La laicité, arme de l'athéisme?

Chantal Delsol vient de se livrer à une diatribe indigne contre la laicité dans "Le Monde des religions". Il convient de lui répondre

Dans un dossier, pourtant ouvert, sur la laicité du "Monde des religions", Chantal Delsol se livre à une diatribe contre celle-ci à la fois injuste, bornée et haineuse. Alors que la laicité n'est qu'un cadre juridique formel garantissant la libre expression de toutes les croyances dans le domaine religieux, y compris celle de l'athéisme radical, elle en fait un "parti-pris d'athéisme".

Ce propos est injuste ( au sens de la non-justesse) et Jean Bauberot a le mérite ici de le lui rappeler. Où a-t-elle lu cela? Mais il est aussi injuste au sens moral du terme: il revient à la dévaloriser en y introduisant un élémemt de "haine de la religion"  qui n'en fait pas expressément, c'est-à-dire juridiquement, partie.D'où un propos également borné, étroit, et je voudrais dire pourquoi. La laicité n'implique pas seulement le respect du droit  à l'existence des religions,dès lors qu'elles ne portent pas atteinte aux lois du vivre-ensemble; elle implique aussi non seulement le droit mais le devoir de procéder à leur examen critique - ce qui n'est pas de la haine, laquelle est un sentiment négatif ou "passif" (Spinoza), mais une exigence de l'intelligence s'appuyant sur la raison théorique et pratique (ou morale).

Or, manifestement, elle oublie trop facilement, tous les méfaits des religions dans l'histoire et dont l'islam nous offre un dernier et terrible exemple: hostilité à la science, dogmatisme faisant passer la foi pour un savoir, dépréciation de la vie sensible (voir Nietzsche) et répression de celle-ci par des interdits absurdes et arbitraires, soutien massif aux dominants en politique, au point d'alimenter la détresse socio-historique des hommes (voir Marx). A quoi on ajoutera une bonne dose d'infantilisme que Freud a magnifiquemet mise en lumière, au point d'y voir une fixation névrotique sur l'enfance. Sans compter le fait que censées unir et apporter la paix, elles n'ont cessé de se faire la guerre entre elles au nom d'un sacré imaginaire, qu'elles ne concevaient pas  identiquement, tout en se déchirant en interne. Elles ont été un immense facteur de violence! Où est la haine quand on dit tout cela? On ne fait que dénoncer moralement ce qui le mérite et les philosophes des Lumières avaient procédé avec courage, sous une tout autre forme, à la critique des religions positives, quoique au nom d'une religion idéale (Hume, Kant, Rousseau). Et quand le pape François (dont on ne surestimera pas pour autant les qualités) s'indigne du "vide spirituel" qui règne au Vatican, est-il animé lui aussi par la haine?

Il convient donc de renverser la charge de l'accusation. Chantal Delsol, philosophe politique qui se réclame d'une droite dure et d'un catholicisme d'un autre temps, est habitée par une animosité (une haine?) sans fondement à l'égard de l'intelligence critique et de la mise en oeuvre concrète, socio-politique, de l'universel - bref, elle ne supporte pas le progrès et ce qui y contribue idéologiquement... et l'on aurait aimé que Bauberot la contredise davantage sur ce plan. Question impertinente, pour finir: appartient-elle à l'Académie des sciences morales et politiques ou à l'Académie des sciences immorales de la politique?

Yvon Quiniou. A paraitre. Pour une approche critique de l'islam, chez H&O.

 

 

 

 

 

 

 

 

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