L'islamo-gauchisme,un mouvement d'idées erroné et funeste

La querelle de l'islamo-gauchisme agite à nouveau le débat public, mais elle est le lieu de contre-sens scandaleux que j'entends dénoncer. On méconnaît la nature réelle de l'islam, avec son inhumanité propre, et les thèmes connexes de l'Universel, des différences ou de la race, font l'objet de prises de position qui sont indignes de la gauche. Il faut le dire, quitte à être minoritaire.

                 L’islamo-gauchisme, un mouvement d’idées erroné et funeste 

La querelle de l’islamo-gauchisme refait surface ces temps-ci avec une vivacité rare et des arrière-pensées politiques détestables, de tous bords, qui faussent le débat sur le fond. Je voudrais donc l’éclaircir en toute intelligence, quitte à déplaire à ceux qui sont par ailleurs de mon bord et que je soutiens sur bien d’autres plans. Je procéderai en réfutant successivement plusieurs affirmations à son propos et en partant de la référence à l’islam qu’il contient. Je précise que j’ai lu le Coran, contrairement à beaucoup qui en parlent sans le connaître, et que j’ai écrit un livre sur lui qui ne m’a valu aucune contestation ! Je n’y dis rien qui ne soit exact. Dans l’ordre donc.

1 La domination de l’islam sur la conscience des musulmans, spécialement sous sa forme violente et haineuse, aurait lieu surtout chez les populations immigrées en France en raison de la situation sociale scandaleuse dont elles sont victimes et qui les entraînerait à compenser leur souffrance dans leur foi particulière, avec le lien communautaire qu’elle entretient. J’ai lu cette analyse chez des sociologues qui se prétendent progressistes et qui font de cette domination religieuse seulement un fait social particulier, en croyant pouvoir s’inspirer de Marx expliquant la religion en général comme étant  « le soupir de la créature opprimée » et, tout autant, en s’abstenant totalement de juger, moralement dirai-je, le contenu spécifique de cette religion islamique pour ne prendre en considération que cette situation sociale et donner la priorité, sinon l’exclusivité, à sa condamnation et à la volonté de l’abolir. C’est pourquoi ce courant de pensée politique se dit ou est dit « de gauche », en l’occurrence gauchiste ou d’extrême-gauche, mais la gauche y adhère majoritairement.

2 Or cette analyse est d’abord fausse théoriquement et de facto pour une large part. L’islamisme, avec toutes ses tares politiques, est présent dans la plupart des pays arabes qui ont des régimes politiques dictatoriaux et criminels, de la base au sommet donc (même si la base commence à se révolter) – régimes qui exercent leur domination sur leurs peuples grâce à l’islam précisément, et en se servant comme prétexte de la Charia, dogme coranique qui interdit la souveraineté du peuple quant aux lois qui doivent le régir, la remettant aux mains de Dieu, en l’occurrence à sa parole telle que le Coran la définit dans toute une série de domaines de la vie, individuelle et collective, et que le pouvoir en place prétend incarner. On appelait cela autrefois des théocraties, que l’on condamnait alors parce qu’elles étaient chrétiennes, catholiques le plus souvent. J’ose à peine le signaler :  il s’agit des pays du Maghreb et du Moyen-Orient, l’Arabie saoudite et le Qatar en tête, avec lesquels nous entretenons d’ailleurs des liens économiques juteux, au détriment de leurs populations, celles-là même dont on prétend se préoccuper en France. Franchement : comment peut-on justifier l’islam quand il soutient et légitime ces régimes inhumains ? Et que vaut la sociologie de l’islam comme expression d’une situation de détresse sociale chez les dirigeants de ces pétromonarchies qui l’assument comme leur pensée profonde ? Evacuer cet aspect fondamental du fonctionnement politique réel de l’islam à l’échelle du monde est d’une malhonnête intellectuelle rare.

3 Mais cette analyse est aussi scandaleuse moralement, sur un plan normatif donc, et je ne comprends pas que certains de ceux qui se réclament d’un idéal d’émancipation inspiré de Marx, ne soient pas sensibles à ce point : le refus de considérer l’islam en tant que tel, dans son contenu de croyances propres, et de le juger à la lumière des valeurs d’émancipation, précisément, n’est pas admissible. Car la religion islamique n’est pas seulement un effet regrettable de conditions sociales qu’il faudrait seulement condamner. D’abord elle a un contenu propre qui en fait la plus condamnable des trois religions monothéistes, quelles qu’aient été les horreurs du message catholique et ses effets historiques, par exemple, à une certaine époque. Je ne  veux pas répéter longuement ce qu’il m’est arrivé de dire ici même (et qu’on retrouve développé dans mon livre) : une parole divine décrétée absolue et non modifiable ou interprétable puisqu’elle est l’expression d’Allah (c’est rigoureusement dans le texte du Coran) ; la domination de la Charia, donc, j’y ai fait allusion, mais j’y reviens une dernière fois, à savoir que ce qui doit commander le « vivre-ensemble » échappe à la souveraineté populaire, aux hommes donc, et exclut  la démocratie et la liberté qui lui est consubstantielle (voit Rousseau et la Révolution française) ; le contenu même, aussi sinon plus, des prescriptions de cette Charia : la domination de l’homme sur la femme, le voile en étant l’indice qui lui interdit de montrer librement son corps en public, la polygamie pour l’homme, la possibilité pour ce dernier d’épouser une enfant de 9 ans, l’inégale distribution de l’héritage au profit de l’homme, un encadrement de la vie quotidienne par des règles ahurissantes concernant le culte, la nourriture, etc. A quoi s’ajoute hors de la seule Charia et sur un plan purement intellectuel : un dogmatisme absolu des croyances qui interdit, par exemple, d’accueillir en biologie la théorie de Darwin parce qu’elle contredit la thèse de la création divine de l’homme : j’en ai fait l’expérience dans mon enseignement en classe de Mathématiques supérieures une année où le programme portait sur « L’homme et l’animal » et où j’avais des élèves musulmans… et je l’ai résolue à ma manière, sans céder d’un pouce sur la leçon de Darwin (l’apport de cette religion aux sciences n’aura porté que sur les mathématiques, l’astronomie et la physique:au Moyen-Âge) ; enfin, un refus radical des autres religions (dont le polythéisme autrefois) et surtout de l’incroyance ou de l’athéisme avec son humanisme propre puisqu’il préfère l’homme à Dieu : les incroyants sont condamnés à la mort en tant que tels (c’est dans le texte) et pas seulement s’ils de moquent de Dieu comme on le soutient et comme cela est arrivé récemment : seuls quelques rares passages du Coran (il existent, c’est vrai) expriment une forme de tolérance ou d’indifférence à leur égard. Ici aussi j’en ai eu directement le témoignage pour avoir défendu la critique du séparatisme musulman dans un magasin, sans savoir qu’un femme musulmane m’avait entendu : j’ai été l’objet d’un flot d’injures d’une violence et d’une obscénité rares, avec menace de mort à la  « kalachnikov »  pour finir. J’aurais pu et dû porter plainte à la police, mais j’y ai renoncé pour ne pas envenimer la situation ! Qu’on vienne donc pas me dire que c’est une religion de paix et d’amour, même si beaucoup de musulmans la pratiquent sur un mode paisible : ces vertus ne doivent s’appliquer qu’à l’intérieur de la communauté des croyants, l’Oumma, mais non à l’extérieur, sur un plan réellement universel comme le préconise, à l’inverse, l’Evangile chrétien avec son impératif « Aime ton prochain comme toi-même » qui ne mentionne pas la religion ou la non-religion du « prochain » (c’est un incroyant qui parle ici). On voit donc clairement que le message coranique ne saurait être accepté en tant que tel, ni rationnellement ni raisonnablement (plus encore que d’autres messages religieux) parce qu’il est inhumain. Cela ne veut pas dire du tout qu’il faille l’interdire (sauf dans ses manifestations pratiques contraires aux lois de notre République) mais qu’il y a un devoir de le critiquer (ce n’est pas pareil) quand on est, au minimum, de gauche.

4 Enfin et pour revenir à la France où sévit l’islamo-gauchisme, on ne saurait accepter de ne voir dans cette religion (comme dans toutes les religions) qu’un effet des conditions sociales qu’elle exprimerait, comme je l’ai lu dans un article d’un philosophe qui se dit « marxiste » et comme le soutiennent, d’une manière générale, les « islamo-gauchsite » ceux du NPA ou des Insoumis. C’est, à nouveau, une aberration théorique et pratique qui traduit une vraie « défaite de la pensée » (dont Finkielkraut n’a pas le monopole aujourd’hui). Car Marx, la référence dans ce domaine aussi, a toujours insisté sur la causalité en retour de la religion sur la réalité dont elle est l’effet, à savoir le malheur social (et non métaphysique devant la condition humaine !) : elle l’entretient, elle l’alimente, elle la reproduit à la fois par les justifications qu’elle en donne, qui la masquent, et par la compensation imaginaire qu’elle apporte aux croyants. Ces deux facteurs liés détournent les êtres humains d’en prendre réellement conscience et de lutter contre lui en luttant contre ses causes socio-historiques. C’est ce qu’on appelle l’idéologie dans son aspect négatif et aucun progressiste ne saurait l’oublier et céder devant elle dans ce cas ! Marx, toujours lui, aura eu cette position tout au long de sa vie : voir ce qu’il en dit à la fin de sa Critique du programme de Gotha :  il faut s’efforcer de « libérer les consciences de la fantasmagorie religieuse »… et ce aussi par la critique des idées religieuses et pas seulement par une transformation sociale !

5 Il reste que l’islamo-gauchisme tel qu’il anime le débat et suscite peut-être des réactions excessives à propos de sa présence à l’Université (les mêmes qui la dénoncent n’ont d’ailleurs jamais dénoncé la domination des idées de droite en son sein !), ne se réduit pas à ce thème. Il y en a trois, importants et dangereux aussi car plus habiles, qu’il faut signaler et qui sont largement critiquables. 1 La récusation de l’Universel et donc de l’universalisme, d’abord,  décrété totalitaire et responsable du colonialisme – c’est la thèse du courant néo-colonial et dont un ex-philosophe marxiste, Etienne Balibar, s’est fait l’apôtre dans une longue interview du Monde il  y a deux ans, sans sourciller. 2 Le différentialisme du coup car il lui est corrélé, à savoir l’éloge de la différence culturelle qui oublie que toutes les « particularités » ne sont pas à mettre sur le même plan normatif : le progrès existe (comme la régression aussi) et les cultures, les civilisations, les sociétés, les époques historiques ne se valent pas : on a eu raison de dénoncer et d’interdire l’esclavage qu’Aristote, malgré son génie, défendait lamentablement ! On a donc parfaitement le droit de les hiérarchiser et de militer pour ce que l’on considère comme meilleur pour l’humanité. Comme le proclame le PCF : « L’humain d’abord ! ». 3 Le racialisme, enfin, qui consiste à revaloriser les différences raciales pour lutter contre le racisme… alors qu’on réhabilite du même coup la notion de « race » qui n’a plus aucun sens aujourd’hui… et donc celle de l’inégalité des races, au moins implicitement et sans le vouloir, je le crois : disons qu’on offre un plateau au retour de  ce fantasme raciste ! Avec cette conséquence militante que je trouve désastreuse : la décision d’organiser des débats, dits publics et démocratiques, sans les Blancs ! C’est de la ségrégation à l’envers ! On en trouve un écho dans la problématique «  transgenre » quand celle-ci, sous le prétexte juste de laisser à chacun librement son identité sexuelle, érige en modèle parfois et d’une manière dogmatique, un idéal masculin de la féminité pour ne pas réserver la masculinité à l’homme-mâle, comme chez Virginie Despentes. D’où l’idée équivalente de réunions militantes à l’enseigne d’un nouveau féminisme revanchard, dont les hommes sont exclus. Ce n’est pas l’égalité homme-femme dont je rêve depuis longtemps.

Il resterait à mentionner le thème de l’intersectionnalité qui, lui, montre bien qu’un individu socialement défavorisé peut réunir en lui plusieurs handicaps sociaux aliénants : la pauvreté, l’absence de culture, le poids de conflits familiaux ou de couple, la violence dès lors, l’alcoolisme, l’espérance de vie réduite, l’infériorité dans le travail pour la femme, etc. On aura deviné que je partage pleinement cette analyse critique et décapante, et que je soutiens ceux ou celles qui veulent la mettre en lumière pour combattre cette forme cumulative et excessive du malheur social.

Voilà. Je tenais à dire, fût-ce rapidement tout cela et faire entendre, à gauche bien entendu, une voix discordante, hélas minoritaire !

                                                              Yvon Quiniou

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