Pourquoi et comment récréer la gauche

La gauche est dans un triste état du fait de la dérive libérale de la présidence Hollande, renforcée à un point inouï par Macron, homme de droite avéré. Du coup, le mot même, avec son contenu théorique, a été dévalorisé laissant le peuple face au vide politique. Il faut recréer cette gauche, dans l'unité de ce qu'il en reste et sans que ses composantes renoncent à leur identité

                                            Pour quoi et comment recréer la gauche ?

La gauche est dans un triste état, alors qu’il ne faut pas renoncer à ce terme car il désigne tout un pan de notre culture politique et toute une partie de notre histoire depuis plus d’un siècle, faite de plusieurs progrès incontestables : le Front populaire, le programme du CNR, voire le début de l’Union de la gauche au pouvoir, avec leurs acquis sociaux et démocratiques. Le drame est que ce terme (avec son contenu théorique) a aussi été abîmé par lesdits « socialistes » au pouvoir, spécialement sous la présidence de Hollande, tentés par le libéralisme, et même carrément défiguré, trahi par Macron, qui a renforcé les défauts du gouvernement dont il venait et dont il était responsable, en basculant dans un néo-libéralisme proprement immoral et en nous offrant le spectacle d’une action à la fois scandaleuse, ahurissante et catastrophique.

Scandaleuse car elle tourne le dos à tout ce que la gauche avait pu penser et faire, disons depuis Jaurès, alors que, dans sa campagne, le candidat se disait encore et aussi « de gauche »,  et que c’est un homme profondément de droite, menant une politique qu’aucun homme de gauche aurait pu imaginer tant elle liquide les conquêtes sociales dans tous les domaines et tant elle sert les intérêts de la minorité capitaliste qui domine notre pays, au détriment de l’ensemble du « monde du travail », des plus démunis aux classes moyennes. Tout cela avec une pratique inadmissible du pouvoir, verticale à un degré rare, d’où la démocratie véritable est exclue sans vergogne.

Ahurissante aussi car Macron n’a pas conscience des conditions dans lesquelles il a été élu : vu l’abstention massive, il représente 18/100 des inscrits et il a été désigné par défaut, pour éviter Marine Le Pen. Certes, cette élection est légale, mais son action n’est pas légitime et il se croit autorisé à fanfaronner en disant qu’il incarne la nation tout entière, laquelle aurait même besoin de la figure d’un Roi… qu’il croit être.

Catastrophique, enfin, car sa présence au pouvoir nous met en face d’une situation désespérante (subjectivement), sinon désespérée (objectivement). Et c’est là que le mal fait à la notion de gauche réintervient. D’abord, Macronl l’a tellement abîmée et démonétisée, tout seul ou avec Hollande avant, qu’elle est dévalorisée et ne parle plus à grand monde. D’où le paradoxe terrible, selon une enquête de L’Humanité, d’une opinion qui, à 60/100, critique le capitalisme et ne lui voit d’alternative, disons « de gauche », qu’à 20/100 ! A quoi s’ajoute la déferlante idéologique en faveur du libéralisme, à l’œuvre depuis longtemps mais accentuée à un niveau record par l’échec du système soviétique… qui aurait dû être dénoncé par les communistes depuis longtemps.

Et pour finir, il y a la situation objective de ce qui reste de la gauche aujourd’hui et  qui  peut légitimement se réclamer de cette identité, mais dont la situation fait du mal à tous les militants que je rencontre dans mes débats. Résumons-en la composition : une fraction du PS malgré tout, dedans ou au dehors de ce parti comme Hamon ; les insoumis de Mélenchon, mais avec un dirigeant incontrôlable, autoritaire, clairement hostile au PC, voire visant sa disparition (il peut toujours rêver !) et avec une grille théorique de lecture de la réalité capitaliste flottante, nourrissant un programme à la limite du populisme (de gauche, il est vrai) ; des écologistes  aussi, immanquablement déçus par un Macron qui ne tient pas ses promesses dans leur domaine ;  et, enfin, le NPA et LO, qui ont du mal à s’intégrer à une perspective politique unitaire. Tout cela est maigre en termes de base électorale  possible et n’incarne pas, pour l’instant, une alternative crédible et visible au libéralisme auprès du peuple, malgré toutes les insatisfactions sociales dont cet ensemble pourrait tirer profit dans son ou ses combats.

Perspective unitaire : c’est là pour moi à la fois le problème (on vient de le voir) et pourtant la solution. Car il faut absolument reconstruire une gauche authentique, inévitablement diverse, sans quoi on restera dans l’opposition longtemps à contempler, impuissants, les dégâts croissants du capitalisme, mais à deux conditions. 1 : Que chaque composante affirme clairement et pleinement sa spécificité idéologique et politique. Je pense ici au Parti communiste qui doit retrouver ses fondamentaux en se réclamant de Marx (et d’autres) et en s’en inspirant (ce qui ne veut pas dire le copier aveuglément). Ce devrait être l’objet de son prochain congrès ! 2 Mais cette rigueur n’exclut pas l’ouverture (qui n’est pas dans l’éclectisme ou la confusion). Ce qui signifie qu’il faudra bien nouer des alliances, impliquant des compromis à court terme (comme sur l’Europe ou les nationalisations) – sachant qu’un compromis n’est pas nécessairement une compromission et n’exclut pas de garder son projet propre sur le long terme.

Voilà bien du travail, et il aura besoin de la collaboration et de l’intelligence de tous. C’est à ce prix que le projet de transformer le capitalisme dans un sens émancipateur sur bien des plans  pourra voir le jour, hors de toute utopie !

                                                                  Yvon Quiniou

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