Vive Charlie! Oui à l'irréligion!

Le drame qu'a connu "Charlie Hebdo" a été l'occasion d'un excellente émission de TV 5, qui a su restituer l’esprit qui anime ce journal et qui explique son histoire. Ce n'est pas simplement l'humour, mais la volonté de dénoncer par l'ironie les défauts de notre société et donc, aussi, ceux de la religion distinguée de la foi. Vive ce journal au service d'une pareille cause!

                                                    Vive Charlie ! Oui à l’irréligion ! 

La chaîne de télévision TV 5 vient de consacrer une remarquable émission à l’histoire dramatique de Charlie Hebdo jusqu’à l’attentat dont il a été l’objet, puis jusqu’au procès  récent de ses complices. Remarquable parce que ses collaborateurs ont non seulement pu décrire l’horreur dont ils ont été les témoins tout en lui échappant, mais surtout parce qu’ils ont su définir l’esprit qui a animé et anime toujours ce journal et donc préciser la signification de l’humour qu’ils pratiquent, dont on pourrait avoir une vue très superficielle ou alors profonde, mais inexacte dans ce cas.

L’humour ce n’est pas, comme on a pu le dire, « la politesse du désespoir », à savoir une manière de se moquer du malheur dont on est victime pour s’en protéger psychologiquement, faute de pouvoir ou de vouloir le supprimer. Ce n’est pas non plus un moyen de rire ou de faire rire en jouant du comique et d’un comique facile (celui des humoristes). S’agissant de sa première définition, l’un des survivants devenu le Directeur de la publication, mais, plus largement, les documents sur les réunions du comité de rédaction ont bien montré que l’état d’esprit de Charlie Hebdo n’était pas d’accepter la malheur ou les malheurs dans lesquels la société est plongée et de se contenter de s’en moquer, faute de mieux. Il s’agit au contraire de le(s) combattre d’une certaine manière, le rire étant alors une façon de le(s) dénoncer, sur le fond d’un optimisme vital joyeux des rédacteurs, qui m’a impressionné et réjoui. Ceux-ci ne sont pas des pleureuses ou des déprimés, au contraire !

D’où la deuxième idée mise en avant fortement par l’un des interlocuteurs, importante car elle élimine un contresens facile sur ce journal. Il ne s’agit pas seulement de faire rire par les caricatures – ce qui est le cas aussi, bien évidemment, le rire faisant plaisir et étant sain  –  et donc de distraire, d’amuser, mais d’ironiser sur des situations scandaleuses et donc, à nouveau, de les dénoncer, de les critiquer pour inciter à lutter contre elles. C’est dire que cela ne peut se déployer que dans un horizon politique totalement assumé et de gauche, l’humour étant alors une arme de combat, au sens pacifique de cette expression, bien entendu, puisque la pacification des rapports interhumains est aussi un objectif de ce « combat ». D’où cette idée connexe, que cela ne peut être mis en pratique que sur la base d’une motivation morale, si l’on accepte, comme il se doit, de ne pas séparer la politique de la morale.

Ce qui confirme ce deuxième point, c’est ce qui est arrivé au journal après l’attentat. Une extraordinaire émotion collective, analogue à celle qui a suivi le meurtre de Samuel Paty, se traduisant par une augmentation formidable des ventes… mais qui a été suivie rapidement par une baisse quand des lecteurs (de droite certainement) se sont aperçus que ce n’était pas seulement l’horreur de l’islamisme qui était visé, mais les défauts de toutes les religions (christianisme aussi, donc, le Pape en tête) et, encore plus, les défauts multiples de notre société, ses tares devrais-je dire : ses inégalités, ses injustices, la pauvreté, etc., avec à l’horizon de cette critique humoristique, le capitalisme, selon moi. Si je me souviens bien, Bernard Maris, avec qui j’avais été en contact, était bien un homme de gauche !

D’où, pour finir, une précision importante sur laquelle Caroline Fourest, soutenue par son "directeur", a insisté : l’impératif persistant d’une critique des religions sur la base d’un attachement intransigeant à la laïcité et aux valeurs de la République. Or je partage ces deux motivations – je l’ai déjà dit sur ce blog, quitte à me faire "incendier » (verbalement, bien sûr). Mais je voudrais une nouvelle fois valoriser la démarche de Charlie Hebdo et la façon dont cette journaliste l’a mise en exergue, étant donné la situation lamentable de la gauche dans ce domaine, quasiment tous partis ou courants politiques confondus, hélas ! – l’islamo-gauchisme en étant le plus décevant et le plus incompréhensible exemple. Etant admis que ce n’est pas la foi subjective qui est en question, ni la personne des croyants dès lors que leur pratique religieuse respecte les lois du vivre-ensemble républicain, on doit avoir conscience non seulement du contenu irrationnel (= contraire à la raison théorique) de nombre des croyances religieuse professées par les Eglises, quelles qu’elles soient, mais, tout autant, du caractère déraisonnable des croyances en question dans nombre de domaines de la vie pratique, où elles auront fait un mal immense aux hommes… comme la condamnation du corps, des plaisirs de la chair et, dans la foulée, celle de l’homosexualité, commune aux trois monothéismes et rappelée pertinemment par la même C. Fourest. On pourrait multiplier les exemples dans le domaine des mœurs, avec un « plus », malheureusement pour l’islam. Mais on ne saurait non plus oublier le soutien idéologique et politique qu’elles ont apporté aux pires régimes que l’histoire ait connus, ni les luttes meurtrières qui les ont opposées entre elles ou qui ont opposé leurs « factions ». Comme l’a dit avec courage le philosophe rationaliste et progressiste B. Russell : « La religion est une source de malheurs indicibles pour l’Humanité », et on peut ajouter, pour confirmer ce propos, ce qu’on a pu lire dans ce journal (je cite de mémoire) : « Dieu aura été le responsable du plus grand nombres de morts ! »

Oui, décidément, il faut toujours mener un combat idéologique et intellectuel (dans le respect des personnes, je le répète) pour « débarrasser les consciences des fantasmagories religieuses » comme l’a dit un certain Karl Marx, que l’on aurait tort de sous-estimer par les temps qui courent. Ce combat est moralement impératif et Charlie Hebdo y contribue à sa manière, n’en déplaise aux réactionnaires et aux irresponsables  de tous poils !

                                                         Yvon Quiniou

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