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Billet de blog 14 mars 2022

Être responsable dans le soutien à l'Ukraine

La terrible guerre en Ukraine nous impose à tous un devoir de lucidité intellectuelle, si nous voulons qu'elle prenne fin. Refuser la militarisation du conflit, qui s'intensifie de la part de l'Occident, y compris à travers l’Otan. Mais aussi mettre fin aux sanctions économiques qui vont produire des dégâts un peu partout. La philosophie à un rôle à jouer ici, hors de toute idéologie partisane.

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                                             Être responsable dans le soutien à l’Ukraine 

Etant admis que nous devons condamner l’intervention russe en Ukraine, quelles que soient les raisons que Poutine avance pour la justifier, la priorité des priorités est de tout faire pour arrêter cette guerre et de ne pas jeter de l’huile sur le feu comme le font certains dirigeants occidentaux, lesquels risquent d’embraser ce conflit et de le transformer en guerre mondiale catastrophique pour tous.

Précisément, je voudrais indiquer brièvement des mesures que veulent prendre les Européens, poussés en avant par les Etats-Unis, et qui sont totalement irresponsables. Celle d’abord qui vise l’instauration d’une zone d’exclusion aérienne au-dessus de l’Ukraine, qui n’est pas à rejeter, bien sûr, mais qui de défensive peut devenir offensive comme l’a indiqué notre ambassadrice à l’Otan, Muriel Domenach, à savoir que cette même Otan pourrait autoriser ses avions à survoler le ciel de ce pays pour contrer, part anticipation, la présence éventuelle, quoique interdite, des Russes : on en voit les conséquences, côté russe (voir un article lucide et mesuré de La Croix à ce sujet). Mais il y aussi les « va-t-en guerre » occidentaux au sein de l’Otan qui veulent livrer ou ont même commencé de livrer des avions et des armes à l’Etat ukrainien, ce qui ne pourra que susciter une militarisation inverse et dangereuse du côté de la Russie. Il faut au contraire impérativement cesser de militariser l’Ukraine pour éviter le pire : la montée de la militarisation guerrière du conflit. C’est la paix qui est primordiale et, avec et pour elle, il faut cesser de fournir massivement des armes à ce pays, ne pas impliquer l’Otan dans ce processus délétère et, surtout, ouvrir des négociations. C’est pourquoi de jeunes responsables d’organisations de jeunesse du PCF ont eu raison, dans L’Humanité de ce jour 14 mars, de dépasser la seule réaction émotionnelle  et de critiquer la « surenchère guerrière » de l’Union européenne, indiquant courageusement que « l’envoi d’armes en plein cœur d’un conflit peut entraîner sa généralisation à l’ensemble du continent et du monde ». Il faut agir, au contraire, « en dehors de l’Otan et sous l’égide de l’ONU ».

Mais il y a aussi la dimension économique de ce conflit qui est pris dans la « guerre économique » capitaliste que l’Occident livre aux russes depuis longtemps comme elle en livre, pour une part à la Chine. C’est ainsi qu’un secrétaire d’Etat aux affaires européennes –Clément Beaune pour ne pas le nommer – nous conseille d’« imposer nos intérêts » à la Russie en profitant de la situation de dépendance réciproque des nations dans ce domaine, oubliant que nous aussi nous dépendons de la Russie (pour le gaz, mais pas seulement) et que celle-ci peut nous imposer ses intérêts à elle, sans que cela ait un effet quelconque d’apaisement sur le conflit. Par contre, ce qui est sûr, c’est que l’augmentation des sanctions économiques, de part et d’autre d’ailleurs, aura des conséquences terribles sur le monde entier, y compris en termes de dégâts sociaux pour les peuples, partout. C’est pourquoi on condamnera fermement la volonté, qu’a exprimée notre ministre de l’économie, Bruno Lemaire, avant de se dédire, de « livrer une guerre économique totale à la Russie ».

Oui, décidément, il faudra bien qu’un jour, une fois ce conflit résolu, par la négociation et l’attribution d’un statut de neutralité, sans doute, à l’Ukraine, que la pensée politique se rappelle le message de Marx, à savoir que « l’économie est déterminante en dernière instance » et non les seules ambitions des hommes politiques ou une éventuelle « nature humaine » mauvaise. Et du coup il faudra bien, aussi, songer à rompre avec ce déterminisme meurtrier à beaucoup d’égards, pour s’engager dans une histoire post-capitaliste, où les hommes feront cette histoire consciemment et librement, sur la base de valeurs humanistes universelles, dont l’application commence par l’instauration de la paix avec ses présupposés politiques, sociaux et économiques. La philosophie, l’authentique philosophie très loin de celle de B. H-L, a un rôle à jouer dans cette perspective, car elle a aussi pour rôle de mettre fin aux emballements émotionnels et aux aveuglements idéologiques partisans, souvent mortifères, qui lui sont liés.

                                                                                 Yvon Quiniou       

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