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Billet de blog 29 janv. 2023

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Le scandaleux délire politique d'Onfray

Onfray vient à nouveau de délirer politiquement et intellectuellement dans un article récent de sa revue "Front populaire". Il y dénonce à la fois la Révolution française et le marxisme qu'il identifie à tort à un totalitarisme, que l'Union soviétique aurait illustré. S'ensuit une dénonciation, qu'il prétend morale, de la gauche actuelle rassemblée dans la NUPES. Quelle tristesse!.

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                             Le scandaleux délire politique d’Onfray 

Michel Onfray, dont on sait que je ne l’aime guère, nous en « remet une couche » dans la dernier numéro de sa revue Front populaire consacré à ce qu’il croit pouvoir appeler « La gauche (im)morale ». Je vais le critiquer avec vigueur, et sur un ton polémique comparable au sien, mais justifié sur le fond comme tout lecteur honnête le reconnaîtra. Nous avons affaire ici à un délire politique et intellectuel rare, scandaleux sur le plan moral dont il entend se réclamer pourtant avec fracas pour condamner ses adversaires, à savoir ceux qui s’appuient sur un authentique idéal de gauche, incarnant, justement la morale. Dans l’ordre donc et en résumant

1 Premier mépris : celui visant la Révolution française et ceux qui la défendent, malgré ou par-delà l’épisode de la Terreur : elle est réduite à cette dimension qui lui permet de défendre les Girondins contre les Jacobins. Or s’il ne s’agit pas de défendre à tout prix cette « terreur », il faut indiquer qu’il oublie les circonstances politiques de cette terreur, à savoir l’hostilité, y compris guerrière, de la classe aristocratique de l’époque qui l’a suscitée et dont il n’envisage pas un seul instant la violence, comparable, de cette même classe possédante à l’égard du peuple, qui aurait mérité son indignation morale. Mais sa morale est à un seul sens, comme on le verra ensuite et on lui observera que Kant, le plus grand théoricien de la morale s’il en est, avait magnifiquement approuvé cette révolution.

2 Mais le plus grave est ce qui suit et qui réside dans sa critique systématique, outrancière et malhonnête intellectuellement, du marxisme et de ceux qui s’en sont réclamés et continuent de le faire par-delà le contresens qu’en a offert l’Union soviétique. Mais connaît-il ou comprend-il suffisamment Marx pour apercevoir que c’était là un contresens, une défiguration de la pensée de Marx dans ce domaine ? On a l’impression, d’être devant un petit oiseau qui voudrait égorger un aigle magnifique !

On laissera de côté la juste (pour une fois) critique qu’il fait de l’obédience à cette même Union soviétique,du PCF de l’époque (et d’autres partis communistes dans le monde), critique que je partage. Mais elle va bien plus loin et vise, en réalité, le marxisme en tant que tel puisqu’elle s’applique aux partis de gauche actuels, ceux de la NUPES qui critiquent, à des degrés divers, le capitalisme à la lumière de l’héritage marxien et exigent son dépassement. Or c’est ici qu’il délire intellectuellement et moralement, à deux niveaux. 1Il prétend que la stratégie de Marx (et d’Engels) pour parvenir au communisme se réduirait lamentablement à une « dictature du prolétariat » avec sa violence contre le peuple, alors que cette expression apparaît peu chez Marx (trois fois me semble-t-il), que cette « dictature » est de toute façon transitoire, qu’elle exprime le pouvoir de ce même prolétariat (à travers ses représentants politiques) et qu’elle doit être comprise à l’aide d’une affirmation qui en traduit la vraie signification démocratique, présente dans le Manifeste communiste, à savoir que le processus révolutionnaire « est le mouvement autonome de l’immense majorité dans l’intérêt de l’immense majorité. » . On aura constaté : pas seulement « dans son intérêt »  mais « de » celle-ci, ce qui définit un processus de transformation de la société (capitaliste) parfaitement démocratique, je le répète, à l’aune de cette même démocratie qu’il revendique contre la pensée marxienne ! Et je lui rappelle (si j’ose dire) que Engels, à la fin de sa vie, a indiqué que la « dictature du prolétariat » selon Marx c’était… la « Commune de Paris », exemple extraordinaire de liberté démocratique à tous les niveaux ! Or il est capable de dire que Marx lui aurait été opposé… comme Thiers ! C’est oublier que s’il a douté de son succès dans un premier temps, il l’a ensuite soutenu, comme indiqué plus haut.

2 S’ajoute à son incompréhension s’agissant de cette violence supposée par lui commodément et à tort toujours, une autre incompréhension liée à un silence insoutenable (ou assourdissant, comme on dit) : c’est, tout simplement, que la violence « révolutionnaire », quand elle existe, est la réponse à une violence sociale, exercée par les dominants, et dont il ne dit pas un seul mot : quel aveuglement idéologique, difficilement supportable ! Connaît-il l’exploitation et la domination violente de classe telle que Marx l’a révélée, avec ses effets négatifs sur les individus, dont il se préoccupe pourtant, et qui continue aujourd’hui et même s’aggrave depuis la déferlante libérale qui a suivi la Chute du Mur de Berlin – ce dont il ne dit mot ?

3 J’ajouterai, sans pouvoir tout dire, qu’il oppose à Marx un Proudhon dont il est l’admirateur et qui lui inspire sa position de gauche, qu’il affirme mais en  renvoyant à la défense du « petit peuple » s’auto-organisant sur un mode libertaire, dont on voit guère pourtant l’efficacité dans ses luttes, voire son pacifisme : les « gilets jaunes » qu’il semble soutenir, n’en ont pas été un parfait exemple, ni en matière de comportements pacifistes, ni en matière de souci de l’intérêt général ou universel : c’était, pour une large part, un mouvement corporatiste, ce dont il ne semble pas ou ne veut pas avoir conscience, tellement il est contre la gauche classique. La violence, il ne la voit que dans un seul camp !

4 Enfin, il y a de sa part des critiques personnelles, moralement injustifiables, visant Marx, lui attribuant, d’une façon insupportable, un « mépris du peuple » sous prétexte de son origine bourgeoise opposée à celle, modeste, de Proudhon. Alors qu’il faudrait en faire au contraire un mérite humain éminemment estimable puisqu’il a renoncé à ses avantages sociaux familiaux pour une cause politique progressiste, en opposition avec sa classe d’origine, ce qui lui a valu de mener une vie économiquement, socialement et familialement très pénible – qu’Onfray ne mentionne pas alors qu’elle contribue à son mérite moral, c’est le cas de l’indiquer contre son silence, lui immoral !

5 Je termine par une dernière critique qui concerne ce qu’il dit de la gauche d’aujourd’hui, dont il se sépare au nom d’une espèce d’anarchisme ou de gauche libertaire, et qui vise bien des partis ou des individus célèbres et de qualité comme, par exemple, Sartre … pour cause de proximité idéologique, un temps, avec les communistes – lesquels ont d’ailleurs considérablement changé, et c’est heureux, mais qu’il oublie. Et il y inclut même Edvy Pleynel, avec Médiapart, sans se soucier de sa spécificité anti-totalitaire, mais qui reste proche de la gauche classique d’aujourd’hui en train de renaître, heureusement. D’où cette espèce de jugement de valeur final, insupportable à nouveau mais cohérent avec toute sa réflexion : cette gauche est accusée d’être totalitaire, donc, ce serait celle « des barbelés » ! Quelle indigence intellectuelle de la part de celui qui n’est qu’une vedette des médias, sans aucune pensée profonde (malgré son talent d’écriture journalistique) ni véritable inspiration morale : l’individualisme n’en est pas une !

                                                                 Yvon Quiniou

NB: J'ai critiqué Onfray, sur le fond  et d'une manière un peu développée, à la fin de ma "Misère de la philosophie contemporaine au regard du matérialisme" (L'Harmattan).

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