Européennes: le problématique mouvement des «gilets jaunes»

Après les élections européennes, le mouvement des "gilets jaunes" interpelle sur sa signification véritable. Effet d'un malaise profond lié au capitalisme, et au malheur social qu'il engendre, il ne s'en ait pas pris à celui-ci, se contentant de contester le gouvernement. Il aura ainsi renforcé l'extrême-droite, oubliant que seule la gauche véritable pouvait satisfaire ses revendications.

Après les Européennes, la problématique signification du mouvement des « gilets jaunes » 

Les élections européennes ont eu lieu, et malgré la majorité des commentateurs dont la partialité politicienne est indigne, il faut voir ce qu’il en a été d’abord : une défaite incontestable du Président Macron, d’autant plus incontestable qu’il s’était impliqué personnellement dans la campagne (ce qui excédait son droit de président de la République de tous les français, soit dit en passant) et, surtout, une victoire incontestable du Rassemblement national de Marine Le Pen, à la fois détestable en soi et inquiétante dans son score auprès des ouvriers (40/100 si j’ai bien lu). A quoi s’ajoute la défaite accablante de toute la gauche, PC inclus (malgré la qualité de son candidat, reconnue par tous).

Or cela a eu lieu après un mouvement, historique il faut le dire, des fameux « gilets jaunes », dont l’impact aura été quasi nul sur le scrutin. Cela nous oblige à revoir le jugement que l’on pouvait porter, et que j’ai en partie porté sur celui-ci. Car, au-delà de son prétexte initial –l’augmentation du prix des carburants –, il fallait en  comprendre la signification profonde : la manifestation d’un malaise, sinon d’un malheur social lié au capitalisme, qui dure depuis longtemps, disons au minimum depuis de la chute du Mur de Berlin, et qui est lié à la déferlante néo-libérale en Europe et France datant de cet événement, que la présidence Hollande aura pleinement actualisée en France, sous l’influence d’ailleurs de Macron, et que ce dernier aura accentuée à un niveau inimaginable en menant une politique économique et sociale libérale, carrément de droite.

Or, c’est là qu’il faut réfléchir sur le mouvement des « gilets jaunes ». On aurait pu croire qu’il susciterait une opposition massive à Macron, sur la base de certaines de leurs revendications, apparues surtout à la fin et qui portaient sur le pouvoir d’achat, la pauvreté, une nouvelle politique fiscale plus égalitaire, voire la démocratie participative. Eh bien non. Si l’on est lucide intellectuellement et que l’on refuse la démagogie politicienne, ce mouvement n’aura traduit que la protestation contre les effets d’une politique dont ils ont négligé totalement la  cause : ils s’en sont pris au gouvernement, jamais, ou quasiment jamais, aux patrons et à l’économie capitaliste  mondialisée dont notre gouvernement est le serviteur fidèle et notre président Macron l’idéologue cynique (voir son livre-programme Révolution, qui aurait dû s’appeler Contre-révolution), en France mais aussi en Europe.

Le mouvement des « gilets jaunes » aura donc souffert d’une incroyable absence d’une culture politique visant intelligemment l’origine de la situation contre laquelle ils ont protesté fermement, mais naïvement. On ne s’étonnera pas alors, vu aussi  la base sociale majoritaire des acteurs de ce mouvement (ouvriers en déshérence, employés, petits patrons, commerçants)  qu’il ait nourri finalement soit l’abstention, soit surtout un vote massif (selon les sondages et le résultat effectif) en faveur du Rassemblement national et ses proposions incroyablement démagogiques, en même temps qu’égoïstes, dont ils seraient les premières victimes si elles étaient appliquées. C’est à gauche qu’ils auraient dû voter, et spécialement en faveur de la gauche extrême, dont le PCF est le meilleur représentant, même s’il ‘est pas compris et écouté comme il le faudrait, les médias dominants aidant puisqu’ils ont boycotté son représentant, Ian Brossat, pourtant excellent ! C’est ainsi que l’on sabre les effets politiques progressistes possibles d’un mouvement qui aura été soutenu longtemps par la grande majorité de la population (70/100). Il aura renforcé, pour une part, le pouvoir en place et surtout la menace effarante de l’extrême-droite.

                                                                      Yvon Quiniou

 

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