Examen critique du Coran

 Le Coran : bref bilan critique

Voir le bref texte de Meddeb à la fin

 

Préalable : Après avoir lu des extraits du Coran  il y a quelques années et suite aux évènements dramatiques récents (concernant Charlie Hebdo en particulier), j’ai décidé de lire l’essentiel du texte dans la version (fiable) de La Pléiade pour en faire un bilan critique du point de vue de la question de sa violence éventuelle. Je n’ai donc pas tout lu, laissant de côté les représentations du Paradis ou ses évocations historiques, par exemple. Mais ce dont je vais parler renvoie à ce que j’ai vraiment lu en m’aidant d’un excellent index qui indique les thèmes (et termes) importants et les nombreuses occurrences (sourates et versets) où ils sont traités. Je n’ai pas à chaque fois indiqué les références, mais je demande au lecteur de me faire confiance car je ne vois pas comment j’aurais pu inventer ou imaginer ce que je vais exposer brièvement tant cela dépasse l’imagination, mon imagination, et que, de toute façon, l’honnêteté intellectuelle est une règle à laquelle je tiens absolument, quitte à abandonner une conviction trop vite faite et me donner tort, par conséquent. Par ailleurs, il s’agit bien de ce que j’ai compris : j’ai lu des livres et des articles sur l’islam[1], mais je n’ai pas besoin des autres pour comprendre ce que je lis, lorsque c’est parfaitement explicite : penser et comprendre par soi-même est la meilleure manière de parvenir à l’objectivité. Je n’ai donc pas pratiqué la sélection des versets pour ne retenir que ceux qui pourraient nourrir une conviction préconçue – ce que font beaucoup pour complaire aux musulmans – et je n’ai pas été confronté à des problèmes d’interprétation tant ce que je lisais était parfaitement clair même s’il doit être remis dans son contexte pour celui qui n’y croit pas. J’en profite pour indiquer que le recours à la stratégie interprétative m’agace énormément, pour deux raisons : d’abord elle est souvent l’occasion de sauver un texte dit « sacré » contre les démentis de la science ou de l’histoire en essayant de lui trouver un sens caché compatible avec les progrès scientifiques ou historiques ; et en plus, elle est contradictoire avec l’idée que ce texte est la révélation directe de la parole et de la vérité divines : comment est-il possible ou concevable que ce qui est posé comme vrai absolument et à la lettre, puisque ayant une pareille source, puisse et doive être interprété, voir contextualisé ? Ma raison répond pour une fois : mystère ! Un texte humain – un mythe ou un récit épique ou une œuvre d’art –  produit par des hommes peut l’être, par définition, mais pas un texte divin, s’il est effectivement divin (pour ceux qui y croient, bien sûr).

Voici donc ce que j’ai compris du Coran et comme il s’agit bien d’un examen critique de celui-ci, c’est-à-dire d’un examen qui, comme ce terme l’indique, fait le tri et la part des choses entre le positif ou le recevable et le négatif ou l’irrecevable, et non d’une simple et exclusive critique qui se contente de dénoncer et fait preuve ainsi de très peu d’esprit critique, je vais présenter les deux faces du Coran selon moi, en commençant par la positive, insistant après sur la négative et en signalant à la fin des contradictions ou des ambiguïtés. L’ensemble se présentera sous la forme de brefs énoncés marquant des points saillants du Coran

 

L’aspect positif

 

. Un Dieu miséricordieux qui garantit le paradis aux croyants comme à ceux qui, ayant pêché (y compris par l’incroyance ou le doute), se sont repentis.

. Un Dieu qui préconise l’amour de l’autre au sein de l’oumma ou  communauté des croyants : femme(s), parents, enfants, civils, etc. Cela prend en particulier l’obligation de prendre soin de la femme répudiée. Je laisse de côté bien des aspects mineurs de cet amour envers le prochain comme l’obligation de politesse : non seulement on doit être poli, mais il faut être plus poli que celui qui vous accueille. Ou encore le souci de la justice dans les questions d’héritage, etc.

. Il exige l’aumône légale envers les nécessiteux.

. Il interdit le crime vis-à-vis des croyants ou des civils qui ne se montrent pas agressifs à l’égard de la foi.

. Il pardonne si l’on regrette une faute ou si l’on se convertit (voir plus haut).

Je laisse aussi de côté tous les aspects cultuels de cette religion, imposés par la charia, car le jugement de valeur que l’on peut porter sur eux (positif ou négatif) ne relève pas directement d’une appréciation proprement rationnelle ou morale. Par contre, j’indique qu’elle ne condamne pas aussi sévèrement la vie du corps que d’autres religions, même si elle le fait par certains interdits comme celui de boire du vin, le jeûne, etc.

On voit que, et si l’on excepte aussi la représentation du paradis, très hédoniste, qui importe peu ici, le bilan du positif, si l’on veut être objectif ou honnête comme je l’ai promis, reste maigre. Et s’il ne justifie en rien qu’on disqualifie l’islam, il ne justifienon plus en rien que l’on s’enthousiasme pour lui comme on peut s’enthousiasmer devant les prescriptions de l’Evangile chrétien avec son universalisme propre.

 

L’aspect négatif

 

Les choses se corsent ici.

. On est en présence d’un Dieu, Alha, criminel à l’égard des infidèles – ceux qui ne professent pas la même foi comme les polythéistes[2] – et, surtout, les incrédules : c’est l’une des constantes du texte, sans doute la plus présente et la plus choquante, le terme est faible. Il faut la qualifier d’insupportable moralement, d’inhumaine, d’autant plus qu’elle restreint le devoir d’amour (voir plus haut) et l’interdiction de tuer au champ de l’oumma, visant essentiellement les membres de la communauté des croyants. En dehors de ce champ, le meurtre est licite et c’est donc à un Dieu de haine et meurtrier auquel nous avons affaire ici[3].

. Cette criminalité peut s’exercer de deux manières et elle peut donc prendre diverses formes. 1  Elle peut être exercée directement par les hommes eux-mêmes vis-à-vis des incrédules qui les agressent dans leur foi (voir les  Sourates IX, versets 12-16, 29 et 30,  XVIII, versets 16 et 33 et XXXIII, versets 60-62) et l’on trouve là, directement, l’impératif du djihad, c’est-à-dire du combat ou de la lutte ou encore de l’effort, non seulement sur soi pour accéder à la sainteté, mais sur ou à l’encontre des autres au nom de la foi et pour assurer son triomphe, qui autorise la violence contre ceux qui s’écartent de la croyance ou lui portent atteinte. On retrouve ici la sanction meurtrière à l’égard du pêché de blasphème, ordonné aux hommes par Dieu, qui a justifié idéologiquement les crimes récents des djihadistes et a donc, sinon déclenché leur folie meurtrière (qui a bien d’autres causes), mais facilité son déploiement en lui donnant des raisons religieuses. J’ajoute que le martyre, dans ce cas, de celui qui s’est tué tout en tuant pour venger Dieu, est censé lui assurer le salut, ce qui  l’y incite. Autre facteur religieux de violence !

La forme politique de cette criminalité humaine (au nom de Dieu) est alors la guerre sainte et elle se manifeste à travers un expansionnisme politique autant que religieux à l’égard des pays limitrophes (et l’histoire l’a attesté). Le Coran  le dit clairement : un peuple musulman non seulement peut mais doit envahir un pays voisin non croyant ou infidèle car il constitue, en tant que tel, une menace pour lui : si  sa population ne résiste pas et se convertit, elle est naturellement épargnée (par où on retrouve une espèce de bonté sélective de Dieu) ; mais si elle résiste, ses membres (y compris donc les civils) sont tués… sauf les juifs et les chrétiens parce qu’il se réclament du même Dieu. Il seront alors intégrés à la communauté musulmane, tolérés donc, mais devront payer un impôt ![4] L’histoire, à nouveau, a confirmé tout cela. J’ajoute seulement ici, mais c’est un trait d’époque, que dans le détail cette violence religieuse peut prendre, même en l’absence du meurtre, des formes particulièrement barbares (mains coupées, lapidation, etc.) dont les évènement récents ont montré malheureusement la résurgence.

En tout cas il est clair que, sur ce point essentiel de la violence, le Coran (comme d’autres religions) offre deux faces : en interne il unit, il est pacifique ou paisible ; en externe il divise, il s’oppose, il est guerrier.

2 Par ailleurs, cette violence peut être exercée directement par Dieu et pour des motifs variables, sinon curieux.

D’abord il  entend vouer ceux qui l’on trahi à la Géhenne, autre nom de l’enfer, sauf qu’on ne sait pas vraiment s’ils y mourront ou s’ils continueront à y vivre dans un brasier destiné  à les faire souffrir éternellement. On voit alors que le Dieu de l’islam, contrairement au Dieu chrétien du Nouveau Testament, est avant tout non un objet d’amour, mais un objet de crainte : « Craignez moi » est-il dit tout au long du texte. Peut-on accepter une pareille définition de Dieu, même si l’on n’y croit pas ?

Par ailleurs, ce Dieu qui est censé être juste – ce terme aussi revient constamment – exerce une justice bizarre : elle est pensée souvent comme arbitraire, dépendant de sa libre décision ou de sa « faveur » et elle est susceptible de juger les hommes non sur ce qu’ils ont fait, le bien ou le mal en l’occurrence – c’est-à-dire les œuvres comme on dit –, mais sur leur foi et, surtout sur leur  observance rigoureuse du culte dans ce qu’il a de plus formel et extérieur, quoiqu’ils aient fait dans leur conduite (c’est noir sur blanc dans le texte). Il y a donc un devoir de croire et de rendre un culte strict à Dieu qui l’emporte sur tout autre considération quand il s’agit de juger du mérite des hommes : « Dieu est puissant, Il est le maître de la vengeance », il est « le dominateur suprême » (Sourate XIV, versets 47-48.) Et les motifs de sa vengeance, au-delà de l’incroyance, peuvent être divers… comme la fornication !

Enfin ses prescriptions, comme l’ensemble de son message, sont l’objet, à travers Mohamed, son porte-parole, d’une soumission absolue et aveugle (islam = soumission) à la lettre du Livre,  qui est une violence faite à l’intelligence humaine (voirla Sourate X, verset 15). L’exégèse dont se réclame certains pour adoucir cet aspect n’est rien d’autre qu’une manière de s’enfermer dans ce contenu dogmatique pour le sauver. Cela est inadmissible pour nous, hommes vivant dans l’héritage des lumières et de leur impératif de libre examen rationnel de toutes choses !

3 D’autres  aspects négatifs sont à signaler dans cette soi-disant parole divine soustraite au doute et, en particulier, voire surtout, la charia. Dans son principe d’abord : il s’agit d’une Loi venant de Dieu, intangible donc, qui régit l’ensemble de la vie individuelle et sociale, bien au-delà du seul culte. D’où une conséquence insupportable : elle fait de cette Loi une conception politique proposant un ordre théocratique, incompatible par principe aussi bien avec la démocratie qu’avec la laïcité, parce que ne séparant pas le spirituel et le temporel. L’homme y est dépourvu de toute autonomie, la loi de son comportement personnel ou collectif ne pouvant lui venir que de Dieu. Et les régimes actuels qui s’en réclament ou veulent la faire appliquer aujourd’hui au Moyen-Orient, peuvent, à bon droit s’en réclamer : contrairement à ce que le « politiquement correct » voudrait nous faire croire, cette dérive totalitaire est inscrite dans le « Coran » tel qu’il est et peut donc y trouver son fondement doctrinal.

Mais c’est vrai aussi de son contenu. Sans insister longuement, on signalera cependant le sort indigne fait à la femme : son infériorité par rapport à l’homme proclamée (comme dans les deux autres monothéismes, au demeurant), l’obligation du port du voile pour elle, le machisme affiché dans la polygamie et le droit pour l’homme d’abuser de son esclave féminine – à quoi s’ajoutent l’autorisation de l’esclavage, précisément, la condamnation de l’homosexualité (comme dans les autres monothéismes, à nouveau), etc.

 

Des contradictions ou des ambiguïtés ?

 

On pourrait signaler ici ou là de légères contradictions ou ambiguïtés, comme le caractère arbitraire ou non des décisions de Dieu (malgré sa justice), ou le thème de sa miséricorde qui le rend apte au pardon alors qu’il est souvent présenté comme impitoyable. Mais la plus importante contradiction (ou ambiguïté) selon moi concerne bien le thème de la violence que j’ai abondamment évoqué – thème essentiel vu l’histoire dramatique des religions jusqu’à aujourd’hui, et elle prend deux formes.

1 D’une part il est dit que Dieu seul condamne les incrédules (ou les infidèles), après la mort donc, et il interdit aux hommes de le faire. Mais d’autre part il ordonne aussi aux hommes de s’en charger : voir plus haut. J’ajoute, en m’appuyant sur M. Dousse, que la violence en question est tout autant physique ou corporelle que spirituelle, la distinction des deux n’ayant ici guère de sens[5] ; et, tout autant, que dans la violence humaine, c’est Dieu qui opère par son omniprésence et son omnipuissance[6].

2 Par ailleurs, s’agissant de la coexistence ou non avec les incrédules (ou des infidèles comme les polythéistes) et donc de leur punition ou non sur terre, le texte n’est pas univoque. Massivement c’est la violence et l’exclusion qui prédominent : il faudrait compter les sourates ou les versets et l’on serait effrayé par cet aspect-là du Coran. Mais il y quelques passages qui vont en sens inverse. Dans un verset il est dit par exemple que si, dans une réunion commune, des incroyants se moquent des croyants, ceux-ci doivent leur tourner le dos et manifester de l’indifférence. Et surtout, il y a cette étonnante Sourate CIX, tout à la fin et s’intitulant précisément « Les incrédules » : sur la base d’un constat d’opposition irréductible entre deux croyances, l’islamique et la non islamique, elle se termine par un étonnant appel à la coexistence : « Vous votre religion ; à moi, ma Religion » (p. 770 deLa Pléiade)…. alors qu’à peine plus loin,la Sourate CXI intitulée « La corde » contient un nouvel appel extravagant à la pire violence individuelle, avec par exemple cette formule : « Que les deux mains d’Abou Lahab périssent et que lui-même périsse ! » (p. 771) !

3 Enfin, point important, on ne sait pas trop si la violence islamique est active, c’est-à-dire première, prenant l’initiative de se manifester, par exemple au nom d’un prosélytisme exacerbé, avec une ambition d’expansion politico-religieuse (les deux aspects sont indissolublement liés) très forte que j’ai déjà indiquée, destinée à assurer le triomphe universel de la vraie Religion, au-delà des deux monothéismes précédents, partiellement intégrés à elle[7] ; ou si elle est seulement réactive, seconde donc, ayant le sens d’une défense contre toute atteinte à la foi coranique, fût-elle seulement intellectuelle ou langagière. Cela change sa signification et donc le jugement que l’on doit porter sur elle. Mais dans les deux cas elle est là, et bien là, distinguant le Coran non du christianisme en général, mais du message non violent (pas toujours cependant) du Christ.

 

Conclusion ouverte mais intransigeante

 

Mon propos ne relève en rien, j’ose à peine le préciser, d’une quelconque islamophobie – terme usité mais mal choisi car son emploi lui fait signifier une haine de l’islam alors que, pris à la lettre, il ne veut dire que « crainte » ou « peur » de celui-ci. Et je dénonce vivement le recours à cette expression, qui l’apparente parfois à une accusation de racisme anti-religieux visant une communauté particulière, arabe de surcroît : elle n’a d’autre fonction que d’opérer un amalgame entre un rejet irrationnel et passionnel, haineux effectivement, de l’islam, totalement condamnable, et une simple attitude critique fondée, comme je l’ai indiqué d’emblée, sur l’esprit rationnel de libre examen critique[8]. Cet amalgame a pour but de disqualifier d’emblée celui qui pratique cet examen, interdit donc de l’entendre comme d’échanger avec lui et revient à lancer un interdit intellectuel insupportable, à exercer une pression violente sur l’intelligence humaine et la liberté de penser…. dans le prolongement même de la violence irrationnelle ou nourrie par l’irrationnel que toutes les religions ont pratiquée à l’encontre de ceux qui entendaient réfléchir critiquement sur elles à la lumière de la raison ![9]

Je viens de dire « toutes les religions ». C’est l’occasion d’ouvrir le champ de la réflexion, précisément, et de signaler qu’effectivement toutes les religions ont présenté ou présentent encore des défauts comparables et, en particulier, un potentiel de violence analogue –  remarque importante qui empêchera, je l’espère, de qualifier mon examen de partial. C’est le cas du christianisme, présenté trop rapidement comme son antidote, alors que : 1  doctrinalement le texte de l’Ancien Testament, dans le Deutéronome en particulier, présente des passages d’une violence inouïe, tel celui qui dit que l’homme peut tuer des proches parents s’ils l’incitent à croire à celui qui n’est pas le vrai Dieu[10], 2, le Christ lui-même se présente aussi comme celui qui n’est pas venu apporter la paix mais la guerre entre les hommes au nom de sa foi et, 3, historiquement, le christianisme a été un opérateur de violence comparable à celui qu’a été l’Islam : les Croisades, les guerres de religion, l’Inquisition, la collusion du spirituel et du temporel, de facto, le refus de la connaissance scientifique, etc. Et l’aspect missionnaire ou prosélyte a aussi fait clairement partie de son message doctrinal![11] Mais, plus largement, c’est le cas de l’ensemble des autres religions, l’hindouisme, le bouddhisme, le judaïsme aussi, etc., comme le montre et le démontre un excellent numéro de la revue Le monde des religions, pourtant généralement favorable à celles-ci[12]. Et j’ajoute : dire que la mise en avant de ces violences diverses au cœur de l’islam et d’autres religions ou que le fait de s’en réclamer dans l’action relève d’une manipulation ou d’une instrumentalisation politique de  celles-ci et donc de  leur corpus doctrinal, me parait relever au mieux de la naïveté intellectuelle ou de l’incompréhension, au pire d’une volonté cynique ou malhonnête d’exempter à tout prix les religions des méfaits dont elles sont réellement responsables par leurs doctrines mêmes et par leur volonté explicite d’envahir l’espace social ou public, qui leur est consubstantielle, à la différence de la seule foi subjective[13].

Tout cela pour dire que ma critique de l’islam en ses fondements n’est qu’un cas particulier, aujourd’hui, d’une critique générale des religions en leurs fondements mêmes qu’ilconvient de réopérer, du fait de leurs conséquences négatives sur la vie humaine que le fanatisme  islamique  ne fait ne fait que révéler…sauf que les autres religions, ou en tout cas certaines d’entre elles, ont su évoluer, contraintes et forcées par l’histoire, ce qui n’est pas le cas de l’islam qui ne s’est pas ouvert à la modernité laïque, démocratique et rationnelle. C’est donc aussi une invitation forte qui est faite à celui-ci de se réformer dans sa base doctrinale – le Coran –, bien qu’il l’interdise ou se l’interdise (voir plus haut) alors que quelques musulmans éclairés le lui demandent aussi, instamment.

Il reste que la religion (= les religions) ne se réduit pas à un phénomène autonome, méritant seulement une critique spécifique : cela n’a aucun sens pour moi. Elle est de toute évidence un phénomène humain, multi-déterminé à l’extérieur d’elle-même et, d’abord, par l’histoire et la société (mais pas seulement), ce que Marx a définitivement mis en évidence. C’est vrai tout particulièrement des dérives de l’islam radical aujourd’hui et de ceux qui mettent en œuvre ces dérives, qui se nourrissent de la détresse sociale et politique que l’impérialisme occidental, y compris français, leur fait subir. Mais ce n’était pas mon projet que d’aborder cet aspect-là de la question. Par contre, et sauf à verser dans un marxisme sommaire qui n’était pas celui de Marx, il fallait rappeler que la religion, ici islamique, constitue un facteur idéologique propre qui n’est pas seulement un effet passif de l’aliénation socio-historique, mais aussi une cause active de celle-ci, qui méritait à ce titre une critique indépendante.                                                                                                                          Yvon Quiniou

 


[1] Exemples : L’islam de D. Sourdel, Que sais-je ?, PUF et Dieu en guerre. La violence dans les trois monothéismes, de M. Dousse, Albin Michel. J’indique que l’auteur de ce dernier livre est globalement favorable aux religions, ce qui donne d’autant plus de prix aux quelques critiques qu’il leur adresse.

[2] Une Sourate propose ainsi un pacte de paix de trois mois avec les polythéistes. Si à l’issue de celui-ci ils ne convertissent pas, la guerre leur est déclarée.

[3] Voirla Sourate XVII, v. 33 : « Ne tuez pas l’homme que Dieu vous interdit de tuer, sinon pour une juste raison. » On retiendra : « Sinon pour une juste raison ». Il y a donc de « justes raisons » de « tuer » ! Voir aussila Sourate XIX, v. 74, parlant des incrédules que l’on n’a pu convaincre : « Combien avons-nous anéanti avant eux de générations qui les surpassaient en richesses et en beauté ? » , ou encorela Sourate XIII, v. 32-33 : « « Il n’y a pas  de guide pour ceux que Dieu égare. Dès cette vie, un châtiment atteindra les incrédules, mais le châtiment de la vie future est vraiment plus écrasant ».  Ou encore,la Sourate IX, v. 26, à propos des juifs et des chrétiens qui contredisent le Coran : « Que Dieu les anéantisse ! Ils sont tellement stupides ! ». Je m’arrête-là !

[4] Voir D. Sourdel, op. cité, p. 56. Il y parle de « guerre légale », mais sa conception ne fut proclamée comme une obligation qu’après la mort de Mohamed.  Cette question de l’expansionnisme islamique fait l’objet de débats : voir l’article du Monde diplomatique, janvier 2010, et celui de Cynthia Fleurydans Cité, 2004/4 (n° 20).

[5] Voir M. Dousse, op.  cité, p. 228-229.

[6] Voir op. cité, p. 227.

[7] Voir à nouveaula Sourate IX, v.  33 : « C’est lui qui a envoyé son prophète avecla Direction etla Religion vraie pour la faire prévaloir sur toute autre religion, malgré les polythéistes. » Mais  M. Dousse (op. cité) donne une autre traduction (Jacques Berque aussi) qui en fait « la religion du Vrai », ce qui change la nature de sa domination possible ou celle de ses formes, qui reste cependant exigée.

[8] Voir Kant affirmant dans la préface de La critique de la raison pure : « Notre siècle est particulièrement le siècle de la critique à laquelle il faut que tout se soumette. Mais la religion alléguant sa sainteté et la législation sa majesté, veulent d’ordinaire y échapper ; mais alors elles excitent contre elles de justes soupçons et ne peuvent prétendre à cette sincère estime que la raison accorde seulement à ce qui a pu soutenir son libre et public examen. »  Qu’il est loin, aujourd’hui, le siècle de Kant avec son admirable courage intellectuel !

[9] Voir mon livre Critique de la religion. Une imposture morale, intellectuelle et politique, La ville brûle, 2014.

[10]La Bible, Deutéronome, 13, 6-11.

[11] Voir L’Evangile selon St Mathieu, 28, 18-20

[12] Voir le numéro de janvier-février 2015 consacré aux « Fous de Dieu », qui manifeste une lucidité implacable,  laquelle est tout simplement de l’intelligence.

[13] Je rappelle qu’une religion se définit par trois (ou quatre) caractères essentiels : une croyance en un monde surnaturel (avec la doctrine qui porte sur lui), une communauté de croyants avec sa morale et  son Eglise (plus ou moins souple selon les cas) et un culte. Ce qui entraîne qu’elle a d’emblée un caractère politique, entendant expressément organiser la société et  ses moeurs selon ses prescriptions normatives.

 

Additif: voir mon commenetaire final, un texte de Meddeb

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