Et une fois de plus, l'anti-féminisme de l'islam!

Un incident récent vient de renouveler, hélas, la nécessité de condamner moralement l'islam. Un imam s'est permis de conclure un prêche par un appel à traiter la femme comme un être inférieur à l'homme. Ce n'est pas la seule religion à avoir tenu pareil discours anti-féministe, mais elle continue à le faire et elle doit être contestée au nom des lois morales de la République.

                                                      Et une fois de plus, l’anti-féminisme de l’islam ! 

Je m’étais promis de ne plus intervenir sur la question de l’islam vu les réactions souvent hostiles que mes convictions républicaines et progressistes suscitaient sur ce blog, mais vu aussi leur caractère minoritaire au sein de « ma » gauche marxisante. Mais là, j’avoue être à nouveau tellement choqué que me taire relèverait d’un silence indigne et détestable.

Le fait, donc (après d’autres, aussi inexcusables). Je m’appuie sur une information donnée par Le Monde du 31 juillet et que tout le monde peut consulter. Un imam de Saint-Chamond, dont le profil donné ensuite est plutôt favorable à mes yeux, a terminé son prêche en citant un extrait du Coran (sourate 33) qui dit cela et que j’ai vérifié : « Femmes musulmanes, tâchez d’obéir aux droits d’Allah et à ceux de vos époux, restez dans vos foyers et ne vous exhibez pas de la manière des femmes d’avant l’islam. » Premier point : ce texte résume parfaitement la position de la religion musulmane à l’égard des femmes, en l’occurrence une infériorisation de la femme par rapport à l’homme en termes de pouvoir et d’activité, ainsi qu’un mépris de sa liberté d’allure corporelle, qui se traduit par l’interdit qui lui est assigné de montrer son corps en public : le châle et, surtout, le vêtement complet qui le recouvre de la tête aux pieds, quel que soit le temps, en est la preuve et j’en suis le témoin désolé, voire atterré, dans ma propre ville ! Certes,  d’autres textes manifestent une forme de respect pour les femmes, mais au sein de cette situation globale d’inégalité (comme il y a une sociabilité interhumaine à l’intérieur de l’« oumma », mais qui exclut les incroyants). Or cette position normative sur les rapports de l’homme et de la femme est contraire aux lois de notre République et aux acquis égalitaires, fondamentaux, que les femmes ont obtenus sur la base des idées non seulement démocratiques, mais socialistes et marxistes, et qui sont au cœur du féminisme authentique tel qu’il a émergé au début du siècle dernier. La Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 (suivie d’autres textes destinés à les faire mettre en pratique dans tous les Etats), proclame cette égalité de tous « sans distinction de sexe » (Article 2) En ce sens, se réclamer publiquement d’une position contraire, est ou devrait être interdit par la Loi et le gouvernement a eu raison d’exiger la destitution de cet imam.

Deuxième point : on ne saurait se fier à tout ce que celui-ci a pu déclarer ensuite pour se justifier, à savoir qu’il n’était pas hostile aux femmes, qu’il recommandait leur respect par l’homme et qu’il admettait l’existence « des droits de la femme » (je le cite). Affirmations curieuses si l’on a conscience que les propos contraires qu’il a tenus en citant le Coran, concluaient, je l’ai dit, son prêche. Peut-on conclure une prosopopée par un texte, à l’impératif au surplus, auquel on n’acquiescerait pas ? Quelle hypocrisie donc, dans sa défense, il faut oser le dire sous peine de complaisance inacceptable !

Troisième point : il faut bien entendu reconnaître que cette forme de mépris de la femme, accompagné d’une déconsidération du corps en général, donc de son corps en particulier, n’est pas l’apanage du seul islam. La religion catholique a été la première à l’exprimer et à le théoriser, via le théologien St Thomas, en faisant de la femme la responsable du pêché originel et bien des passages de la Bible font preuve d’une misogynie inquiétante. Cela a entraîné dans l’histoire effective des conditions faites aux femmes plutôt insupportables, là aussi : son infériorité juridique, une assignation aux tâches familiales et domestiques, la minoration de sa sexualité, qui n’ont rien à envier (si je puis dire) à l’islam dans ces domaines. Sauf que tout cela a été progressivement éliminé ou, en tout cas, s’est de fait adouci et que l’on n’entend plus guère de sermons ou de proclamations officielles allant dans le sens de ce passé. Or ce n’est pas le cas de ce qui se produit toujours dans le champ de l’islam. Laissons de côté l’islamisme radical, qui est d’ailleurs conforme au texte coranique dans sa haine des incroyants et, parfois, dans la promesse ou l’exigence de leur mise à mort – ce que la gauche officielle refuse d’admettre. Mais il y a aussi grave, quoique plus banal : l’existence, en France même, de prêcheurs de haine contre la modernité et sa libération de la vie individuelle, comme on l’a vu il n’y a pas si longtemps lorsqu’un imam a pu menacer des enfants du pire sort (= être transformés en porcs) s’ils écoutaient de la musique moderne ! A quoi on ajoutera tous les interdits vestimentaires ou alimentaires, comme les prescriptions cultuelles impératives, qui sont d’un autre âge et relèvent d’un type de vie religieuse qu’aucun esprit lucide et humaniste ne saurait respecter : il ne peut que les tolérer, ce qui n’est pas du tout pareil. Et je rappellerai simplement tout ce qu’il m’est arrivé d’écrire sur ce blog, mais aussi d’affirmer dans des livres ou des conférences multiples, sans susciter le moindre désaccord intellectuel et moral : ce que je dis là est dans la pure lignée des philosophes des Lumières, hostiles à la religion tout en acceptant la foi subjective qui n’embête personne, voire peut aider les humains à vivre dans l’horizon de la mort : Spinoza, Hume, Rousseau, Kant. Sans compter les penseurs qui suivirent aux 19ème et 20ème siècles : Feuerbach, Marx, Nietzsche à sa manière, Freud aussi ; ils y ont tous diagnostiquer une forme d’aliénation subjective, issue du malheur social et qui les y enfermait. Et l’on aura même vu B. Russell, ce grand esprit progressiste et soucieux de l’humain, indiquer que la religion est « un facteur de mal » pour l’humanité.

Alors oui, et pour finir, il ne faut pas cesser de critiquer les religions dans leur dimension dogmatique et pratique (foi subjective exclue, je le répète) au nom de la raison universelle. Et quant aux normes qui leur permettaient de « faire lien » entre les hommes (« religion » vient de « religare » : relier), tout en les opposant aussi cruellement de religion à religion et même « en interne », l’humanité peut très bien les remplacer par des normes morales universelles faisant de l’homme « l’être suprême pour l’homme », et ce en acte(s), apaisant ses rapports aux autres. C’est ce qui a commence à être déclaré et mis en œuvre, comme on l’a vu, mais qui commence à se défaire lamentablement sous l’effet de notre modernité néo-libérale et post-morale.

                                                       Yvon Quiniou, auteur, je permets de le rappeler, de Pour une approche critique de l’islam (H§O).

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.