En quatorze haines n°2 : Le quatre-quatre

Zantrop en quatorze haines : la nouvelle est tombée hier. Une liste sans ordre ni classement, car quand on hait on ne compte pas. Le n-ième rang sera toujours le rang haine. On continue avec un sujet qui me met de mauvais Hummer.

le quatre-quatre dans son plus simple appareil © Image par Gerald Lobenwein de Pixabay le quatre-quatre dans son plus simple appareil © Image par Gerald Lobenwein de Pixabay

Le quatre-quatre est appelé ainsi car il a été inventé un quatre avril, jour de la Saint Yves-Remort, saint patron des conducteurs alcoolisés. La sagesse populaire en a d’ailleurs tiré un fameux dicton bien connu du lecteur : « En avril, ne te détourne pas de ta file ».

Attention : Le quatre-quatre ne doit pas être confondu avec le quatre-quarts, dans lequel l’habitacle est beaucoup moins spacieux et la conduite nettement moins agréable. D’ailleurs la recette est très différente, puisque pour faire un bon quatre-quatre il faut un quart d’humilité, un quart de respect de l’environnement, un quart d’intelligence et un quart d’autodérision, autant de qualités auxquelles le quatre-quarts ne saurait prétendre, car il est breton.

Le terme quatre-quatre se dit habituellement « quat’-quat’ », car il est impossible pour le conducteur de prononcer correctement toutes les syllabes sans faire un effort surhumain, ce qui lui ferait perdre un peu de ce temps précieux dont il ne dispose pas. En effet, c'est bien connu, les propriétaires de quatre-quatre n’y vont généralement pas par quatre chemins.

Au passage, le lecteur apprendra que lorsqu’il y a élision d’un phonème en fin de mot, comme c’est le cas ici, on emploiera le terme savant d’apocope. De « cope », (couper, découper), et « l’apo » (de prépuce). Synonyme : Circoncision.

Ses quatre roues motrices permettent au quatre-quatre de se sortir de n’importe quelle situation délicate en deux-deux, de grimper des escaliers quatre à quatre ou de traverser des rivières à la six-quatre-deux. C’est pourquoi le conducteur doit obligatoirement avoir des notions de mathématiques s’il veut pouvoir maîtriser son véhicule. Pensez-y la prochaine fois que vous ne pourrez pas passer en cinquième à cause de ce sale gauchiste de prof de maths.

Ainsi, le quatre-quatre a donc tout à fait sa place dans cette liste en quatorze haines, dont les entrées plutôt « mots tristes » elles aussi – si le lecteur motorise ce trait d’esprit – doivent permettre de se sortir de n’importe quelle position inconfortable en toutes circonstances dans un débat de société.

De nos jours, le quatre-quatre trouve surtout son utilité dans les centres-villes, où ses compétences en franchissement d’obstacles nuisibles se révèleront d’une redoutable efficacité contre tous les pièges de la ville moderne : piétons, cyclistes, enfants qui jouent, tout cela sans distinction aucune. C’est pourquoi on parle parfois de véhicule tout-terrien.

D’ailleurs, le quatre-quatre est généralement équipé d’un immense pare-buffles chromé, qui en plus d’être ornemental lui permet de venir percuter le cycliste par la nuque sans risquer d’érafler la peinture de la carrosserie. Un petit râle vaut mieux qu’un gros RAL 9005 jet black.

Il se montrera également très pratique lorsqu’il s’agira de se garer sur les trottoirs aux bordures un peu trop hautes. A ce titre, il serait d’ailleurs plus intelligent de les rebaptiser garoirs, afin qu’ils retrouvent leur véritable destination une bonne fois pour toutes.

Comme le rappelle Bernard-Henri Wikipédia, Plus Grand Philosophe du vingt-et-unième siècle, « Les américains emploient rarement le terme de quatre-quatre. Ils lui préfèrent l’expression S.U.V. pour Sport Utility Véhicule : véhicule d’utilité sportive ». D’ailleurs toutes les études le prouvent : le sport est bon pour la santé. Il faudrait penser à s’y remettre. Un de ces quatre.

Mais j'y pense, vous ai-je dit que je détestais le sport ?

À la proche haine.

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