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Billet de blog 22 décembre 2022

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Annie Ernaux: oui et non!

Annie Ernaux vient de recevoir le prix Nobel de littérature. Est-il mérité? Cela justifie qu'on y réponde et moi je dis : oui et non. Oui sur un plan social et politique où elle s'assume courageusement comme progressiste et anti-capitaliste. Non sur le plan d'une écriture plate, sans style véritable et surtout, celui de sa vie sentimentale où elle révèle un féminisme peu reluisant moralement.

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                            Annie Ernaux : oui et non

Le prix Nobel que vient de recevoir Annie Ernaux justifie qu’on y réagisse, en toute honnêteté intellectuelle –  ce qui va être mon cas en disant à son propos : oui et non.

1 Le « oui » concerne d’abord ce qui, dans son œuvre, décrit et dénonce le sort fait à la classe ouvrière dans le capitalisme, y compris aujourd’hui, sachant qu’elle vient d’un milieu très modeste qu’elle décrit avec précision, tout en regrettant d’y avoir appartenu. D’où un discours très à gauche, courageux par les temps qui courent et que j’approuve, qu’elle a tenu lors de l’allocution de son prix, mais surtout lors de quatre entretiens sur France Inter avec Laure Adler, tout  à fait remarquables cette semaine. Son oeuvre en est largement le reflet, quitte à y ajouter des réactions personnelles qui traduisent sa sensibilité à cette situation sociale scandaleuse, renforcée aujourd’hui sous le régime de droitier de Macron, mais pas seulement : le monde occidental  dans son ensemble en pâtit actuellement, comme le prouve ce qui se passe en Suède, qui est insupportable psychologiquement et scandaleux moralement: la destruction du modèle social-démocrate avec ses acquis sociaux. Bref dans ce registre, Annie Ernaux, mérite qu’on la félicite.

2 Mais, car il y a un « mais » et c’est le « non »,  à plusieurs niveaux. D’abord, il y a l’écriture de son œuvre qui est plate, sans style, et qu’elle revendique : c’est justement et seulement une écriture contrairement à ce qu’il peut y avoir d’expressivité stylistique et donc subjective comme chez un grand écrivain, Modiano, précédent prix noble français, que j’adore littérairement, parce qu’il remue ma sensibilité, ce qui est le propre d’une œuvre d’art opposée à une œuvre historienne (ou technique), sans personnalité et donc sans expressivité.

Mais il a autre chose et qui m’a profondément déçu et même frustré, voire scandalisé eu égard à son engagement progressiste revendiqué : l’absence du rapport à l’homme et à son amour pour lui… sachant qu’elle été mariée et a eu des enfants : pas un mot sur lui, ce qui revient, je m’excuse de le dire, à un assassinat affectif qu’elle n’évoque pas un seul instant. Soyons clair : cela m’effraie quant à sa personnalité sentimentale, qui me paraît centrée essentiellement sur la sexualité, sans la moindre réticence ou le moindre remords, comme le démontre, hélas, son denier livre Un jeune homme, où elle raconte son aventure sexuelle d’une femme âgée (elle) avec un jeune homme de trente ans de moins qu’elle, qu’elle manipule avec cynisme. 

3 C’est pourquoi  son « féminisme » me fait problème. Comme je l’ai dit dans un livre, si le féminisme, sous prétexte d’égalité avec l’homme, se transforme en une identité avec ses défauts, alors, très franchement, je ne saurais l’approuver : c’est vers le haut et non vers le bas (la masculinité dans tous ses travers) que l’égalité de l’homme et la femme doit se concevoir, avec la féminité et ses qualités largement comme modèle. Ce n’est pas le cas, hélas, d Annie Ernaux, individualiste, masculiniste et sans recul critique sur son temps, ici !

                                                                 Yvon Quiniou

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