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Billet de blog 19 mai 2022

Burkini: le multiculturalisme chez les Verts de Grenoble

L'affaire du burkini, dont le port par des musulmanes dans la piscine de Grenoble a été accepté par son maire, mérite une analyse critique. Car contrairement à ce que dit celui-ci, soutenu par les Verts de son camp, ce vêtement traduit l'aliénation de ces femmes, dont elles n'ont pas conscience par définition. Je le montre ici dans le détail au nom de mon idéal d'émancipation.

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Quand le multiculturalisme religieux s’immisce chez les Verts de Grenoble

Ce qui vient de se passer à Grenoble à l’initiative de son maire « Vert » E. Piolle, inquiète fortement le citoyen de gauche que je suis, de conviction communiste, et qui entend le rester. Voici qu’il décide de permettre à des musulmanes de se baigner dans la piscine municipale en portant le Burkini, vêtement dont la caractéristique n’est pas seulement de manifester une pudeur féminine (respectable, quoique arriérée) en masquant une grande partie du corps,  mais de mettre en œuvre un impératif religieux, que certains réduisent à une coutume dite « culturelle » pour mieux le banaliser et le faire accepter. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : c’est un interdit imposé aux femmes musulmanes de montrer ostensiblement leur corps, précisément, pour mieux se soumettre à leur mari tel que la religion musulmane, appuyée sur le Coran (que j’ai lu et étudié) en définit le statut machiste et les droits sur la femme qui lui sont associés. Obligation qui rejoint celle que le Coran impose aux femmes plus largement dans l’espace public pour échapper au regard soi-disant indiscret des hommes, même si toutes ne le respectent pas, heureusement. C’est dire que c’est un problème général qui se pose ici et je veux brièvement éclaircir.

Ce qui en un sens est consternant dans ce cas précis – je laisse délibérément sa dimension générale qui soulève la question de la laïcité dans une République qui, tout en respectant les religions, limite ses manifestations publiques de prosélytisme parce que sources possible de conflits interhumains –, ce qui est consternant, donc, c’est l’argument que le maire « écologique » met en avant d’une manière qui n’est pas intellectuellement défendable : c’est l’idée de la liberté des femmes  auxquelles on ne doit pas imposer des « injonctions vestimentaires » (je le cite). Cet argument est totalement fallacieux et en contradiction avec le combat d’émancipation que mènent les femmes (y compris musulmanes) dans les pays du Maghreb ou du Moyen-Orient (voir le drame des femmes afghanes !) dans des Etats qui sont bien totalitaires à leur manière, religieuse dans ce cas. Car cette liberté qu’on prétend défendre n’en est pas une : elle n’est rien d’autre que l’effet d’un conditionnement, social, psychologique et familial, tel que toutes les religions l’ont pratiqué dans l’histoire à l’ombre d’un Dieu menaçant, et qui a été tellement intériorisé qu’il s’ignore et croit manifester une liberté subjective. C’est ce qu’on appelle, dans une tradition qui remonte à Feuerbach et à Marx et ses héritiers, une aliénation : la femme ici devient autre et moins que ce qu’elle pourrait être si elle avait vécu dans d’autres conditions. C’est bien pourquoi le burkini « n’est pas un vêtement ordinaire » », comme il a été justement dit par des opposants à Piolle, mais l’expression visible de cette aliénation… qui en plus, prosélytisme oblige, entend faire des petits par l’exemple.

Je suis, je le répète, de conviction communiste depuis longtemps, et j’ai rappelé dans un livre récent sur l’égalité femme-homme à quel point la cause féministe a été défendue par Marx et Engels (à qui il faut ajouter la fille du premier, Eleanore), puis par des femmes exceptionnelles qui se situaient dans ce sillage d’émancipation féminine comme Clara Zetkin, Alexandra  Kollontaï et d’autres qui suivirent, avec en France Simone de Beauvoir. Or ce féminisme (que l’on retrouva actualisé juridiquement dans les premières années de la révolution bolchevique) ne se contentait pas de réclamer une égalité politique, sociale et économique des femmes par rapport aux hommes ; il  insistait aussi sur la dimension subjective des rapports amoureux, de l’égalité et de la liberté en leur sein, qui n’excluait en rien la durée et la continuité de l’amour dès lors qu’elles étaient librement désirées et consenties de part et d’autre. Or le drame aujourd’hui de la conception du couple et de la femme en lui, telle que les religions l’ont imposée longtemps pour y renoncer progressivement, c’est que l’islam, lui, dans sa « pureté » doctrinale et pratique, veut l’imposer encore sans que les politiques (pas tous heureusement) s’en préoccupent et s’en indignent.

C’est pourquoi l’Union populaire », qui est en train de se mettre en place fort heureusement, devra discuter en son sein et spécialement avec sa composante  « verte » de ce sujet, hors de tout calcul électoraliste et éviter le piège du communautarisme tel qu’on le voit être pratiqué ailleurs, comme en Angleterre. Et quant à ceux qui me trouverait « sectaire » ou « intolérant », je leur répliquerai que ce reproche n’a aucun sens rationnel-raisonnable et je leur poserai cette simple question : peut-on, c’est-à-dire a-t-on le doit de tolérer l’intolérable ? Car je rappelle que tolérer c’est accepter en fait ce qui n’est pas  respectable en droit ou moralement. Laissons de côté l’acceptation de fait dans ce cas : je la condamne puisqu’elle revient à accepter ce qui ne respecte pas la liberté profonde de la femme. Mais ce qui me choque encore plus, ce sont les discours de justification de cette attitude que je lis : où est le « progrès social » dont se réclame Piolle ? Accepter l’inacceptable (en droit) c’est contredire le respect de la personne humaine, féminine comprise, qui est un des socles normatifs d’une république comme la nôtre. Et cela n’a rien à voir avec une attitude anti-religieuse dogmatique. Pour en avoir parlé dans deux débats avec des chrétiens récemment (voir le Forum Véritas sur Internet), je peux vous dire que rares sont ceux qui s’opposent à ma conception de la religion que je tire de Kant, à savoir le droit d’exister pleinement reconnu à une religion qui se tient « dans les limites de la simple raison » (c’est le titre d’un de ses livres). Accepter l’imposition du burkini aux femmes musulmanes relève au contraire d’une religion irrationnelle et déraisonnable qui leur fait du mal sans qu’elles en aieent conscience et auquel, en plus, elles sont contraintes. La gauche n’est pas là pour asservir ou défendre l’asservissement,  mais pour émanciper !

                                                          Yvon Quiniou

NB : Pour mieux me faire comprendre je conseille à mes quelques lecteurs de ce média (où mes propos sont minoritaires) d’aller voir l’admirable film « Miss Marx », présenté à la Mostra de Venise il y a deux ans, qui nous montre le magnifique combat féministe de la fille de Marx… qui aurait refusé le port du burkini ! Et je me permets aussi  de conseiller, sans la moindre  prétention, la lecture de mon livre « Pour que l’homme ne soit pas l’avenir de la femme » (L’Harmattan) où la cause féminine telle que je la comprends et la soutiens, est détaillée.nes 

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