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Billet de blog 26 nov. 2020

Le courage de critiquer l'islam

Il faut avoir le courage de critiquer l'islam, sans céder à la tentation de l'approche sociologique qui veut expliquer et donc excuser ses violences sur la base d'un déterminisme social. Car même si ce facteur existe, il n'explique pas la violence de son texte fondateur, le Coran, ni son omni-présence dans des régimes de type totalitaire. Aux intellectuels d'exercer leur intelligence critique!

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                                              Le courage de critiquer l’islam 

J’interviens une dernière fois, je l’espère,  pour critiquer l’islam à la suite de la lecture dans un journal du soir, d’une interview complexe, mais ahurissante sur certains points, d’un sociologue spécialisé dans l’étude des milieux populaires, Fabien Truong. Car, au-delà de ses bonnes intentions et de sa générosité personnelle comme de son information, ce cas est exemplaire de l’attitude d’une grande partie de la gauche, incapable d’assumer aujourd’hui l’héritage des Lumières et la critique radicale des religions qu’elles comportaient et ont impulsée.

Au centre de l’analyse, il y a un argument qui soutient fortement l’attitude de ceux qui font preuve d’une complaisance inadmissible, moralement et intellectuellement, à l’égard de l’islam et de l’islamisme, et qui n’a rien à voir avec cette pensée « décoloniale » dont ils se réclament souvent, dont la pauvreté ne mérite pas qu’on s’y attarde. Non ici, il s’agit de l’approche sociologique qui consiste à contextualiser la violence islamique en France spécialement suite à l’horrible assassinat de Samuel Paty : le contexte social, donc, contre le texte dont cette religion se réclame, le Coran, et que beaucoup de ses défenseurs n’ont  même pas lu ou alors avec des œillères. L’argument est le suivant : cette violence à contenu religieux serait l’effet des conditions sociales désastreuses dans lesquelles les musulmans vivent (abaissement des instances de socialisation, affaiblissement des services publics, pauvreté, etc.) et non pas l’expression directe d’une violence qui serait inhérente à cette religion quand on la prend à la lettre. Et même, selon l’auteur de l’article, souvent le credo islamique « aide à pacifier des trajectoires à la dérive » ; ou, au contraire, quand il est manipulé par des interprètes fanatiques, il ne fait que «  détourner vers l’extérieur » une violence qui serait déjà là et n’aurait rien à voir avec l’islam lui-même !

Eh bien, non. Quelle que soit l’habileté de ce discours, il est largement faux et il repose sur un sophisme. Il est faux d’abord, pour une raison simple, aveuglante et tellement aveuglante qu’elle doit rendre aveugles nombre de commentateurs. Je déplace donc l’angle de l’analyse : où sont les « ghettos sociaux » dans les régimes où l’islam est au pouvoir, envahissant toute la société, classes riches incluses, et où l’Etat fait intérioriser cette religion par les masses populaires pour les soumettre  ou les asservir à lui, comme on voudra, sur le modèle de tous les pouvoirs du passé, y compris en Occident où c’est la religion chrétienne qui faisait cet office dans son aire d’influence ? Le caractère politiquement et idéologiquement aliénant (l’un par l’autre), et même violent, de l’islam n’est qu’un caractère de toutes les religions, en tout cas dans l’histoire passée. C’est en quoi l’accusation d’« islamophobie » quand on le critique est à la fois imbécile et insupportablement méprisante : elle consiste à  dévaloriser la critique de cette religion en la ramenant à un processus pathologique et irrationnel, la phobie, alors qu’elle est animée par un humanisme fondamental et universaliste à visée émancipatrice. Dit autrement : le déterminisme social des conditions de vie que la sociologie met en évidence, à juste titre (voir les travaux de Bourdieu) contre l’idée de « nature humaine » ou celle de « libre arbitre », ne saurait réduire les êtres humains à des marionnettes irresponsables, surtout lorsqu’ils tuent au nom de leurs croyances. Ce sont aussi des agents responsable de leurs actes, pour une part, car ils adhèrent à leurs idées mortifères, même s’ils ont été très tôt conditionnés à le faire.

Le sophisme, ensuite. Il consiste à affirmer que les préceptes religieux (ici ceux de l’islam) ne ferait qu’offrir un exutoire à une violence qui serait déjà là, sociale si l’on comprend bien, et ils permettraient de la « détourner vers l’extérieur » (je cite). Or c’est là confondre l’effet et la cause ou, en tout cas, réduire la causalité propre des idées religieuses en oubliant que non seulement elles ont cette fonction d’exutoire (le mot est juste) mais qu’elle excitent cette expression vers l’extérieur, elles la stimulent en lui fournissant un prétexte idéel, religieux en l’occurrence, et, plus précisément, en lui désignant fantasmatiquement un adversaire que cette religion lui offre : l’incroyant ou l’athée, ce qui justifie qu’on s’en prenne à lui. Il faut se souvenir ici de l’incident scandaleux qui vient de se produire en Algérie (on n’est pas dans une banlieue ouvrière !) où un militant progressiste a été condamné à dix ans de prison pour « incitation à l’athéisme » ! Question à F. Truong : où sont les conditions sociales déterminant cette violence d’Etat dans ce cas ? Il faut au contraire se rappeler que, selon le Coran lui-même, qu’il faut regarder en face courageusement et décrypter honnêtement, l’amour des autres qu’il préconise à sa manière est rigoureusement interne à l’Oumma, la communauté des croyants de même confession. En furent exclus, autrefois, les polythéistes, les infidèles et toujours les incroyants ou les athées qui sont condamnés à la mort. J’en ai un témoignage personnel qui m’a marqué à vie : demandant, en Italie, à une jeune femme musulmane au visage apaisé, accompagnée d’un enfant, ce qu’elle pensait de sa religion, elle me répondit qu’elle était merveilleuse. Et quand je voulus savoir ce qu’il en advenait de celui qui n’y croyait pas, elle me répondit, après plusieurs étapes successives, plus douces, qu’on l’excluait. Et quand, pour finir, je lui demandais ce que cela signifiait ; exclure ? Elle dit « On le tue ». Et elle ajouta, comme pour s’excuser : « De toute façon dans mon pays (l’Algérie sans doute, vu la qualité de son français), il n’y a pas d’athées » (texto) ; exclus, c’est-à-dire exécutés ? On voit donc que la violence meurtrière est consubstantielle au texte coranique, de même qu’on en trouve l’équivalent dans la Bible quand le Christ, d’après l’évangile selon saint Mathieu, dit qu’« il n’est pas venu apporter la paix mais l’épée ». On sait ce qui s’en est suivi dans les guerres de religion à la fin du Moyen-Âge, et ce à l’initiative des ecclésiastiques eux-mêmes, le pape en tête et avec l’appui des pouvoirs politiques monarchiques, bénis par les Eglises. Et c’est ce type de violence qui est répercutée par l’islam aujourd’hui, sans excuse sociologique possible dans les régimes qui s’en réclament.

On me dira que je focalise sur un islam doctrinaire dépassé et qu’il faut interpréter pour en relativiser le message originel. Je réponds pour finir deux choses, que j’ai dites ailleurs : 1 Interpréter une religion, c’est en faire un phénomène culturel et historique, donc la nier en tant que religion porteuse d’une parole divine transcendantes révélée au hommes, extérieure au monde, et dont la vérité est censée être intangible. Comment Dieu pourrait-il se tromper dans ses paroles ? 2 L’herméneutique (dont même Ricœur s’est fait le héraut), car c’est de cela qu’il s’agit, est une stratégie de sauvetage des religions illogique et hypocrite qui vise à occulter ce qu’il y a d’inhumain et d’insupportable en elles (y compris dans leur rapport aux sciences) : il y aurait un sens implicite de certaines de ses affirmations les plus inacceptables aujourd’hui, par-delà leur sens explicite, et qui serait le seul vrai parce qu’acceptable, lui.  Or c’est ce sens explicite qu’il faut mettre en lumière et le critiquer courageusement comme il faut  critiquer l’herméneutique à la mode qui le masque.

C’est à cela, entre autres, que les intellectuels dignes de ce nom doivent s’atteler et je m’efforce d’en faire partie, même si je suis isolé dans mon camp politique et à gauche en général. Sans quoi, c’est à une nouvelle défaite de l’intelligence critique que nous allons assister, avec ses conséquences dramatiques pour notre « vivre-ensemble », l’histoire nous en a offert de terribles exemples : nous devons sans relâche dénoncer l’irrationnel et le déraisonnable qui « engendrent des monstres » (Goya).

                                                                Yvon Quiniou

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