Macron, un aventurier de la politique-spectacle

Macron a la vedette ces temps-ci, dans les médias mais pas seulement, comme s'il réinventait la politique. Or ce n'est pas vrai : c'est un aventurier de la politique-spectacle à l'américaine, sans projet d'envergure et plongé dans le libéralisme économique. Il faut dénoncer cette imposture, qui tourne le dos à la gauche véritable et à la morale qui devrait l'animer.

Macron, un  aventurier de la politique-spectacle 

Et voici que Macron débarque dans la compétition électorale pour la présidentielle, soutenu par des médias totalement affligeants. Affligeants pourquoi ? Par ce qu’ils veulent imposer médiatiquement une stature intellectuelle et politique à qui n’en a pas.

D’abord, il y a les titres dont on a pu l’affubler et dont il n’a jamais explicitement démenti  la réalité : il n’est pas normalien, même s’il a préparé l’Ecole normale supérieure ; et il n’a pas été l’assistant de Ricœur en philosophie, comme si c’était un titre universitaire qui n’existe plus. Il l’a seulement aidé dans son travail de documentation, ce qui est plus modeste et sans valeur intellectuelle spéciale. Et son projet de thèse, avec Etienne Balibar, a échappé à la mémoire de ce dernier ! Passons.

Ce qui est plus grave, c’est l’importance politique qu’on lui accorde sur le fond et qu’il n’a pas. Brièvement, car je ne peux ici développer davantage. Il y a d’abord son style de campagne, totalement à l’américaine ou à l’italienne, avec des meetings démagogiques et délirants. Elle est fondée sur une image personnelle, indépendante des partis et soi-disant anti-système : c’est ainsi que l’on discrédite un peu plus les partis et la démocratie, dont les premiers sont pourtant les vecteurs indispensables, sauf à verser dans le populisme, fût-il de gauche. Sur ce dernier point, voir ce qui se passe en Espagne aujourd’hui au sein de  Podémos, avec les  déchirements personnels et les hésitations sur la ligne politique qui affectent ce mouvement, qui se veut « hors partis » !

Mais surtout, en quoi est-il « anti-système », si l’on entend par « système » non le jeu ou les institutions politiques dont il est entièrement partie prenante à sa manière, mais le système économique d’aujourd’hui, à savoir le capitalisme, pour le nommer par son nom ? A ce niveau, non seulement dans son parcours professionnel  il vient de la finance, mais, dans  son parcours politique, il  en est resté foncièrement dépendant.  Il a soutenu la politique, libérale économiquement, de Hollande, et il l’a activement mise en œuvre. A travers le CICE, qui aura consisté à soutenir l’entreprise capitaliste au nom de l’investissement et de la compétitivité, sans contrepartie assurée, et qui n’a eu aucun effet sur l’emploi, mais aura profité aux actionnaires. Ou encore à travers la loi–travail de M. El Khomri, qui a consisté à diminuer le poids des syndicats réellement représentatifs dans les négociations d’entreprise et à faciliter la flexibilité du travail comme à permettre d’aggraver les conditions de travail ou de rémunération, déjà pénibles ou insuffisantes Quant à ses initiatives propres, comme l’ubérisation du travail dans les taxis ou l’invention de transports par car, concurrençant la SNCF, elles auront été un échec, financier ou social, sans compter la dimension anti-écologique de la dernière mesure.

Cela en dit long sur sa démarche : il est en marche, mais on ne sait pas où il va. Par contre, on sait où il est : dans le libéralisme économique, même s’il paraît parfois s’en défendre, par exemple en soutenant la sécurité sociale contre les projets de Fillon. A quoi s’ajoute un jeu politicien qui se veut habile mais peut se révéler catastrophique. Il  hésite à se définir dans le clivage droite/gauche, pourtant toujours plus d’actualité : tantôt ni de droite ni de gauche (avec de forts appuis à droite et dans la presse de droite, cependant), tantôt à la fois de droite et de gauche ( ?) et, tout dernièrement, de gauche, malgré tout, ayant en vue ce qui suivra la primaire du PS dont il entend rassembler les décombres.

Bref, et pour conclure, voici un homme qui incarne parfaitement la dérive ou, plutôt la dégradation morale de la politique, spécialement à gauche – j’entends : dans une certaine gauche qui aura usurpé son nom depuis l’élection de Hollande, sauf dans les questions sociétales (il faut être honnête). A savoir : la politique-spectacle, sans vision du monde, de l’homme et de la société, sans projet humain d’envergure et réduite à une aventure personnelle motivée par la seule ambition. Ce n’est pas, comme il le prétend démagogiquement, une « révolution » qu’il nous propose hypocritement, mais,  pour qui se veut de gauche, en tout cas, une « contre-révolution » dans la manière de pratiquer la politique, dont la morale est absente et qu’il faut absolument combattre !

                                                                               Yvon Quiniou

 

                                                                                                                                                                              

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