Hollande, Marine Le Pen et le PCF

Hollande, Marine Le Pen et le PCF 

Ainsi F. Hollande s’est permis de comparer les propos politiques de Marine Le Pen « à un tract du Parti communiste des année 70 » pour expliquer son succès dans les couches populaires. Comme une comparaison est réversible, cela signifie que les propositions du PC de l’époque fleuraient bon le simplisme populiste tel qu’on le trouve aujourd’hui au Front national. Disons-le tout net : ce parallèle énoncé par Hollande dans un cadre officiel et public est scandaleux.

On peut reprocher bien des choses au PCF d’alors : avoir soutenu l’URSS sans un regard critique digne de ce nom, ou avoir fonctionné sur un mode qui n’était guère démocratique (je l’ai constaté : j’en faisais partie). Et l’on peut reprocher au PC d’aujourd’hui, malgré tous les efforts de rénovation démocratique qui sont les siens et lui valent à nouveau mon soutien, de ne pas prendre ou de ne pas vouloir prendre publiquement la mesure exacte de ce qu’a été le stalinisme (auquel l’expérience soviétique ne se réduit d’ailleurs pas), à savoir le contraire, à bien des égards, de ce que Marx entendait par « communisme ». Mais l’on ne saurait à aucun moment suggérer une analogie, passé ou présente (c’est la mode d’identifier les deux « extrêmes » !), entre le PC et le FN : tout les sépare, même si M. Le Pen tente frauduleusement d’emprunter au Front de gauche une partie de son vocabulaire politique. Et même le PC de l’époque avait le mérite de prendre à bras le corps la question sociale en France: il était le seul à le faire et sa force électorale aidant, il a aidé à la reconstruction de la gauche de l’époque, via le Programme commun, alors que la SFIO était moribonde.

Et puisque Hollande se permet des allusions au passé (quitte à en espérer des retombées pour le présent, en habile tacticien qu’il est), je vais en faire moi aussi. Se souvient-il que les socialistes du passé ont soutenu toutes les guerres coloniales ? Qu’ils n’ont pas fait grand chose pour hâter l’indépendance de l’Algérie ? Qu’ils ont géré le capitalisme avec Guy Mollet sans se soucier guère de ses injustices, et facilité l’arrivée au pouvoir de de Gaulle ? Et, pour  parler du présent, a-t-il conscience que c’est sa politique libérale, en contradiction totale avec ses promesses de campagne, qui alimente le vote le Pen dans les milieux populaires ? Pourtant, ayant horreur des assimilations hâtives, je n’en ferai pas un libéral « pur sucre », comme l’est en réalité, derrières ses propositions démagogiques et mensongères, Marine Le Pen qui a une partie du patronat derrière elle, ou comme le sont de nombreux dirigeants de la droite classique prêts à s’allier avec elle. Par contre, je maintiens mon jugement : le propos de Hollande, révélateur de son fond anti-communiste, n’est pas digne d’un chef d’Etat qui continue de se dire « de gauche » et compte sur cette même gauche pour se faire réélire. Il devrait respecter ceux qui, contre vents et marées et dans un climat politique désastreux  incitant au pessimisme, continuent de se battre pour une alternative globale à l’injustice du capitalisme et tendent la main à ceux qui, au PS, veulent y contribuer.

                                                          Yvon Quiniou

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