Hollande, la tache indélébile

Ainsi on aura tout vu. La France, pays des droits de l'homme et qui en a inventé le concept en 1789, interdit une manifestation de soutien à un peuple palestinien martyrisé, qui se déroulait à Paris, ville symbole; et elle envoie ses CRS pour la réprimer par la violence. Chose unique: partout ailleurs en Europe les manifestations étaient autorisées, même si elles étaient encadrées, ce qui était la solution raisonnable si l'on voulait éviter d'éventuels débordements.

Ainsi on aura tout vu. La France, pays des droits de l'homme et qui en a inventé le concept en 1789, interdit une manifestation de soutien à un peuple palestinien martyrisé, qui se déroulait à Paris, ville symbole; et elle envoie ses CRS pour la réprimer par la violence. Chose unique: partout ailleurs en Europe les manifestations étaient autorisées, même si elles étaient encadrées, ce qui était la solution raisonnable si l'on voulait éviter d'éventuels débordements.

Mais ce n'est pas tout: cela s'est produit sous un gouvernement qui se dit encore de gauche et "socialiste", avec l'accord évident de Hollande qui ne cesse de témoigner sa sympathie ou sa "compréhension" (sic) à l'égard de la politique colonialiste menée par le pouvoir d'extême-droite, sinon fascisant, d'Israël à l'encontre des palestiniens. Il faut donc le dire haut et fort: c'est un véritable scandale indissolublement moral et politique dont nous avons été les témoins impuissants hier. Les "socialistes", qui n'ont eu de cesse, tout au long du siècle dernier, de brandir l'étendard de la liberté pour affirmer leur identité contre le prétendu caractère liberticide du marxisme, bafouent ainsi ce qui leur restait d'idéologie un tant soit peu honorable alors qu'ils sont en pleine dérive libérale par ailleurs, aux plans économique et social. Ils renouent ainsi avec l'héritage malsain de la SFIO et de Jules Moch réprimant férocement des grèves d'ouvriers en 1951-1952, ou le soutien au colonialisme qui fut la position constante de Guy Mollet, ou encore avec l'appui de celui-ci à la guerre en Algérie.

On aurait pu penser que le PS actuel, issu d'Epinay, voulant rompre avec le capitalisme et "changer la vie" dans le sillage de cette révolte libertaire que fut aussi Mai 68, qui entendait "interdire d'interdire", aurait gardé des traces de son élan culturel d'alors. C'est le contraire qui se passe à l'heure actuelle si l'on éclaire la signification de la répression d'hier: elle constitue le point terminal d'une involution idéologique et politique, qui s'est faite par renoncements successifs, et qui me fait honte comme il doit faire honte à tous les démocrates et à tous les républicains. On peut lui trouver une explication tristement ou banalement politicienne: face à une droite en pleine débâcle, Hollande espère bien se retrouver au second tour de la prochaine présidentielle, sans doute face à Marine Le Pen, et il multiplie tous les clins d'oeil en direction de l'électorat du centre et de la droite, dont les partisans d'Israël font évidemment partie, avec un cynisme proprement stupéfiant.

Mais expliquer ce n'est pas excuser et, dans le cas présent, c'est même aggraver la raison de s'indigner tant ce motif est médiocre: rester à tout prix au pouvoir. Hollande est un homme politique sans vision ni envergure, qui croit pouvoir gérer la France comme on gère un parti en tacticien ambitieux. Je ne sais même pas s'il est de gauche et je me souviens que Bourdieu (qui aurait été à la manisfestation d'hier, lui), qui l'avait eu comme élève, le considérait comme une personnalité aux convictions de droite. Ce qui est sûr en tout cas, c'est que sous l'apparence d'un évènement qu'on pourrait trouver mineur mais qui ne l'est pas du tout, il a tombé le masque et commis la faute insigne et impardonnable de son septennat: bafouer le droit à l'expression d'une indignation devant une situation politique scandaleuse. Cela restera comme une tache indélébile, la marque d'un honneur moral perdu. Jaurès, toi qui savait que la politique est indissociable de la morale, reveille-toi et réveille ceux qui osent, sans le moindre scrupule, se réclamer encore de ton nom!

                                                         Yvon Quiniou, le 20 juillet 2014

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.