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Billet de blog 19 octobre 2016

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"Pour une approche critique de l'islam", commenté par J.-P. Catonné

J.-P. Catonné, philosophe et psychiatre, membre de l'Union rationaliste, rend compte ici de mon livre sur l'islam, avec clarté et rigueur, et surtout sans a priori hostile. C'est pourquoi je restitue ici son commentaire: il fera, je l'espère, réfléchir les apologistes aveugles de l'islam sur le potentiel totalitaire de sa doctrine, qu'aucun progressiste ne saurait admettre, sans se renier.

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Yvon Quiniou, Pour une approche critique de l’islam, H & O éditions, 2016

« Critique », faut-il le rappeler, signifie faire le tri. Ainsi l’entend l’auteur. Sa lecture du Coran retient-elle des éléments positifs à ce texte ? Sans doute ! Il identifie un devoir d’aumône et d’hospitalité. Par ailleurs, il retient la miséricorde et l’amour. Toutefois, cette pensée miséricordieuse offre le paradis pour les seuls croyants. Elle ne vaut que pour les seuls membres de la communauté islamique, l’Umma.

Quid  de l’interdit du meurtre ? Il n’intéresse pas les incrédules et les polythéistes. Ils sont voués à l’extermination. Est-ce là le commandement conçu sous le nom de Djihad ou guerre sainte ? Certes, le Coran propose un sens spirituel à cette notion, le  Djihad  en tant qu’effort sur soi. Cependant, il autorise le meurtre des infidèles qui ne se convertissent pas. Reste que les croyants de la religion du Livre, juifs et chrétiens, ont droit à une tolérance moyennant tribut. Telle fut la situation des Juifs en terre d’islam : Dlimi, protégés et infériorisés.

Pour Yvon Quiniou, les éléments négatifs l’emportent de loin sur les positifs. Point besoin de rappeler l’infériorité proclamée de la femme. Plus généralement, la loi islamique régit l’ensemble de la vie individuelle et sociale. Elle menace d’engager la société dans une dérive totalitaire. L’auteur ne mâche pas ses mots : « On est en présence d’un Dieu, Alha, criminel à l’égard des infidèles » (p. 70).

Certains pourraient juger sévère cette lecture du Coran. Elle m’apparaît au contraire dictée par un souci de rigueur et d’honnêteté. Les cinq remarques suivantes l’attestent.

.1 L’islam ne détient pas le monopole de la violence en matière de religion. Ainsi, la Torah autorise de tuer les incroyants en le vrai Dieu. Même L’Évangile, imprégné de part en part d’un message d’amour, fait dire au Christ qu’il apporte l’épée. Sans parler, par-delà les écrits, des actes criminels commis au nom du christianisme romain : Croisades, Inquisition et guerre contre les réformés. Le monothéisme ne détient d’ailleurs pas le monopole de cette violence : pour preuve, les massacres commis au nom de l’hindouisme et, même, du très pacifique bouddhisme.

.2 Les religions ont toujours eu partie liée avec le pouvoir en place. Certes, dans les pays sous domination musulmane, les régimes tendent à la théocratie. Cependant, cela ne constitue pas une spécificité de l’islam. Souvenons-nous des monarques chrétiens. Ils détenaient la légitimité de leur trône d’un droit divin.

.3 Un rationaliste a parfaitement le droit de critiquer l’islam, à l’instar des autres religions. Très légitimement, Yvon Quiniou dénonce le chantage à « l’islamophobie ». Tout d’abord, le terme ne convient pas. La phobie désigne une peur irraisonnée. Or, en exerçant le pouvoir de son esprit critique, l’auteur dénonce une croyance et ses aspects négatifs, dont la violence. À bon doit, il se réfère au regretté Abdelwahab Meddeb : « L’islamisme est la maladie de l’islam, mais les germes sont dans les textes « (p. 34). Rien d’ailleurs d’outrancier dans ce propos, eu égard à ce qui vient d’être rappelé ci-dessus sur les rapports entre religions en général et violence. L’auteur dédie le livre à Meddeb et au poète Adonis pour leur courage intellectuel face à l’islam.

.4 Quiniou dénonce une irresponsable « islamophilie aveugle parce que compassionnelle » (p. 47) des opprimés, portée par des militants de gauche et d’extrême-gauche. Le capitalisme mondialisé menace les acquis sociaux et l’aspiration à l’émancipation. Il constitue ainsi un terreau propice au djihadisme. Toutefois, « le déterminisme socio-historique peut expliquer les dérives idéologiques, il ne saurait les excuser » (p. 36).

. 5 Face a-à la réaction politique actuelle, la complaisance à la religiosité ambiante ne constitue certainement pas une réponse. Tout au contraire, un moyen supplémentaire de recul ! L’islam en est resté au Moyen-Âge. Les autres monothéismes ont su (ou plus exactement ont dû) lire autrement leurs textes  saints. Ils en ont rejeté la violence, sans pourtant la supprimer dans les écrits, ce qu’ils auraient dû faire. Ainsi donc, si les théologiens musulmans veulent partager les valeurs de la démocratie et de la laïcité, ils ont devant eux un large champ pour la refondation. Encore faut-il préciser que laïcité signifie le droit de ne pas croire ou de croire.

Quant à ceux qui veulent manifester le droit d’exprimer leur libre pensée sans référence à quelque pensée religieuse, Quiniou  rappelle les propos de Pierre Bayle : « une société d’athées est possible » (p. 91). Avant son avènement, il propose de vivre selon une morale kantienne respectueuse de la personne, éloignée de l’idéologie haineuse de religions qui unissent contre et donc divisent. Le respect de la personne implique de droit de critiquer sa croyance. Une telle morale s’accorde avec l’idée humaniste et universaliste des Droits de l’homme. Elle s’inscrit aussi dans un projet politique, celle d’une utopie communiste, sachant « que l’utopie n’est souvent que le réalisme de l’avenir » (p.63).

Jean-Philippe Catonné

 Ce texte est à paraître dans les"Cahiers rationalistes". 

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