L’insolente hypocrisie de l’Occident face à la Russie
La situation catastrophique que nous connaissons avec ce qu’il se passe en Ukraine du fait de l’intervention militaire des Russes, demande que l’on analyse avec lucidité, même brièvement, ce qui a lieu et que l’on cesse de le faire, en Occident, avec une hypocrisie insupportable qui ne peut qu’ajouter de l’huile sur le feu. Je vais m’y essayer, mais en précisant que, de conviction communiste depuis toujours, je n’ai jamais été un pro-soviétique aveugle, tout en soulignant que, après la catastrophe stalinienne, ce régime présentait des aspects sociaux positifs ; et en ajoutant que les peuples qui sont devenus indépendants après la chute du Mur, comme la Pologne ou la Hongrie, ont perdu au change sur bien des plans, démocratique autant que social. Par ailleurs (et je suis toujours proche de mon sujet), je n’ai jamais été favorable à Poutine au nom de l’idéal démocratique intransigeant qui est le mien.
Précisément, la lucidité intransigeante que je souhaite, implique que l’on dénonce l’hypocrisie massive et insolente de l’Occident dans l’approche de cette situation. Je rappelle d’abord que l’OTAN aura été le bras juridique et en quelque sorte armé du monde capitaliste américain contre la Russie soviétique depuis longtemps ; et que l’Occident n’a rien dit ni fait quoi que ce soit face à la guerre dans le Dombass depuis 2014, opposant l’armée de Kiev à des séparatistes et qui a fait tout de même 14 000 morts. De plus, personne ne veut voir dans quel état se trouve aujourd’hui l’Ukraine : un pays pauvre et où règne la corruption.
Plus largement, on ne veut pas signaler le poids des oligarchies dans ce pays, oligarchies soutenues activement par les Etats-Unis sur une base essentiellement économique : ce sont les multinationales qui mènent le jeu des échanges et des investissements mondiaux, spécialement quand il s’agit de s’approprier les ressources naturelles de pays sous-développés ou moins développés, quitte à avoir recours à des guerres depuis longtemps (parfois avec le soutien indigne de la France) comme dans la Yougoslavie d’autrefois, l’Irak ou la Syrie : où était l’indépendance des nations dans ce cas, cette indépendance qu’on reproche à la Russie de ne pas respecter ?
On aura compris que l’on nie cela un peu partout, y compris chez des « élites » qui feraient mieux de réfléchir et de s’informer avant de prendre position, en se libérant du poids de l’idéologie pro-capitaliste sur leurs esprits, y compris à gauche en dehors de l’extrême-gauche et, surtout, du courant communiste : c’est là un refus de l’intelligence critique, animée par la morale, qui sidère ou révolte l’intellectuel que je suis, qui ne cesse de se battre pour un idéal d’émancipation, qui passe aussi par la paix. Car il faut se rappeler le mot de Jaurès : « Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée l’orage. » Mais Jaurès était d’une autre trempe politique que nos dirigeants successifs en France depuis assez longtemps. De ce point de vue, il bien falloir envisager de quitter l’OTAN et de redonner à l’ONU un poids de décision internationale qu’elle n’a plus. Eh, puis je m’excuse de le dire tant notre culture politique est défaillante face à ce qui est bien et de plus en plus une crise de civilisation, parvenue à un point extrême, et non seulement de société, il va bien falloir remettre au goût du jour le projet d’un dépassement du capitalisme en tant que tel.
Ceci dit je condamne bien évidemment cette intervention, mais en indiquant fortement que la responsabilité est partagée par le monde occidental et sa logique marchande, et même son mépris des nations, on l’aura compris.
Yvon Quiniou