L'ahurissante apologie catholique de la virilité masculine

Une fraction de l"Eglise catholique se mobilise en faveur de la revalorisation de la masculinité. Ce mouvement, impliquant l'extrême-droite, est non seulement ahurissant mais scandaleux. Moralement il nie certaines valeurs humanistes du christianisme au profit de la force et de la violence, dans la lignée de Nietzsche. Et intellectuellement il prétend se fonder sur la religion I Double scandale!

L’ahurissante apologie catholique de la virilité masculine

Ce qui suit part d’un longue page du Monde  qui nous apprend que des catholiques « veulent rendre à l’Eglise sa virilité » (23 décembre, p. 9) Je dis que cela est ahurissant, mais je pourrais dire scandaleux vu l’argumentaire qui soutient cette prise de position Elle s’illustre par des faits avérés : des pratiquants, prêtres ou laïcs, tous militants de la foi telle qu’ils la conçoivent, se réunissentet et organisent avec succès des stages entre hommes destinés à rendre leur fierté à ceux-ci dans une Eglise qui se serait trop féminisée, dans ses paroles et ses actes. Or que nous disent-ils ? Que l’homme n’est pas la femme (bien qu’ils soient égaux : ouf !), qu’il contient en lui un potentiel de violence guerrière qui doit être valorisé, cultivé et doit s’exprimer. Je cite « Il a besoin de se battre (…) d’un lieu où le guerrier qui est en lui peut reprendre vie ». Ou encore : les hommes doivent assumer les « désirs profonds, spécifiquement masculins, que sont l’aventure à vivre, le combat à mener et la belle à conquérir ». On croirait lire du Nietzsche avec son apologie éthique de la force et son mépris de la femme… sauf qu’il était rigoureusement athée, ayant annoncé « la mort de Dieu » et qu’il combattait vigoureusement les religions ! On y trouve même, chez certains, l’affirmation sans retenue qu’« il y a une animalité en l’homme qui le pousse à aller vers l’extérieur », autre idée nietzschéenne qui refusait toute idée d’« esprit » comme mystificatrice et mettait l’accent sur l’origine animale de l’homme et la persistance de cette origine en lui.

On voit alors le problème, qui relève d’un double scandale, à la fois moral et intellectuel. Moral puisque tout cela est valorisé, érigé en norme de vie, donc à aucun moment condamné alors que cela a " un rapport à la force et à la violence "  (sic), voire avec la barbarie du 20ème siècle, dont on a conscience, mais dont on semble regretter qu’il ait contribué à discréditer "l’usage de la force " ! On croit rêver et l’on aurait même envie de hurler si l’on ne savait pas déjà que l’un des soutiens officiels de cette abominable inversion des normes morales est l’évêque de Toulon, Dominique Rey, connu pour avoir invité Marion Maréchal-Le Pen dans un débat public, en  affirmant vigoureusement qu’il se sentait proche des valeurs, pourtant lamentables, du Front national. A quoi on ajoutera la présence explicite dans ce mouvement de catholiques intégristes, de droite ou d’extrême droite, ayant manifesté contre « le mariage pour tous ». D’autant qu’il faut préciser que cette valorisation du rôle masculin s’accompagne inévitablement de la critique des valeurs féminines qui ont féminisé « la vie en Eglise » à de multiples niveaux, y compris dans ses homélies ou sa liturgie et, bien entendu de la critique de la femme elle-même, laquelle ne saurait aspirer concrètement à l’excellence de l’homme dans son « genre » ! Le cantonnement de la femme à la procréation, à l’éducation des enfants et aux tâches ménagères n’est pas loin. On nage en pleine idéologie d’extrême-droite ! Il est vrai que l’on apprend cependant que cette force animale doit « se transcender » vers un idéal qui « dépasse » l’homme. Mais on rappellera au lecteur naïf que c’était aussi le discours des nazis.

Mais il y a aussi le scandale proprement intellectuel pour qui n’est pas croyant (c’est mon cas), mais ne supporte pas que l’on donne un faux fondement à cette éthique de l’homme fort. Car, vous ne le soupçonnez sûrement pas : celui-ci est  prétendu religieux ou théologique ! La  masculinité est présentée comme « une vocation, un appel de Dieu » (re-sic) et tout ce qui dans les Evangiles peut préconiser des valeurs et des comportements contraires est discrédité avec mépris : la douceur, l’amour du prochain, l’humilité, etc. Ce sont des caractéristiques féminines, donc à rejeter. Même Jésus se voit soit dévalorisé du fait de son message moral, hostile à toute violence, soit transformé dans son identité profonde puisque son martyre sur la croix serait la manifestation de sa force et de son courage typiquement masculins et non l’affirmation de  sa bonté et de sa volonté de racheter l’humanité du pêché originel, forme religieuse de la bonté ! Faire de celui-ci l’incarnation typique de l’homme fort et donc masulin, il faut oser dire cela qui est une véritable insulte à ce qu’il y a de bien et d’universel dans certaines valeurs propres au christianisme.

Dernier point, sur la virilité catholique et que j’ose à peine souligner de peur d’abîmer mon propos antérieur – mais je le formule quand même. Quand on connaît un peu les scandales sexuels qui ont agité les Eglises, spécialement la catholique, de par le monde (pédophilie, homosexualité interne), on voit mal de quelle virilité masculine ces catholiques rétrogrades peuvent se réclamer, sauf à pratiquer l’hypocrisie à un niveau extrême.

Que se cache-t-il derrière tout cela me demandera-t-on, car c’est franchement étonnant quand on pense à ce que peut dire (sincèrement ?) le pape François. Eh bien, c’est tout simple, et l’article du Mnde lève le lièvre tout à la fin : la concurrence avec un islam rigoriste de plus en plus envahissant et visible, qui  renforce désormais son identité et séduit par là même – j’ajoute : hélas ou malheureusement. La seule riposte que ces susdits chrétiens auront donc trouvée, c’est de réaffirmer et de renforcer, en miroir en quelque sorte, leur propre identité, quitte à la trahir. Voilà où mènent souvent les religions : à une guerre des identités religieuses et non à cette paix pour « les hommes de bonne volonté » que le christianisme est censé prêcher. Et comme je l’ai dit (mais rares sont ceux qui portent un regard courageux, parce que critique, sur cette religion):  la montée de l’islam radical en est en partie responsable. Pauvres religions qui, pour une grande part, rendent l’humanité malade ou entretiennent ses maladies intellectuelles, morales et existentielles! Qui a dit que « les religions sont les rêveries d’un humanité malade » ? Hume, un philosophe anglais lucide, irréligieux et partisan en politique d’une vie sociale pacifiée, récusant tous les extrémismes.

 

                                                                               Yvon Quiniou

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