yvon quiniou
Abonné·e de Mediapart

413 Billets

2 Éditions

Billet de blog 28 févr. 2019

yvon quiniou
Abonné·e de Mediapart

L'Eglise, la sexualité et Satan : quel délire et quelle hypocrisie !

[Archives] Le pape François vient d'invoquer Satan pour expliquer la pédophilie au sein de l'Eglise. Par-delà la seule homosexualité cachée des prêtres, qui n'est pas un délit, la pédophilie, elle aussi cachée, en est un et doit être moralement condamnée. Mais il faut expliquer cette dérive et l'hypocrisie qui la masque par la vision négative du sexe qu'a le catholicisme, qui doit être rejetée.

yvon quiniou
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

                    L’Eglise, la sexualité et Satan : quel délire et quelle hypocrisie ! 

Alors même que le pape François manifeste le désir louable d’en finir avec la pédophilie au sein de l’Eglise – comme d’ailleurs celui de réprimer l’homosexualité en son sein – il commence par dénoncer publiquement la « faute à Satan » : quel ridicule et quelle hypocrisie chez un homme censé être honnête et intelligent… comme si rien n’avait changé, en un sens, depuis l’époque où Spinoza dénonçait les superstitions religieuses (voir ici même, sur ce blog). Faisons donc le procès lucide de cette situation.

La question de l’homosexualité des prêtres en elle-même est moins grave, au sens où l’homosexualité n’est en rien un délit, ni une anormalité, mais une orientation sexuelle spécifique, naturelle ou acquise d’ailleurs. Sauf que la réaction de l’institution ecclésiale  comporte une stupéfiante hypocrisie : l’Eglise catholique dénonce officiellement l’homosexualité au nom ce qu’elle appelle sa « morale » (présentée frauduleusement comme « la » morale)  en y voyant une abomination,  à l’instar des deux autres religions monothéistes (avec un « plus » dans l’Islam) et, dans le même temps, elle la pratique largement. Ce n’est donc pas celle-ci qui est scandaleuse, mais sa dévalorisation publique et religieuse, qui en fait un comportement « contraire à la nature », assimilable à un pêché associé curieusement à sa tolérance en interne. Or il faut être clair : c’est cette négation du corps et de la sexualité qui est scandaleuse, s’apparentant à un non-respect de l’être humain et de son droit à jouissance. Et c’est elle qui entraîne une sexualité occulte, dissimulée. Pour mettre fin à cette hypocrisie, il n’y aurait qu’une solution : supprimer le célibat des prêtres (qu’on ne trouve pas chez les protestants et qu’aucun texte biblique ne commande !) car c’est lui qui, par la répression sexuelle qu’il induit dans un premier temps, les entraîne ensuite aux excès qu’ils sont censés ne pas commettre et qu'ils n'assument pas!

La pédophilie fait partie de ces "excès"(si l'on peut dire) mais elle est d’une tout autre nature et mérite un tout autre jugement. Car c’est bien un délit, condamné comme tel par la loi, mais surtout, au-delà de cette dimension juridique, elle constitue un comportement immoral, une violence exercée sur un être sans défense (l’enfant) par un adulte tout puissant (le prêtre) qui abuse de sa situation de pouvoir, y compris religieux, voire joue la comédie de l’amour pour satisfaire une simple pulsion. Pire : cette violence étant sexuelle (et pas simplement physique comme une gifle), on sait qu’elle peut marquer à vie, traumatiser et entraîner des dérèglements psychiques quand l’enfant devient adulte. Elle est donc doublement nocive et condamnable. Or ce qui est ahurissant autant que désolant, c’est l’argumentaire du pape pour l’expliquer, sinon l’excuser à demi-mots. D’abord en prétextant que c’est un problème universel qui « malheureusement existe partout » (je le cite), ce qui a tout l’air d’une excuse discrète, même si l’on sait que nombre de ces actes pédophiles peuvent avoir une origine psychologique dans la biographie du coupable, au point d’en faire quasiment un malade (je parle du passage à l’acte et non de la tendance, plus compliquée à appréhender, si elle existe). Mais surtout, au-delà de cette considération universaliste plutôt maladroite dans ce cas, il y a l’invocation de Satan comme origine ultime de ce « mal » : on est ici à la fois en plein délire religieux digne des plus absurdes croyances de l’Eglise catholique, qui la font remonter au Moyen-Âge et la situent à l’opposé de toute foi raisonnable et de toute rationalité, mais aussi dans un argument spécieux qui tend à innocenter les prêtres ou prélats. Car si c’est Satan qui est la cause, où est la responsabilité humaine ? Et où est la notion de faute que l’on fait porter aux religieux ? On est en plein illogisme. L’on croyait que la pensée religieuse moderne avait progressé dans le domaine de l’anthropologie pour comprendre et analyser les mécanismes psychologiques, familiaux ou inconscients, qui peuvent entraîner les hommes aux déviances sexuelles de ce type (ne serait qu’en s’appuyant sur Freud). Il faut déchanter : le même obscurantisme prévaut, nourrissant les mêmes délires et les mêmes incohérences. L’hypocrisie, elle et à ce propos, consiste dans le silence des autorités religieuses, leur complaisance dite « miséricordieuse » à l’égard de ces comportement et la facilité avec laquelle elle permet aux coupables de fuir la justice de notre pays ou de l’Etat en  les autorisant à migrer à l’étranger.

Pour conclure, il faut bien voir que ce qui est à la racine de ces dérives (l’homosexualité non avouée des religieux) ou de ces tragédies (leur pédophilie), c’est bien, à nouveau, l’anthropologie chrétienne telle qu’elle est professée : la négation du corps, de la chair, du plaisir, de la sexualité considérée comme seul instrument de la procréation – bref, l’idée même de « vice ». Comme l’a dit Nietzsche, dont une partie de la pensée mérite une grande considération : « Le sexe était pur. Christ (= le christianisme, ici) est arrivé et il est devenu vicieux ». C’est cette option normative négative, sans la moindre justification intrinsèque, qui produit un refoulement maladif du corps et qui entraîne du coup, par compensation des frustrations ainsi suscitées, les excès sexuels qui nous choquent à juste titre ; excès que l’Eglise condamne alors qu’elle les produit en partie, par sa condamnation même du sexuel en tant que tel. J’ajoute que cette condamnation est elle-même condamnable, non seulement par ses conséquences pathologiques et délictueuses telles qu’on les a examinées, mais dans sa nature propre : elle porte atteinte au droit au plaisir et au bonheur que l’homme y trouve, que l’on doit reconnaître à tout être humain dès lors qu’il respecte l’autre être humain.

                                                Yvon Quiniou

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Médias
Faux scoop du « Point » sur Garrido-Corbière : un « accident industriel » écrit d’avance
Alors que l’hebdo avait promis de faire son autocritique en publiant une enquête pour revenir sur ses fausses accusations visant le couple LFI, la direction l’a finalement enterrée. Sur la base de documents internes, Mediapart retrace les coulisses de ce fiasco, prédit deux mois avant par des salariés.
par David Perrotin et Antton Rouget
Journal
Lutte contre l’antisémitisme : angle mort de la gauche ?
Les militants de la gauche antiraciste ont-ils oublié l’antisémitisme ? Un essai questionne le rôle des gauches dans la lutte contre l’antisémitisme et plaide pour la convergence des combats. Débat dans « À l’air libre » entre son autrice, Illana Weizman, un militant antiraciste, Jonas Pardo, et le député insoumis Alexis Corbière.
par À l’air libre
Journal — Parlement
La loi sur les énergies renouvelables est-elle vertueuse ?
Alors que le projet de loi sur le développement de l’éolien et du solaire est en cours d’examen à l’Assemblée nationale, les macronistes savent qu’ils ont besoin de la gauche pour le faire adopter. Mediapart a réuni la députée insoumise Clémence Guetté et le député Renaissance Jean-Marc Zulesi pour éclaircir les points de blocage et les possibilités d’évolution.
par Pauline Graulle et Amélie Poinssot
Journal
Face au mur social, Macron choisit de foncer
Dans un contexte d’inflation record, de conflits sociaux dans les entreprises et d’état alarmant des services publics, le président de la République souhaite réformer les retraites dès le début de l’année 2023. Le climat social gronde mais l’exécutif mise sur une « résignation » de la rue.
par Ilyes Ramdani

La sélection du Club

Billet de blog
Mineurs isolés à Paris : "C’est le moment d’agir, aidez-nous à quitter cette merde !"
Cela faisait depuis juin 2022 que des mineurs exilés isolés survivaient sous le pont Nelson Mandela, sur la rive droite des quais de Seine de la ville d’Ivry. En six mois, plus de 400 jeunes se sont retrouvés là-bas, faute d’autre solution. Ce matin, ils ont enfin été pris en charge, non sans peines et non sans luttes. Retour sur ces derniers jours de survie et de mobilisation.
par Emile Rabreau
Billet de blog
Loi Darmanin contre les étranger·e·s : danger pour tou·te·s !
Ce mardi 6 décembre a lieu à 17H00 un premier « débat » sur l'immigration à l'Assemblée nationale initié par Gérald Darmanin préparant une loi pour le 1er trimestre 2023. Avec la Marche des Solidarités et les Collectifs de Sans-Papiers, nous serons devant l'Assemblée à partir de 16H00 pour lancer la mobilisation contre ce projet. Argumentaire.
par Marche des Solidarités
Billet de blog
Une famille intégrée ou comment s'en débarrasser - Appel OQTF
6 décembre : appel de la décision de l'obligation de quitter le territoire devant le tribunal administratif de Clermont-Ferrand, décision que nous avons déjà chroniquée. Cette famille particulièrement intégrée doit rester ici. Voici quelques vérités fortes apportées par son avocate et un des responsable de RESF63, le jour même d'un « débat » sur la loi immigration à l'Assemblée Nationale !
par Georges-André
Billet de blog
Morts en Méditerrannée : plainte devant la CPI contre la violence institutionnelle
La plainte va soulever la question de la responsabilité de l'Italie, Malte, la commission européenne et l'agence Frontex dans le bilan catastrophique de plusieurs dizaines de milliers de noyés en Méditarrannée depuis 2014, au mépris du droit international et des droits humains. Questions sur la violence institutionnelle à rapprocher du projet de loi contre les migrants que dépose l'exécutif.
par Patrick Cahez