Le mouvement lesbien et la procréation

Une revendication lesbienne apparaît avec force ces temps-ci : celle d'avoir un enfant en couple, sans passer par la relation sexuelle avec un homme. La technique le permet, mais on peut en être choqué: pas seulement pour la situation qui en résultera pour l'enfant, mais pour ce que cela signifie: le refus de voir dans l'enfant le résultat d'une relation amoureuse et charnelle réciproque.

                                                 Le mouvement lesbien et la procréation 

Le mouvement lesbien appelle à une manifestation portant la revendication du droit pour deux femmes en couple (mais on peut transposer pour deux hommes) d’avoir un enfant par don de sperme et donc sans passer par le rapport sexuel avec un homme pour l’une d’entre elles (ou les deux). J’avoue être immensément gêné par cette revendication et je voudrais dire pourquoi.

Préalable indispensable : je n’ai strictement rien contre l’homosexualité féminine (ou masculine), étant pour la liberté sexuelle dont l’attirance pour le même sexe fait partie et qui a été autorisée sous la gauche en 1982, puis en 2013, laquelle ne faisait que légaliser une pratique sexuelle courante, mais masquée hypocritement. De même, l’adoption d’un enfant non seulement par une femme seule, mais par un couple de lesbiennes (ou de deux hommes) ne me paraît pas fondamentalement choquante, ni à interdire, même si la situation qui s’ensuit pour l’enfant n‘est pas évidente psychologiquement, n’étant pas confronté à une parentalité mixte et donc équilibrante selon moi et selon de nombreux psychanalystes, la figure de Père n’étant pas là pour assurer l’instauration du Surmoi, avec la maîtrise des pulsions qu’il permet et l’espèce de sécurité qu’il peut apporter. J’ai justement connu des cas semblables, avec les déséquilibres qui s’ensuivent, même s’il y a aussi des réussites. Je dis bien que cela ne me choque pas fondamentalement, mais j’ai tout de même l’impression que le risque que je viens de signaler n’est guère pris en compte par les lesbiennes qui vont se retrouver dans cette situation, seul leur plaisir narcissique ou égocentré (quoique lié à une relation à un enfant) étant apparemment important pour elles. On rejoint alors le mot d’ordre contemporain qui définit l’éthos éthique dominant : « J’ai envie, donc j’ai le droit ». J’ajoute que ce n’est pas non plus ainsi que l’on prépare un enfant à vivre dans une société où il y a  et où il y aura toujours deux sexes ! Ceci dit et pour corriger ce jugement ou l’atténuer, il vaut mieux qu’un enfant soit adopté plutôt que de le laisser dans sa situation d’enfant seul dans un lieu d’accueil !

Non mon problème essentiel et qui me désole, tient à ce qui suit : la naissance d’un enfant ne saurait se réduire à la rencontre anonyme d’un spermatozoïde et d’un ovule que la technique moderne permet sous différentes formes, sans connaissance au surplus du donateur du spermatozoïde qui est le plus souvent interdite et impossible. Je ne la conçois que comme le résultat de la rencontre amoureuse, donc sexuelle, entre une femme et un homme, qui repose sur ce « dire » implicite : non : «  je veux un enfant » (en général) mais : « je veux un enfant de toi ». Il est donc l’accomplissement suprême de l’amour, qui est, par définition, une relation à deux. C’est dire que l’enfant n’est pas un objet pour soi, un jouet en quelque sorte afin de se faire plaisir, mais une pro-création à deux, dans laquelle chacun va se retrouver, avec la relation familiale qui s’ensuit, mariage ou pas bien entendu. Nous en sommes loin ici et cela traduit selon moi une espèce de régression anthropologique que le progrès technique dans ce domaine permet.

D’où une dernière remarque : ce « progrès » (technique et non humain) s’inscrit à sa manière dans le mouvement du « transhumanisme » qui nous vient des Etats-Unis (avec des enjeux financiers derrière)  et qui s’enracine dans un libéralisme (y compris économique ») sans frein  moral. Car la technologie médicale va rendre possible toute une série d’interventions  sur la nature et, en l’occurrence sur la nature humaine (ou biologique) et sur ses lois de reproduction. Certes, l’humanité n’a cessé de vouloir intervenir sur la nature extérieure, non seulement pour la maîtriser mais pour la modifier au profit de l’homme (avec les risques écologiques qui sont apparus) et aussi sur la nature biologique de l’homme, via la médecine, mais seulement pour la réparer en cas de maladie ou d’handicap. Avec le transhumanisme, c’est de tout autre chose qu’il est question : il s’agit d’utiliser les lois de la nature biologique pour transformer artificiellement l’homme à notre guise ou selon nos désirs égoïstes ou narcissiques. Or c’est là un danger énorme qui pèse sur l’humanité. Le désir d’avoir un enfant, à tout prix (si j’ose dire car cela coûte cher !), spécialement chez les homosexuel(le)s, en est une triste illustration, même si elle est moins grave que d’autres performances qu’on sembles nous annoncer… comme choisir à l’avance la couleur des yeux d’un enfant. Mais on frise cependant, même d’une façon peu grave ou non catastrophique, ce que j’ai appelé dans un livre récent, une « inquiétante tentation de la démesure » humaine, dont on ne sait pas où elle va s’arrêter.

                                                                    Yvon Quiniou

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