Quelle critique indispensable de la religion ?
La critique de la religion – et en l’occurrence des religions car elles sont multiples et diverses – mérite un débat approfondi, mais dont je voudrais indiquer ici et à nouveau quelques lignes.
Je commencerai par indiquer qu’il faut distinguer la foi et la religion. La première est une position philosophique (plutôt que « spirituelle ») et elle n’est ni démontrable ni réfutable comme l’existence de Dieu elle-même, et elle doit donc être respectée comme une option ultime sur la Réalité, qu’on peut dire métaphysique, qui relève du droit à la liberté intellectuelle de chacun. C’est donc la religion qui peut faire problème. Disons qu’elle est la mise en œuvre de cette foi dans des pratiques communes qui unissent les hommes au sein d’Eglises et qui sont liées à des valeurs qu’on peut dire morales.
Or il se trouve que pour le marxisme, qui est une science de l’histoire et des formes de conscience qu’elle produit, la religion est précisément une de ses productions qui s’enracine dans la détresse sociale, et spécialement dans celle que le capitalisme engendre auprès des travailleurs exploités. Elle est, comme Marx l’a dit, « l’opium du peuple », à savoir ce qui réduit sa souffrance – sauf que c’est sur un plan imaginaire qui ne la supprime pas : elle n’est qu’une compensation qui lui fait oublier de combattre sa détresse et qui, donc la renforce.
Or ce diagnostic est toujours vrai aujourd’hui, même si la religion chrétienne, spécialement la catholique, est en forte régression, spécialement en ce qui concerne la pratique (2% de la population française actuellement). Reste que du point de vue de ses convictions elle demeure largement réactionnaire : dans le domaine scientifique où elle refuse certains acquis, pourtant assurés, du darwinisme, par exemple, comme l’origine naturelle de l’esprit ; et surtout dans le domaine des mœurs où elle maintient des positions éthiques inacceptables : conception rigide du mariage refus de la contraception, mais aussi condamnation de l’homosexualité (qu’elle ne se prive pas de pratiquer « en interne » !). Et dans le domaine politique, malgré ses valeurs d’« amour du prochain » que l’Evangile proclame et qui peuvent inspirer moralement un engagement socialiste ou communiste, elle les nie dans bien de ses positions politiques qui ne sont guère d’inspiration progressiste et qui, même, l’amènent à soutenir idéologiquement des régimes, dans le monde, qui sont ultra-réactionnaires… à l’image d’autres religions, comme l’islam, qui sont encore pires.
La question qui se pose alors aux communistes et plus largement aux citoyens de gauche, sachant que certains de leurs dirigeants ou intellectuels connus sont bien des croyants et le revendiquent, est la suivante : quel rapport devons-nous entretenir avec les religions ? D’abord on ne peut qu’accepter et, en ce sens, respecter leur existence au sein de la République, qui est de droit, à condition qu’elles-mêmes se respectent entre elles et respectent les incroyants – ce qui a rarement été le cas dans le passé, je passe sur le détail. Ensuite on doit exiger qu’elles pratiquent un respect réciproque à l’égard des incroyants et de leurs convictions propres, au lieu d’y voir des idées à combattre comme on le voit dans le domaine de l’Université et des médias. Enfin, on est en droit de leur demander de mettre en œuvre leur message moral authentique en politique en n’oubliant pas que, sur terre si je puis dire, « l’être suprême pour l’homme, c’est l’homme » (Marx à nouveau) : c’est son bonheur qui est prioritaire !
PS: L'incident survenu à Marseille à cause du port d'une tenue à caractère religieux dans une école d'un quartier populaire, ravive une nouvelle fois cette question, hors de tout électoralisme à courte vue. Même chose pour le grave comportement d'un musulman à Annecy prétendant tuer des enfants "au nom de Dieu"!
Yvon Quiniou