2020 en musique

Puisque les concerts sont toujours interdits, voici un petit bilan musical avec quelques bons albums sortis en 2020 pour se consoler à la maison.

Que dire de l’année 2020, si ce n’est qu’elle aura été plate et banale, et qu’elle sera certainement bien vite effacée des tablettes de l’histoire vu qu’il n’y a strictement rien à en retenir ?

Puisqu’il n’y a pas eu d’évènements marquants ou de faits majeurs à retenir, on pourra toujours se consoler en faisant un petit bilan musical de l’année.

C’est pourquoi j’ai décidé de me lancer dans un « top albums » 2020. Et vous allez voir que mon panthéon est décousu, et que si ça continue, on verra etc...

Je précise qu’il n’y a ni liste ni ordre ni classement. La seule contrainte est que l’album soit sorti en 2020. Et de l’avoir écouté un minimum.

En vous souhaitant une bonne continuation d’appétit messieurs-dames.

 

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Pas d’album de Salut C’est Cool cette année. L’auditeur en mal de techno de type « fête foraine » se soulagera donc avec, au choix :

 

Les remixes de leur dernier album Maison, et notamment le très bon titre Cassoulet à la sauce Myd. Comme dit ma mémé, le cassoulet c’est encore meilleur quand c’est réchauffé, surtout quand il gagne en groove suave et lourd ». Allez c’est parti, on bouge son boule et on transpire, un peu d’activité physique ça fait jamais de mal, surtout après un gros cassoulet.   

le Casoulet © Salut C'est Cool, Myd

« Ma mère écoute ça tous les matins » Jean Castex.

 

Mais aussi avec le cru 2020 de Roland Cristal, fils musical de S.C.C. et M. OIZO. Sortez vos cornes de brumes et vos 8-6 tièdes, c’est parti pour la teuf entre potos au milieu des champs.

Avec des morceaux caractéristiques de son style et aux titres aussi évocateurs que Oh là là ok la fête, Pepito Tornada ou encore Tu danses à l’espagnole, l’album 2020 contient son lot de rythmes techno-dance cheap sympathiques et gitans. Mais Roland Cristal c’est bien plus que ça, c’est avant tout un hommage aux plus grands poètes surréalistes, ainsi qu’une maîtrise diabolique de la science du drop. Et on parle pas de rugby.  

Roland Cristal n’a d’autre ambition que celle de vous faire danser (bon ok peut-être que je lui prête des intentions, si ça se trouve lui il se rêve en Mozart des années 2000, faudrait lui demander), mais sachez qu’il est aussi vidéaste amateur. Il faut aller jeter un œil à ses clips maison qui valent leur pesant de noix de cajou. Sauf si vous êtes épileptiques. (Pas d’utilisation prolongée sans avis médical).

Roland Cristal - 2020 © Roland Cristal

« Voilà pourquoi nous avons décidé d’arrêter la musique » Daft Punk.

 

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Jamie XX – Idontknow.

Juste un single pour l’instant, mais quelle claque.

« Mais dis-moi Jamie, comment tu fais pour être aussi bon ? Et bien c’est très simple Fred, je vais te montrer avec une maquette en Playmobil ».

Une fois encore l’ami Jamie frappe très très fort. Le disque démarre sur un faux rythme de batterie jusqu’à ce que ça déraille sauvagement au bout d’une minute pour partir sur un tempo beaucoup plus élevé, on pousse sur les BPM, les couches s’ajoutent et les nappes s’empilent jusqu’à former une mélodie entêtante avec ces vocals saccadés et hypnotiques. Un délice. 

Alors en attendant le digne successeur de In Colours, poussez les potards à 11, poussez les meubles, poussez des cris, poussez ce que vous voulez mais allez-y à fond, c’est le moment.

Jamie XX - Idontknow © Jamie XX

« Après avoir entendu ça, on peut mourir tranquille » Thierry Roland.

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Idles – Ultra Mono.

1°/ Mettez la 1ère piste, War, à un volume raisonnablement élevé (de type : voisins, je vous hais).

2°/ Reculez de quelques mètres.

3°/ Appuyez sur la touche PLAY.

4°/ Essuyez-le sang qui vous coule des oreilles, prenez le temps de recoiffer les cheveux dressés sur votre tête, et recollez-moi ce papier peint qui pendouille.

5° / Les bleus arrivent ; ne paniquez pas, c’est encore l’enculé de voisin du dessous qui les a appelés. 

Ah, enfin des anglais qui ne font pas de la musique de merde. Prenez ça, les Beatles.

Rarement vu un démarrage d’album plus saisissant. L’avantage, c’est que dès le début, tu sais que tu vas te prendre une grosse torgnole en mode rouleau compresseur. 42 minutes à se manger des pains dans la gueule sur un ring de MMA (garanti zéros tracas zéros bla-bla). Ça me rappelle la fois où je suis passé dans une moissonneuse–batteuse mais c’est une autre histoire.

Et le pire c’est que tout le reste de l’album est à l’avenant. Ce « chanteur » est carrément possédé.

Et puis ce break de batterie sur War franchement (smiley cœur).

Perso j’écoute volontiers Mr. Motivator tous les matins au petit déj’ pour avoir la patate avant d’aller casser des mâchoires. Et ça marche.

Et cette basse tout du long (Anxiety, Model Village, Reigns !!)

Et même lorsqu’ils calment le jeu sur A Hymn ça déboîte encore. Tiens quand je me suiciderai faudra que je pense à jouer ce morceau.

C’est simple et bourrin, ça donne envie de se taper en masse comme dans le clip de Koudlam. Enfin un album pour lequel il est légitime de dire « celui-là je l’ai saigné ».

Bon et puis après on range sa hargne au vestiaire et on reprend sa petite vie bien rangée d’employé de bureau à la con.

Idles - War © Idles

« Vous avez beau dire, y a pas seulement que d’la pomme… y’a autre chose… ce serait pas des fois de la testostérone ? hein ? » Roselyne Bachelot. 

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King Gizzard & the Lizard Wizard – KG.

Le plus grand groupe australien du monde revient avec un 16ème album en 9 années, sous-titré « explorations into microtonal tuning vol. 2 ». J’imagine donc que c’est la suite de l’excellent « explorations into microtonal tuning vol. 1 », aussi connu sous le doux nom de Flying microtonal banana, mais bon je vais peut-être un peu vite en déductions. Je ne suis pas l’Inspecteur Derrick non plus.

Un seul album en 2020, petite année pour le Gizz’, le seul groupe (avec Creedence Clearwater Revival, évidemment) qui n’a jamais raté un seul album. 

On retrouve donc ici des morceaux aux sonorités microtonales réalisés sur des instruments bricolés pour pouvoir jouer des notes entre les notes à la sauce orientale (salade-tomates-oignons jte mets la boisson avec chef) si j’ai bien tout compris, et franchement c’est kiffant.

On retiendra entre autres des morceaux comme Straws in the wind sur une jolie mélodie avec de très belles parties de guitares,

Ou Intrasport et ses claviers qui ne sont pas sans rappeler les meilleurs moments d’Omar Souleyman (Franchement c’est le kiff dans le club du désert),

et surtout l’énorme The Hungry Wolf of Fate où l’on comprend que les « Roi-Gésier-et-le-magicien-Lézard » (déso j’ai pas eu le temps de bosser sur une traduction qui sonne mieux) ont bouffé du Black Sabbath.

Le reste est un peu en deçà, surtout si on le compare au Volume 1 mais bon, même un King Gizzard un en mode mineur ça reste meilleur que 90 % de la production actuelle. Prends ça, industrie musicale.

A noter que l’album LW, A.K.A explorations into microtonal tuning vol. 3, vient de sortir. Il est d’ores et déjà dans le top 2021 d’office. (Alors qu’on me signale une réclamation dans l’oreillette pour impartialité de l’arbitre).

KGLW - Straws in the wind © King Gizzard and the Lizard Wizard

« J’ai hâte d’écouter leur prochain album de reprises en duo avec Patrick Fiori » Christophe Castaner.

 

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Róisín Murphy – Róisín Machine. « And now for something completely different »: un excellent album de disco / House.

Ce soir c’est soirée disco chez Boris (1995, toi-même tu sais), on enfile ses pantalons pattes d’eff, on remet la chemise col pelle à tarte ouverte jusqu’au nombril, on sort ses boules (à facettes) et on se trémousse sur les lignes de basses de l’irlandaise Róisín Murphy (hey franchement tu t’attendais à quelle nationalité avec un patronyme pareil), de l’hypnotique Simulation à Jealousy et ses tonalités à la Boney M, en passant par le doux Something More ou le plus groovy We got Together.

Et la palme du plus grand nombre d'écoutes est attribuée à Murphy’s Law qui tourne en boucle sur la platine. On aurait envie de rouler éternellement (en vélo bien sûr) sur ce son au crépuscule, les cheveux dans le vent, la mer sur la gauche et les ennuis derrière, loin derrière, et que le morceau ne s’arrête jamais. Keep on, keep on, keep on, keep on…

Roisin Murphy - Murphy's Law © Roisin Murphy

« L’ingrédient principal de la vie est l’amour » tisane Yogi Tea ayurvédique goût réglisse-fenouil

 

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Rone – Room with a view.

Ici Rone nous offre le room service avec cet album beaucoup plus atmosphérique que son précédent, et entièrement musical, à l’exception seule du morceau Nouveau Monde.

Car Alain Damasio remet le couvert sur Nouveau Monde (enfin c’est juste un extrait d’interview je pense) avec aussi Aurélien Barrau mais je sais pas vraiment qui c’est et j’ai eu la flemme de le googler (non en vrai c’est un mec au cheveux longs qui passe à la télé je crois). C’est pas aussi dingue que Bora Vocal mais, hey, un morceau avec Alain Damasio c’est toujours meilleur qu’un morceau sans Alain Damasio non ?

L’album, auquel est aussi associé un spectacle de danse de la troupe (La)Horde, est un véritable et puissant déconfinement mental. C’est comme une odyssée sonore variée mais continue qui explore plein d’univers et franchement c’est bien agréable de pouvoir voyager en restant chez soi par les temps qui courent ma bonne dame depuis qu’y nous ont sorti leur coronamachinchose y a plus de saisons. C’est un album que j’ai mis un peu de temps à apprécier et qui demande peut-être une écoute plus attentive que les autres, mais putain qu’est-ce que ça vaut le coup. 

Bref j’ai pas beaucoup de blagues à dire sauf peut-être que tu peux aussi aller en EHPAD si tu préfères écouter Room with a Vieux. 

Rone - Nouveau Monde © Rone

« Ces mon album préférer de musique avec aussi ceux-lui de mon idole Michel Sardou » Gérald Darmanin.

 

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Makaya McCraven -We’re new Again. Après I’m New Here par Gil Scott-Heron en 2010, et sa relecture dubstep/house/techno par Jamie XX (We’re new here en 2011), place à la version Jazzy avec le nouveau prodige du jazz-qui-craque, le batteur Makaya McCraven. Excellente idée du label XL Recordings qui marque les dix ans de la sortie de We’re new here en beauté.

On y appréciera, entre autre :

le morceau Running toujours aussi bon, avec cette basse groovy à la fin. On pense au Funky Drummer de James Brown

New York is Killing me toujours aussi efficace en version big band, ce qui confirme que c’est un excellent morceau.

Une superbe version piano de I’ll take care of you

Une relecture de The Crutch en blues agressif

Gil Scott-Heron et Makaya McCraven - I'll take care of you © Gil Scott-Heron et Makaya McCraven

« Tant pis, je l’écouterai en prison » Nicolas Sarkozy.

 

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Julien Doré – Aimée.

J’ai toujours aimé Julien Doré, ça doit être mon côté de petit blanc fragile de la classe moyenne. (En plus ma femme m’a obligé à le mettre dans ce top).

C’est pas son meilleur album mais quand même, la fièvre (pas celle d’NTM) c’est vachement bien.

(Même si, honnêtement, la fièvre, vaut mieux l’éviter en ce moment.) 

On y retrouve une tonalité un peu triste voire dépressive (c’est l’album de la maturité) mais avec toujours cette pointe d’ironie et d’autodérisation dans des textes toujours bien écrits.

Et puis franchement, des paroles comme 

«On peut pas changer les ombres, on peut juste les éclairer »

« Tout le monde a quelque chose à dire / sur mes cheveux et le climat / bien que les deux aillent vers le pire / personne ne se battra pour ça » 

 « Sers moi de l’amour dans un verre de pastaga / on a fait le tour de Verlaine et de Kafka » (sur Waf en feat. avec … ses chiens Simone & Jean-Marc)

,je sais pas vous, mais moi ça me parle. C’est comme ça, ça ne s’explique pas.

A noter aussi cette excellente version de Waf avec Waxx qui est encore meilleure que celle de l’album, et qui a dangereusement remis en question mon hétérosexualité.

Julien Doré et Waxx - Waf © Julien Doré, Waxx

« Le disque préféré de Bri-Bri » Emmanuel Macron 

 

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AAL – 2017-2019 et Nicolas Jaar – Cenizas.

En 2020, c’est pas un mais deux albums de Nicolas Jaar : Pour chaque dose d’AAL en vaccin, un Cenizas offert en piqûre de rappel. 

Deux albums dans des registres assez différents :

Alors que Cenizas, plutôt planant et lent, fait de sons dissonants, de bruits d’ambiance, et d’atmosphères caverneuses, nous donne l’impression d’être dans une cathédrale (Allez-y, mettez le volume de l’ampli très fort et posez-vous dans votre fauteuil club avec un verre de whisky, et vous-verrez ce que je veux dire), l’album sorti sous son alias Against All Logic est quant à lui une compilation de titres sortis précédemment, beaucoup plus rugueux et même parfois violents, avec des samples toujours aussi luxueux et des envies d’expérimenter dans tous les sens. 

Deux salles, deux ambiances, deux facettes qui se complètent d’un même génie de la musique à écouter absolument. 

Nicolas Jaar - Mud © Nicolas Jaar

 

AAL - If loving you is wrong © Against All Logic

« Ecouter ces albums protège efficacement du covid » Olivier Véran.

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Si vous avez lu jusqu'ici, merci !

À votre tour de faire votre top maintenant !

 

Zantrop

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