De l'intérêt de critiquer l'idéalisme philosophique

Quel intérêt y a-t-il à critiquer l'idéalisme philosophique? Le philosophe Christian Godin le montre très bien dans le compte-rendu de mon livre "Critique de l'idéalisme philosophique". Celui-ci a été dominant dans l'histoire de la philosophie, passant à côte de la réalité d'un monde matériel dont l'homme fait partie et il a diffusé des idées politiques dont le poids a été néfaste pour l'humanité.

                                     De l’intérêt de critiquer l’idéalisme philosophique 

Christian Godin, philosophe contemporain à l’œuvre riche et multiple, et dont j’ai déjà parlé sur ce blog à propos de la religion et de la morale, s’est intéressé à mon nouveau livre, Critique de l’idéalisme philosophique, et en a rendu compte d’une manière synthétique et intelligente dans un compte-rendu paru dans L’Humanité. Tout particulièrement, il a bien mis l’accent sur  l’influence politique de celui-ci dans l’histoire, et encore aujourd’hui quand on voit à quel point celui-ci est censuré dans les médias. Bien entendu L’Humanité  échappe à cette censure et c’est à la fois normal et tout à son honneur par les temps d’obscurantisme qui sont les nôtres. Je me permets donc de le reproduire tel quel.

 

                                                         Contre l’idéalisme 

A la lecture de ce titre, le lecteur est en droit de s’interroger : comment peut-on ne pas être idéaliste ? Ne croire ni à la liberté, ni à l’égalité, ni à la fraternité ? Le contraire extrême de l’idéalisme n’est-il pas le cynisme, que, en dehors des riches et des puissants, nul ne peut se permettre d’assumer ? Seulement ce n’est pas cet idéalisme-là qu’Yvon Quiniou pourfend dans son dernier ouvrage, mais ce que l’histoire de la philosophie appelle de ce nom, c’est-à-dire la conception selon laquelle il n’existe pas de réalité indépendante de l’esprit, ou bien alors tout à fait secondaire. Idéaliste est le philosophe qui accorde la primauté à l’esprit sur la matière, et qui parfois va jusqu’à déclarer que l’esprit est la seule réalité (tel est le cas du spiritualisme). Pour prendre un exemple simple : dans les sciences, si l’on n’est pas idéaliste, on dira qu’on a découvert quelque chose, tandis que si l’on est idéaliste on dira qu’on l’a inventée ou bien construite. 

                                                   Les effets délétères du complotisme

C’est à une espèce d’histoire philosophique en raccourci sous l’angle de l’idéalisme qu’Yvon Quiniou procède. L’idéalisme, en effet, dans ses différentes modalités, exerce dans l’histoire de la philosophie une domination presque sans partage, reléguant le matérialisme à ses marges. Ce qui a conduit Marx à sa célèbre formule : jusqu’ici, les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde, il s’agit à présent de le transformer. On pourrait penser qu’un tel passage en revue ne pourra intéresser que les spécialistes, et que la défense du matérialisme (qui a inspiré à l’auteur plusieurs livres) faite ici indirectement par la dénonciation critique de l’idéalisme n’est plus de saison. Grave erreur ! Jamais peut-être, dans l’histoire de l’humanité, l’idéalisme auquel les philosophes du passé ont donné des arguments parfois subtils et sophistiqués, n’a été à ce point dominant. En diffusant l’idée qu’il n’y a que des récits et des interprétations, mais plus de faits objectifs ni de vérité recevable par tous, les grands médias d’aujourd’hui s’inscrivent dans la mouvance idéaliste. Avec des effets délétères comme le complotisme, dont on mesure aujourd’hui la gravité. Le débat entre l’idéalisme et le réalisme (dont le matérialisme est la modalité radicale) a, on le voit, une dimension politique. Qui, en effet, a un intérêt immédiat à donner à penser que tout est affaire de pensée, sinon les riches et les puissants qui, eux, ne se contentent pas des idées ?                                                             

                                                                                      Christian Godin 

Yvon Quiniou, Critique de l’idéalisme philosophique. Une approche théorique e politique, L’Harmattan.

 

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