Propos hétérodoxe sur le féminisme

L'égalité homme/femme est au cœur de la revendication féministe et il faut la soutenir absolument. Mais il ne faut pas oublier la face cachée de cette relation: une espèce de domination de la femme sur l'homme au foyer et le fait que bien des hommes ont payé le prix de leur masculinité dans la vie sociale, sous des formes douloureuses à l'abri desquelles les femmes étaient!

                                              Propos hétérodoxe sur le féminisme 

Médiapart a au moins cet intérêt d’accueillir des libres propos comme celui, hétérodoxe, qui suit. C’est la réflexion d’un partisan absolu de l’égalité de l’homme et de la femme (et réciproquement, on verra pourquoi !) : égalité intellectuelle globale, droits égaux en politique, dans le travail et sa rémunération, dans la démocratie sociale, dans les relations sexuelles, dans le mariage, dans le rapport aux enfants, etc., j’en passe et des meilleurs, s’il y en a. Par contre, je voudrais signaler des contre-vérités dans ce domaine, que le féminisme anti-masculin véhicule, c’est-à-dire des vérités toutes simples qu’il oublie ou occulte sciemment – quitte à me faire injurier sur ce blog, mais tant pis : le courage d’une certaine vérité est à ce prix.

Quand on réfléchit sans préjugés à ce qu’a été le rapport homme/femme dès le début de l’histoire humaine, la différence des forces physiques a pu justifier, à l’origine mais à tort, la domination psychologique revendiquée ou réelle du mâle sur la femelle dans le foyer. Sauf que, c’était bien l’homme qui allait à la chasse ou à la pêche, la chasse surtout, en y risquant des blessures ou la mort au contact de bêtes sauvages, plus fortes que lui. Bien par la suite et durant un long temps qui n’a pas changé, ce furent les hommes qui allèrent massivement à la guerre, y souffrirent et y moururent. Ce fut le cas de combien de femmes, même si, en sens inverse, elles connurent le douloureux sort de veuves ? Vaut-il mieux être mort ou veuve ? Quant à la sphère du travail, a-t-on conscience que ce furent les hommes qui, d’emblée, durent travailler dans les pires conditions sur lesquelles Marx a insisté dans le cadre du capitalisme, même si les femmes (et les enfants) y furent mis à contribution. Il serait intéressant de connaître l’espérance de vie des unes et des autres, à l’époque et depuis ! Je crois savoir que les femmes vivent plus longtemps que les hommes, toutes catégories sociales confondues !

Quant à la condition conjugale dans son aspect spécifiquement psychologique, il faut démystifier un préjugé selon lequel l’homme serait l’être dominant dans tous les cas. Il n’y a pas seulement un patriarcat insupportable, spécialement dans la bourgeoisie ; il y a aussi un matriarcat, en particulier dans les milieux populaires, lié à la situation respective de l’homme et de la femme dans le travail et que tous les anthropologues attesteront. Deux exemples, l’un général, l’autre personnel, tout simples. En Bretagne, tout particulièrement, région que je connais et dont un écrivain connu, P.-J. Hélias, a retranscris les mœurs dans un livre célèbre, il y a une domination de la femme sur l’homme au foyer, dans le milieu maritime : c’est l’homme qui assure le revenu de la famille en allant pêcher par tous les temps et, quand il revient à son domicile, sa femme y a assis son autorité  familiale, au point que les hommes sont portés à boire pour échapper au malaise lié à cette situation. Il y a donc, du coup, un alcoolisme masculin dominant qui abîme l’homme bien plus que la femme. Autre exemple personnel, mais dont on peut étendre la portée : issu d’une famille dans laquelle mon père était militaire (de rang moyen) et ma mère une institutrice et une femme de grande classe, c’est ma mère, une femme donc, qui dominait mon père et le faisait souffrir. Or je l’ai dit, et il suffit de regarder autour de soi pour en être convaincu, nombre de couples fonctionnent en interne à l’opposé de ce qu’ils sont en externe, la supériorité sociale de l’homme se renversant en infériorité psychologique devant la femme. La littérature et, surtout, le cinéma, nous l’ont souvent montré et, donc, démontré ; et nombre de drames amoureux, en l’occurrence passionnels dont la presse se fait souvent l’écho malheureux, ont leur origine dans cette situation où l’homme se sent dominé par la femme, l’est réellement et ne le supporte pas… par amour.

Car c’est là aussi une cause de cette situation : la relation amoureuse elle-même, dans laquelle la question de la domination sur l’autre n’est absolument pas absente, y compris de la part de la femme et sur laquelle la psychanalyse peut nous éclairer fortement. L’autre cause, liée parfois à la précédente, c’est quand la femme est en situation de vouloir dominer l’homme, soit de fait de son éventuelle « nature » individuelle, soit du fait de sa biographie. J’ai évoqué, ici même, le cas de Virginie Despentes désirant dominer l’homme dans sa vie temporaire de prostituée … comme elle l’avait été dans sa relations aux hommes, au moins sexuelle. Où est ici, à savoir chez elle, la revendication d’un féminisme égalitaire dans lequel l’homme et la femme se respectent mutuellement  et acceptent leurs identités respectives, hors de tout rapport de force ? Tout se passait comme si son féminisme à elle n’était que la forme inversée d’un « masculinisme » ou d’un machisme qu’elle refoulait et dont elle reproduisait à titre personnel les défauts qu’elle lui reprochait !

Conclusion de cette brève réflexion, brève elle aussi : 1 Il y a un féminisme authentique dans lequel l’homme et le femme doivent se respecter au même titre. 2 Il y a un féminisme de vengeance, anti-masculin, où la femme veut prendre la place, injustifiée, de l’homme et reproduire pour son compte une domination. C’est, malheureusement, une forme de féminisme qui n’a rien de progressiste tout en se prétendant tel ! La femme ainsi envisagée et revendiquée n’est certainement pas « l’avenir de l’homme » tel que je le souhaite avec Aragon.

                                                             Yvon Quiniou

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