Le "Manifeste du parti communiste", un grand livre!

Le "Manifeste du Pari communiste" de Marx et Engels, écrit il y a un siècle et demi, a marqué notre histoire comme l'histoire en général. Il nous a révélé la structure du capitalisme, les maux humains qu'il entraîne et les tendances destructrices et auto-destructrices qu'il comporte. Il faut le lire d'une manière "raisonnée" et s'en inspirer pour continuer à vouloir humaniser notre société.

 A l'heure où même Médiapart aura rendu compte, à sa manière, du centenaire de la création du PCF, parti dont on sait l'influence et l'audience qu'il eut en France au siècle dernier (26/100 des voix à la Libération), mais aussi le prestige qu'il connut auprès de nombre d'intellectuels et d'artistes, il était bon de revenir sur Le Manifeste du Parti communiste, écrit par Marx, aidé par Engels, en 1848. Car pour qui le lit avec honnêteté et scrupule, c'est là un grand livre qui rompait à l'époque avec l'idéologie dominante et qui, surtout, nous livrait une analyse décapante de la réalité du capitalisme, du malheur social qu'il engendre et des possibilités d'avenir meilleur qu'il ouvre. Le relire est pour les communistes (ou pour ceux qui se réclament encore du socialisme de Jaurès) une manière de renouer avec leur inspiration première, qui a été abîmée par le soutien aveugle que leur Parti a apporté à l'expérience soviétique, qui n'en était pas une illustration mais un contre-exemple à bien des égards. Cela lui a nui à partir de la fin de cette expérience, l'a considérablement affaibli par rapport à ce qu'il a été, mais ne l'a pas tué. Car contrairement à ce que disent ou ne disent pas les médias, le PCF n'est pas mort : car ils oublient de signaler que en termes d'élus toutes catégories, il est encore le troisième parti de France (eh oui!). Et par ailleurs - et c'est toujours le même silence insupportable qui règne ici - la déferlante libérale en Europe qui a suivi la chute du Mur de Berlin, a entraîné une aggravation des conditions de vie de la majorité de la population, sans que la démocratie y ait gagné beaucoup (voir la Hongrie et la Pologne aux régimes quasi-fascisants, soutenus par des Eglises rétrogrades). En ce sens et par-delà la parenthèse progressiste que la France a connue au 20ème siècle, et ce grâce aussi aux communistes (1936, Libération, 68, programme commun de la gauche et les années 1981-1983), nous avons retrouvé une situation désastreuse au sein du capitalisme qui fait penser, toutes transpositions opérées, aux analyse du Manifeste en son temps, hélas! J'ajoute que les dits "socialistes" n'ont pas eu le courage, l'intelligence ou la volonté de résister à cette déferlante libérale et se sont laissés gagner par l’idéologie qui l'a accompagnée, venue des Etats-Unis avec un théoricien comme Hayek, dont on retrouve les idées dans le livre-programme de Macron, Révolution, auquel se sont ralliés lamentablement bien d'anciens dirigeants "socialistes". D'où l'intérêt de relire le Manifeste du Parti communiste, d'y puiser des concepts et des analyses dont la justesse, encore aujourd'hui,  ne fait pas de doute dès lors qu'on sait les actualiser, sinon les renouveler ou les enrichir sur certains points, car ce texte n'est pas une Bible et le communisme n'est pas une religion, simplement une exigence morale de fond. Cela aidera à rouvrir un avenir d'émancipation pour les hommes comme d'éviter la catastrophe anthropologique autant qu'écologique qui nous attend, si on laisse le capitalisme déployer ses effets inhumains que Mars et Engels avaient largement anticipés.

C'est dans cet état d'esprit que j'ai écrit le livre qui vient de paraître et dont je donne ici la présentation en 4ème de couverture: 

Le Manifeste du parti communiste, écrit dans la fièvre et la passion révolutionnaires par Marx (aidé par Engels) en 1848, est un de ces livres qui dépassent leur siècle car la cause qu’il défend est toujours d’actualité, voire encore plus étant donnée la situation catastrophique de notre monde aujourd’hui. Qu’il s’agisse de la division de la société en classes antagonistes, de leurs conflits au sein de l’histoire, des effets de la production matérielle sur la conscience des hommes, de l’exploitation de l’immense majorité, de l’expansion planétaire du capitalisme, tout cela est encore vrai même si la société s’est complexifiée et a pu être améliorée par la lutte politique et syndicale inspirée par les idées marxistes. Ce texte nous en offre une démonstration à la fois rigoureuse et lumineuse, quitte à en actualiser, en nuancer ou à en enrichir certains points. Et cela est encore plus vrai quand il nous parle d’un communisme à construire démocratiquement où « le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous ». Quoiqu’en disent les apologistes cyniques  d’un système inhumain, lire ce texte n’est pas se pencher sur un passé révolu, mais s’ouvrir à un avenir d’émancipation que nous devons exiger en s’inspirant de lui !

Yvon QuiniouÉloge raisonné du Manifeste du Parti communiste, Editions  de L'Humanité

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