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Billet de blog 16 avril 2023

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Quand la presse est globalement défavorable à la Chine

Il y a aujourd'hui un scandale dans la presse: celle-ci manifeste globalement une hostilité partisane contre la Chine, dont le journal "Le Monde" est un exemple flagrant. Elle traduit une idéologie pan-capitaliste favorable aux Etats-Unis et acceptant sa volonté impérialiste présente en Ukraine. Elle contredit le pacifisme de cette Chine et sa volonté d'équilibre du monde.

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                            Quand la presse est globalement défavorable à la Chine 

Lecteur assidu de journaux  et d’hebdomadaires, dont il me plait aussi d’analyser leurs partis-pris idéologiques, je suis non surpris mais profondément déçu par l’idéologie pro-occidentale et même pro-américaine qui s’y manifeste ces temps-ci, totalement inadmissible et inintelligente, qui alimente leur hostilité « aveugle » à la Chine dans le contexte de la guerre en Ukraine, mais pas seulement.

Je vais me centrer sur un journal qui n’est ni Le Figaro ni le JDD  avec leur orientation de droite, mais Le Monde, en raison de son importance, que je lis depuis longtemps, qui a pu se situer à gauche (quand le pouvoir était de gauche, bien entendu, ou la gauche une force politique puissante, mais qui dérive idéologiquement vers un centrisme que je n’approuve pas. Or sans entrer dans les détails de celui-ci – comme le refus désormais de contributions critiques à l’égard du capitalisme – je voudrais analyser, références à l’appui, son hostilité à a Chine donc, telle qu’elle se manifeste dans son dernier article sur la visite de Lula en Chine (16 avril). L’essentiel consiste à réduire, en quelque sorte, le rapprochement du Brésil avec ce pays, et même ce régime (ce n’est pas pareil) à des intérêts économiques comme si cette donne n’était pas présente dans les rapports entre les Etats-Unis et bien d’autres nations, y compris européennes, pour le plus grand profit des multinationales dont la stratégie financière dominante n’est jamais critiquée ! Je n’insiste pas davantage puisque qu’on peut lire cela un peu partout, mais je regrette que si la dimension de justice, d’équilibre et de relative liberté dans le développement réclamé par Lula est bien mentionnée (citations intégrales obligent), elle n’est pas vraiment soulignée ou mise en avant alors qu’elle est au cœur d’une démarche d’ensemble progressiste visant à réduire le poids de l’impérialisme américain (avec ses conséquences guerrières) à l’échelle du monde et donc à rééquilibres les rapports de force mondiaux. A ce niveau là, le rôle important et estimable de la Chine n’est pas rappelé alors qu’il faut savoir que celle-ci a inscrit dans ses statuts d’inspiration communiste une politique internationale d’« unilatéralisme » qui consiste à ne pas vouloir imposer son modèle politique aux autres, tout en continuant à avoir des échanges économiques avec elles, basés sur le principe du « gagnant-gagnant ». On peut être réservé sur ce dernier point (ce n’est pas mon cas), mais pour éviter de dire n’importe quoi sur la politique internationale de la Chine, qui n’est pas guerrière (elle a très rarement fait la guerre dans le passé, deux ou trois fois et légitimement), on aura intérêt à lire et à commenter le  livre de Bruno Guigue Communisme, dont j’ai rendu compte ici même, les travaux de Tony Andréani ou l’ouvrage La Chine sans œillères (Delga) dont la presse n’a guère parlé – ce qui constitue une faute de déontologie journalistique, mais dont cette même presse devient coutumière : comment juger une chose sans la connaître ?

Mais il y a pire dans la conjoncture du conflit en Ukraine. Il s’agit de la manière dont Lula, ce grand dirigeant progressiste du Brésil actuel, et le dirigeant chinois Xi Jinping entendent contribuer à une politique visant à y instaurer la paix : « propos lénifiants », plaidoyer fade » en est-il dit lamentablement, jugement auquel on opposera ce qui suit : « Les parties affirment que le dialogue et les négociations sont la seule issue viable » à cette crise « et que tous les efforts visant à résoudre pacifiquement la crise doivent être encouragés et soutenus ». A quoi s’ajoute un appel à d’autres pays pour  y contribuer. : rien que ça ! Plus : il s’agit aussi, spécialement pour Lula, de faire échapper son pays à la soumission économique et financière à l’égard des Etats-Unis, de lui assurer une souveraineté politique et d’équilibrer les échanges internationaux à la lumière d’un idéal de justice – et on laissera de côté les processus économiques et financier destinés à y aider en mettant fin à la suprématie mondiale du dollar.  Sur le fond, comment peut-on ne pas louer cette attitude de ces deux partenaires et, du coup, approuver un Macron quand il la défend et incite l’Europe à la partager ? Et comment, tout autant, comprendre l’abstention de ceux qui sont hostiles à la Chine ?

Celle-ci renvoie à une idéologie pro-américaine et pan-capitaliste qui ne veut pas voir ou occulte cyniquement (au choix) le rôle que les américains  entendent jouer en Ukraine : y assurer, via le cache-sexe de l’OTAN, leur présence économique impérialiste, mettre en difficulté la Russie considérée comme l’ex-URSS et tenter de renforcer leur statut de puissance mondiale fragilisé par l’affermissement considérable du bloc chinois. Or cette idéologie, j’y insiste, n’est pas seulement l’apanage de journaux franchement de droite comme ceux que j’ai indiqués d’emblée, mais on la retrouve dans bien des médias et un important journal de province, Ouest-France, pourtant d’origine démocrate-chrétienne. Et Le Monde actuel, donc, la partage après avoir été longtemps un journal de gauche ou de centre gauche estimable (en dehors de ses qualités intellectuelles) – il est vrai à une époque où la gauche soit était au pouvoir, soit était une force politique importante, ceci expliquant peut-être cela. En tout cas, cet exemple montre le poids écrasant de l’idéologie qu’on peut qualifier, sans exagérer, de conservatrice ou d’anti-progressiste, voire de rétrograde, sur la conscience collective, dont les moyens de communication sont à la fois le reflet et l’inspirateur.

Heureusement, je peux ne pas m’arrêter là et indiquer deux exceptions de qualité, en dehors de Médiapart qui ne m’a en rien choqué à ce sujet. Marianne, d’abord,  qui peut manifester une « ouverture » encourageante en direction de la Chine (voir un article récent du spécialiste Alain Bauer) et surtout L’Humanité Magazine (liée au quotidien L’Humanité) avec la chronique hebdomadaire consacrée aux rapports internationaux de Francis Wurtz, d’une justesse et d’un progressisme remarquables s’agissant en particulier de l’Ukraine et de la Chine ces temps-ci. Comme quoi on peut aussi échapper à l’idéologie dominante, avec son poids, et continuer à ouvrir une perspective positive d’avenir pour l’humanité. Il suffit de le vouloir humainement et de faire un effort d’intelligence critique en s’informant objectvement.

NB : Si je puis me le permettre, j’indique que ce billet illustre un propos très vaste que je tiens sur » L’idéologie et son pouvoir » dans un livre à paraître prochainement.

                                                              Yvon Quiniou

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