Le capitalisme n'est pas en crise!

Le motif de ce bref billet, au titre provocateur, m'a été fourni par un article du Monde indiquant que les cinq cents plus riches de France avaient vu leur richesse, en l'occurrence leurs revenus, augmenter de 15/100 cent dans l'année écoulée. A quoi s'ajoute une autre information, concordante à une autre échelle, à savoir que les milliardaires de la finance internationale ont vu leurs profits personnels augmenter d'une manière considérable dans la dernière période, ainsi que ceux de leurs actionnaires. Alors, qu'entend-on, sérieusement, par cette crise du capitalisme dont tous les médias  nous tourmentent pour justifier les sacrifices imposés aux peuples du monde entier?

Une nouvelle fois, il s'agit d'une imposture sémantique, de ces impostures dont l'idéologie dominante ne cesse d'abreuver la population, qui n'en peut mais, faute d'avoir les moyens intellectuels de lui résister, moyens qu'on refuse sciemment de lui donner. Car on confond et fait confondre le capitalisme et les capitalistes, qui sont pourtant au coeur de celui-ci. Car la crise du capitalisme n'est en rien la crise de ses mécanismes structurels qui l'empêcherait de faire du profit, même si c'est le cas pour certains capitalistes individuels. Au contraire, et je viens de l'indiquer, la plupart des capitalistes se  portent formidablement bien, bénéficiant sans vergogne de la mondialisation du système qui est le leur et dont ils sont les agents actifs à travers son expansion mondiale, ses délocalisations et les dérégulations du marché du travail qu'elle suscite, sans que cela leur pose le moindre problème de conscience. En ce sens, il n'y a pas de crise du capitalisme, à savoir des capitalistes qui l'incarnent et le font vivre.

Par contre, il y a bien une crise du capitalisme entendu comme systéme social capable de satisfaire les besoins de la population dans son immense majorité. Contrairement à ses thuriféraires libéraux qui, dans la lignée de Hayek, prétendent que, sur le long terme, la "main invisible du marché" (ils s'inspirent ici d'A. Smith), à savoir du marché capitaliste, devrait profiter à tous, il est de plus en plus avéré que ce n'est pas le cas. Les Etats-Unis en sont la preuve, occultée elle aussi par la propagande des médias, où l'inégalité des revenus atteint une proportion ahurissante, où la pauvreté de masse est d'un niveau scandaleux, où l'acculturation du peuple est médiocre, où l'accès à la sécurité sociale n'est pas garantie pour tous et où je viens d'apprendre, récemment, que le taux d'incarcération dans les prisons bat tous les records du monde, sans le moindre effet sur la criminalité (Le Monde du 8 juillet, article remarquable de Nicolas Duvoux). Et cela alors que ses dirigeants économiques se vautrent cyniquement dans le luxe. C'est la même chose en Europe, depuis que celle-ci est devenue libérale avec l'appui des partis dits "sociaux-démocrates": on n'a jamais vu une pareille misère affecter les pays de l'Europe du Sud au nom de l'intégration européenne, qui n'est rien d'autre que l'intégration au capitalisme européen, désormais codifiée dans un Traité contraignant. Enfin, même la France est le révélateur de ce mal paradoxal : Gattaz, le dirigeant du paronat français, fait des profits personnels indignes au moment même où il prétend, au nom de la prétendue crise du "capitalisme", imposer au  monde du travail  français une austérité totalement inédite, qu'il ne s'applique bien entendu pas à lui-même. D'où ma simple proposition : qu'aucun politique ne décide de quoi que ce soit dont l'application ne le concerne pas lui aussi! Et l'on sait à quel point la France va mal (je ne dis pas la France capitaliste, c'est-à-dire des capitalistes, qui va très bien, merci!) quand on voit la politique de régression sociale dans tous les domaines que mènent les dits "socialistes" au pouvoir, précisément parce qu'ils mènent une politique favorable au capitalisme.

Quoi qu'il en soit, il est clair qu'il ne faut pas confondre le capitalisme et les capitalistes: la crise du premier n'est qu'apparente si l'on croit qu'elle est celle des seconds, qui n'existe pas. La première  bénéficie en réalité  à ceux-ci, puisqu'ils en tirent un profit maximal. Celui-ci, énorme, a sa source dans la crise imposée aux peuples par le système capitaliste lui-même, qui n'est pas en crise, sauf à le confondre avec ses victimes.

                                                                                      Yvon Quiniou.

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