Ainsi Hollande...

Ainsi Hollande, via Valls, vient de rompre définivitement avec le socialisme, voire la social-démocratie, en éliminant Montebourg et en  contraignant au départ Hamon et Fillipetti. Cela est proprement scandaleux, à plusieurs titres.

Ainsi Hollande, via Valls, vient de rompre définivitement avec le socialisme, voire la social-démocratie, en éliminant Montebourg et en  contraignant au départ Hamon et Fillipetti. Cela est proprement scandaleux, à plusieurs titres.

1 On peut, certes, débattre de la ligne, social-libérale, définivement assumée par le gouvernement actuel, puisque tout, dans une démocratie, doit être débattu. Je la condamne absolument puisqu'elle sacrifie les intérêts du peuple à ceux du monde social de la finance capitaliste, mais, comme je l'ai dit, cela peut être mis en débat pour diverses raisons, dont des raisons économiques dans le cadre de l'Europe actuelle, que je condamne aussi.

2 Mais ce qui ne peut être excusé ni mis en débat, c'est que Hollande fait le contraire de ce qu'il avait promis de faire et de ce pour quoi la gauche dans son ensemble avait voté pour lui. A quoi s'ajoute le fait anti-démocratique qu'il ne tient absolument pas compte des forces politiques, dont le Front de gauche, qui l'ont élu et sans l'appui desquelles il n'aurait pas été élu. Il y a là une faute morale  impardonnable qui le discrédite personnellement comme elle contribue à discréditer la classe politique qu'il incarne. Comment s'étonner ensuite de la crise de la représentation politique quand les représentants du peuple le trahissent à ce point sans vergogne?

3 A quoi s'ajoute l'autre fait, qui ne concerne pas seulement les socialistes, qu'il a opéré un tournant idéologique fondamental, sans consulter un seul instant les membres de son parti, en autocrate absolu. Cela pose un problème au PS et, plus largement, au fonctionnement de notre 5ème République: comment peut-on à ce point se libérer des obligations que la démocratie impose? La légalité, certes, est respectée et pourrait permettre à Hollande de durer jusqu'en 2017. Mais où est la légitimité?

4 Si l'on veut comprendre ce qui se passe, il faut partir du triste postulat que ce qui anime Hollande, comme la plupart des hommes politiques, c'est la recherche du pouvoir à tout prix, fût-ce au prix de la morale en politique qui nous oblige à rester fidèles à nos convictions. Il table sur le discrédit évident de la droite classique et il multiplie les clins d'oeil ou les concessions à une droite plus modérée, en espérant ainsi  être au second tour de la présidentielle en  2017 et battre Marine Le Pen, qui y sera de toute évidence. Il oublie que ce calcul n'est pas gagné: il aura contre lui tous les déçus de sa politique, à gauche en particulier, de plus en plus nombreux, et il oublie que, malheureusement, une partie d'entre eux, dans les classses populaires et comme tous les sondages le prédisent, pourrait se tourner d'emblée vers le Front national en raison de sa démagogie, qui  est, certes, populiste mais prend aussi en charge des préoccupations populaires qu'on ne saurait négliger quand on se veut de gauche.

5 Conséquence, hélas pessimiste mais réaliste: on ne saurait exclure absolument une victoire du FN en  2017, surtout si l'on raisonne à partir des derniers sondages et si la gauche se présente divisée, ce qu'elle sera inévitablement si le PS reste ce qu'il est. On risque ainsi de voir un gouvernement de gauche (je n'ose plus dire "socialiste"), empêtré dans ses ses contradictions, ses faiblesses idéologiques et ses renoncements moraux autant que politiques, faire le lit de l'extrême-droite. Cela ne vous rappelle rien?

                                                                           Yvon Quiniou

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