La tragédie de l'immigration

La tragédie de l’immigration

Ce qui vient de se passer en Méditerranée est un vrai désastre humain : 700 morts au moins, sinon 900 dans un premier accident, 300 dans un autre récent et après bien d’autres, mais que l’on avait oubliés, faute  qu’ils aient atteint ce seuil dans l’horreur. Mais il ne suffit pas de s‘en indigner, il faut en pointer les causes et les solutions impératives. 1 D’abord l’indifférence ou l’incurie de l’Europe des  banquiers qui nous dirige et qui aurait dû depuis longtemps prendre en charge ce problème. Mais elle ne s’intéresse aux immigrés que lorsqu’ils représentent une force de travail rentable. Qu’ils meurent, ce n’est pas son problème. 2 Il faut en priorité, j’entends dans l’immédiat, s’en prendre à ces facteurs de malheur, à ces criminels, qui font  trafic et profit de l’immigration clandestine. Sait-on que le premier bateau en cause ne pouvait contenir que 100 passagers mais qu’il a rapporté beaucoup d’argent à ceux qui en faisaient trafic? 3 Il faut aussi s’interroger sur l’origine de cette immigration sauvage. Comme l’a indiqué  Rony Brauman il y a  deux types de causes, qu’il ne faut pas confondre. La  misère, la pauvreté, le malheur de ces populations qui peuvent à peine survivre dans leurs pays et que séduit l’Eldorado d’un Occident capitaliste qui aura du mal à les intégrer tant il a déjà du mal à satisfaire sa propre population pauvre. Ensuite, la politique désastreuse, inique et irresponsable de ce même Occident capitaliste, France comprise, depuis des années : des interventions successives au Moyen Orient, de nature  impérialiste, violant la souveraineté de ces pays pour des raisons non humanitaires mais intéressées géopolitiquement et, surtout, économiquement. Conséquence : on a remplacé des régimes autoritaires mais laïques, par des dictatures religieuses encore plus inhumaines, que ces migrants fuient. Brauman signalait ainsi, à juste titre, que la situation en Irak était aujourd’hui cent fois pire que celle qu’elle était sous Saddam Hussein et que en Libye, c’était le chaos le plus total, entretenu au surplus par les islamistes radicaux qui espèrent en tirer un bénéfice politique, via l’immigration, précisément, vue comme un moyen de déstabiliser les régimes occidentaux.

Certes, il faudra aussi poser et réglementer, mais d’une façon généreuse, la question des flux migratoires, sous peine de verser dans l’angélisme, lequel est contreproductif. Cependant,  c’est une politique d’ensemble à l’échelle de la planète, pleinement progressiste, qu’il faut concevoir et mettre en place. Elle suppose que l’on rompe avec le paradigme capitaliste qui régit malheureusement les affaires du monde, actuellement, et que l’Europe, si elle le peut, se réveille de son rêve mercantile et, en réalité, mortifère.

                                                                             Yvon Quiniou

Ce billet reprend un article paru ce jour, lundi 27 avril, dans « L’Humanité ».

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.