenne. D'autant que, à force de travestir le réel (comme je l'ai déjà indiqué dans un précédent billet), on fabrique du pessimisme historique et politique, on bloque non seulement l'optimisme de la volonté (Gramsci) sans lequel on ne peut agir mais, ce qui est tout aussi important, celui de l'intelligence qui, seule, peut nous faire comprendre que les choses peuvent changer, à savoir s'améliorer, progresser.

J'ajoute un  rapide dernier point. Dans ce contexte où l'occident capitaliste est roi (sauf en Amérique latine) ou tente, en tout cas, de le devenir en avançant constamment ses pions et une idéologie néo-libérale à son service, il faut admettre que l'expérience soviétique du 20ème siècle, avec son échec spectaculaire, aura été une catastrophe aux effets idéologiques incalculables. Cet échec (sur le plan économique et sur le plan démocratique) a fait croire que le socialisme était définivement mort, l'histoire ayant soi-disant définitivement tranché. Or cette croyance vient d'une erreur de jugement énorme, d'un préjugé qui pèse des tonnes sur les consciences. Celui-ci tient à l'équation marxisme (ou communisme) = ce qui s'est fait dans les pays de l'Est... au nom, il est vrai, de Marx et de son projet communiste. Or il s'agit là d'une dramatique imposture, l'imposture sémantique du 20ème siècle qui bloque toute idée d'un avenir post-capitaliste possible et tout désir de le mettre en oeuvre: pourquoi recommencer ce qui aurait intrinsèquement échoué? Je ne peux développer cette idée ici, je l'ai fait dans mon dernier livre "Retour à Marx" et les curieux pourront se reporter à mon article du dernier numéro de la revue de Paul Ariès, Les Z'indigné(e)s, intitulé précisément: "Le communisme soviétique: une imposture sémantique". Je peux seulement indiquer que, quand j'expose ce point décisif dans les conférences que je fais, on vient me remercier comme si j'apportais une bouffée d'oxygène intellectuel liée à cette thèse essentielle: le capitalisme occidental, avec sa propagande en faveur de  la concurrence des hommes entre eux, sa valorisation exclusive de la recherche du profit et sa marchandisation de tous les domaines de l'existence, n'est pas l'horizon indépassable de notre temps. Il faut le savoir en relisant Marx (qui en a fait la démonstration) et oser le dire, quitte à être à contre-courant.

                                                                   Yvon Quiniou

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