L'Unef et le voile islamique

Une femme voilée a été élue à la tête de la section de l'Unef de Paris IV Sorbonne, avec l'appui de la direction nationale de ce syndicat étudiant. Cela est proprement scandaleux, rompant avec l'idéal de laïcité qui a toujours été celui de ce syndicat. Distinguant sans raison, ici, politique et religion, l'élue refuse de voir que c'est là une trahison de l'idéal laïque en politique.

                                               L’Unef et le voile islamique

Je viens d’apprendre, avec une immense désolation, que la section de l’Unef de la Sorbonne, Paris IV, venait d’élire comme présidente, une femme voilée, Mariam Pougetoux, et ce avec le soutien de la présidente de l’Unef tout court, Lilâ Le Bas. Non seulement voilée, au demeurant, mais portant un hijab, ce qui est un signe supplémentaire d’appartenance religieuse.

Faut-il le dire, cet événement, aussi localisé soit-il, est proprement scandaleux, voire indigne au regard de ce que doit être l’activité citoyenne, ici syndicale, dans le cadre spécialement d’une élection à des responsabilités, et il a suscité des remous, dont une excellente réaction de Bruno Julliard, ancien président de l’Unef, dans Marianne, qui y voit  « des décennies de combat piétinées ». D’autant plus que M. Pougetoux, pour se défendre, a prétendu d’une manière peu intelligente, qu’il n’y avait pas là un signe d’appartenance politique mais  seulement religieuse. Réponse débile, je le dis clairement, pour deux raisons : 1 C’est précisément la question de la manifestation  d’une appartenance religieuse ostensible qui fait problème dans ce cas. 2  Comme fait problème la séparation du religieux et du politique dans ce cas aussi et spécialement aujourd’hui, vu la place qu’occupe l’islam dans le débat public : cette séparation est ridicule et n’a pas de sens.

Retenons le premier aspect. Autant on a le droit, dans une République laïque, de manifester dans l’espace public, y compris à l’Université (qu’on l’approuve ou pas) son appartenance religieuse par des signes vestimentaires, autant on n’a pas le droit, de mon point de vue en tous cas (je ne sais pas où en est la loi dans ce domaine), de l’exhiber d’une manière ostentatoire, dans le cadre d’une élection citoyenne ou républicaine, quelle qu’elle soit. C’est faire pression sur des électeurs particuliers, pour obtenir leurs voix, dans une optique politicienne détestable, et utiliser le religieux à des fins politiques. N’a-t-on pas vu, lors de l’élection présidentielle, Fillon manifester son catholicisme à la veille de cette élection, pour mobiliser son électorat catholique, de droite ici ? A un tout autre niveau, c’est le même processus politicien, mais soi-disant à gauche, qui est à l’œuvre dans ce cas, sauf qu’il bafoue les valeurs fondamentales de la laïcité qui sont constitutives de l’Unef, dans laquelle j’ai milité autrefois, avec fierté !  Soyons plus précis : quiconque se présente à une élection citoyenne, quelle qu’elle soit, n’a pas le droit de le faire au nom d’une option religieuse particulière ou en la signalant clairement. Des partis sont ou ont été tentés de le faire, comme le NPA dans une élection locale il n’y a pas si longtemps, qui avait présenté une femme voilée sur sa liste, avec le scandale que cela avait déclenché. J’ai moi-même été le témoin direct d’un pareil procédé bassement électoraliste dans une élection municipale, au sein d’une liste à laquelle je participais : une femme voilée y était présente, sans qu’on eut demandé son avis à quiconque ! Suite à mon intervention, elle dut retirer son voile sur les affiches officielles. Quant à traiter ccux qui ont cette position intransigeante, à la fois laïque et républicaine, de « racistes», cela est proprement ignoble : les musulmans ne sont pas une race (ni les arabes au demeurant), mais des croyants d’une confession religieuse particulière, dont on a parfaitement le droit et même le devoir  de critiquer les croyances et les pratiques, comme le fait justement Julliard à propos de l’islam, dans le domaine où le statut de la femme, en particulier, est en jeu, et comme je le fais, sans la moindre hésitation, en tant qu’intellectuel de conviction communiste . Ceux qui critiquent cette position, ma position en l’occurrence, ne peuvent se dire « communistes », ni même de gauche,  c’est-à-dire à la fois partisans de l’émancipation des hommes et des femmes  et critiques de l’aliénation religieuse, ce qui est au fondement initial d’une pensée progressiste telle que Marx  la formulée.

2 Sur le deuxième aspect. La distinction que fait M. Pougetoux entre un signe politique et un signe religieux n’a pas de sens. D’abord, elle a parfaitement le droit de placer sa candidature à un poste de direction syndicale à l’enseigne d’une identité politique revendiquée, tant le syndicalisme n’est pas séparable d’un engagement politique au sens noble et général de ce terme : il y a des syndicats de droite comme il y a des syndicats de gauche, et c’est parfaitement normal. Non, ce qui fait problème chez elle, c’est, je le répète, qu’elle affiche un étendard religieux qu’elle ne devrait pas afficher et, tout autant, qu’elle ne nous dise pas que cet étendard est aussi politique, ce qui ne trompera personne, sauf les naïfs ! Non seulement le religieux a toujours été mêlé au politique, mais c’est encore plus le cas de la religion musulmane, comme on le voit d’une terrible façon par les temps qui courent – mais c’est vrai aussi d’autres religions comme la religion catholique en Pologne ou en Hongrie dont le renforcement officiel est politiquement détestable dans de nombreux domaines, dont celui des mœurs. J’espère simplement que son comportement ne relève pas d’une stratégie ni  électoraliste ni surtout politique.

Non, vraiment, que l’Unef prenne cette orientation est une véritable trahison de son héritage idéologique et témoigne un peu plus de la régression politique qui nous frappe, à gauche en tout cas, et qu’il faut combattre avec courage, intelligence, dans le fidélité à nos valeurs.

                                                        Yvon Quiniou

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