Vous paierez !

Pour tout ce que vous faites subir à nos jeunes, à nos vieux, aux personnels de santé, au monde de l’éducation, à l’univers des ouvriers, aux chômeurs, aux précaires, aux femmes et au pays tout entier, vous paierez.

Cela fait plus de deux mois que je ne vous ai pas écrit, Monsieur le Président, depuis le 21 avril pour être précise. C’est une date importante pour moi le 21 avril, et ce jour-là, je vous parlais des résistances à ces mondes qui se succèdent, de guerres en révolutions. Dix-sept ans auparavant, le 21 avril 2002, le pays était horrifié par la présence du Front national au deuxième tour de l’élection présidentielle. Et nous voilà, à l’issue des dernières élections, avec un « premier parti de France » xénophobe, censé assurer votre victoire en 2022.

Je pensais à votre parcours politique, votre stature de président, vos actes, mensonges, moqueries, mais aussi bien sûr à vos stratégies redoutables en matières économiques, politiques et répressives. J’ai eu tout à coup l’impression d’être dans une mauvaise copie d’examen à l’ENA, un cours de base recraché sans intelligence ni vécu. Un univers impitoyable où tous les coups sont permis, la théorie avant tout. Bon élève de province, vous avez atteint l’excellence et dépassé allègrement le niveau des meilleurs de l’élite parisienne en devenant l’objet président des plus fortunés d’entre eux.

Mais voilà. Nous ne sommes pas dans l’un de vos polars, mais dans la vraie vie. Et dans la vraie vie, Monsieur le Président, ça ne va pas se passer comme vous l’entendez. Vous allez trop loin dans vos stratégies, vous n’avez pas de mesure. On dirait que vous voulez pousser toujours plus loin chacune de vos opérations. Vous commencez par vendre un aéroport, mais l’idée de livrer toute la flotte aérienne du pays et ses infrastructures à l’ennemi fait son chemin dans votre esprit lobotomisé de banquier d’affaires. Vous estimez que la loi Travail de 2016 ne suffira pas à vos amis entrepreneurs, vous leur livrez une refonte du Code du Travail asservissant un peu plus les travailleurs aux autres lois, celles du marché. Vous considérez votre élection comme un plébiscite et ne tolérez pas la contradiction. Vous envoyez alors vos troupes et vos milices crever des yeux, estropier, asphyxier, noyer et au petit matin, arrêter les Résistants.

Depuis le début, vous me faites penser à Pétain, Monsieur le Président. Et l’Histoire fait toujours payer les traîtres. Sauver la France est le maître-mot de nos traîtres, et vous ne dérogez pas à la règle, l’Histoire est un éternel recommencement, seuls les acteurs changent.

En mai 2017, vous êtes donc élu président grâce à la confiance accordée par vos amis d’affaires. Le Maréchal était un héros de la Grande Guerre, vous serez celui de la guerre économique. Celui qui n’a peur de rien et surtout pas de mettre son pays à la disposition de l’ennemi, la finance mondiale. Avec votre élection, celle-ci n’a qu’à se servir. L’industrie, les transports, les services publics… tout est à vendre, avec primes à la clé. Quant aux lois, le peuple en fera les frais, toujours au bénéfice de l’ennemi.

Affiche de propagande - 1941-42 © R. Vachet Affiche de propagande - 1941-42 © R. Vachet

Votre entrée en matière sera titrée « Révolution » quand le régime de Vichy décrétait la Révolution nationale (RN !). Le concours de lois et décrets promulgués en un temps record est ouvert, mais ne vous échinez pas trop, car vous savez bien que nous reviendrons dessus à la Libération. La collaboration d’État a certainement son chapitre dans vos cours de l’Administration française, et c’est encore ces ignobles complicités qui emplissent votre décidément très mauvaise copie. En guise de révolution, vos ministres et députés s’échinent à démanteler le droit du travail comme d’autres avaient créé en 1941 la Charte du travail, entraînant la dissolution des syndicats et l’interdiction de la grève.

La Résistance est inévitable dans de telles situations et vous en faites votre affaire, au cœur de votre dissertation. C’est sans hésitation que vous ordonnez aux préfets la plus vive répression, quitte à faire des morts ou des blessés à vie. Vos milices débarquent chez le peuple, cassant tout et emportant le reste. Les gardes à vue se comptent par milliers, pour faire avouer n’importe quel méfait, pour accuser d’une quelconque entrave à la loi, pour humilier, pour terroriser, pour écraser vos détracteurs.

Mais quel est ce peuple ? Il ne s’agit plus de juifs comme au temps d’Hitler, mais de tout un peuple englué dans le rythme de la finance mondiale. Il faudrait tuer tous les pauvres, et puis les vieux, les malades et les handicapés. Ce serait une solution, mais vous n’osez pas la décliner ainsi, pas encore. Les premiers tests de torture, gazage, intimidation, désinformation sont concluants, mais il vous reste encore plus de deux ans pour peaufiner l’éradication du pauvre, partie non négligeable du peuple.

Vous savez que pour durer, l’endoctrinement, euh pardon, l’éducation est un élément clé. Ainsi, Pétain avait promu au rang de priorités nationales le travail, la discipline et le respect de l’ordre, autrement dit, Travail, Famille, Patrie, au détriment de Liberté, Égalité, Fraternité. Dès leur plus jeune âge, les enfants entonnaient chaque matin un chant à la gloire du Maréchal, tandis que l’on ouvrait des « Chantiers de jeunesse » partout dans le pays. Sous couvert d’une sorte de stage scout (le service militaire ayant été supprimé à l’armistice), les jeunes y passaient huit mois à avaler les valeurs de la Révolution nationale promise.

Quel bon élève vous faites, Monsieur le Président ! Avec vos « volontaires » pour le Service national universel (SNU) on s’y croirait. Réveil à 6h30, levée du drapeau et Marseillaise, uniformes, téléphone interdit la journée et extinction des feux à 22h30, voilà un programme qui va pouvoir jeter les bases d’une contre-révolution efficace. Pour mieux les préparer, votre ministre de l’Intérieur fait du zèle avec des cours de travaux pratiques aux élèves de maternelle et celui de l’Éducation instaure la présence des drapeaux français et européen dans les salles de classe. Il rappelle aussi fermement l’obligation d’apprendre les paroles de notre chant de guerre national.

Je vous l’accorde, vous n’êtes pas le seul collabo, beaucoup de Français tiennent leur rang en la matière. Avec la seule écoute des médias à votre solde, via leurs patrons, ils s’en tirent à bon compte en se taisant ou en aidant l’ennemi à fructifier, ramassant leur part au passage, si minime soit-elle. Peu leur importe que des gens crèvent sur les trottoirs ou dans toutes les mers du monde tant que leurs profits augmentent. Ils seront morts depuis longtemps quand la planète explosera ou n’aura plus d’eau, d’air ou de nourriture, ils s’en foutent. Après moi le déluge, pense le collabo.

Votre gouvernement, c’est un peu Vichy. Je veux dire, un monde à part du pays, retranché dans sa conviction de sauver la France. Persuadé de votre légitimité à avoir pactisé avec l’envahisseur, vous enrôlez les agents de l’État dans sa destruction, vous allez au-delà des demandes de l’ennemi dans le démantèlement des acquis sociaux, vous dépassez la répression pétainiste, vous n’avez plus de limites. Alors, la Résistance serait les Gilets jaunes qui vous défient depuis 33 semaines et les alliés seraient l’Internet.

En France, il y a eu beaucoup de morts depuis le début de la guerre économique, mais ne comptons que depuis votre élection. Quinze mille morts par an dues au chômage (stress, suicides, manque de soins…) et la disparition de dizaines de milliers d’emplois. D’ici quelques années, ceux qui seront créés concerneront principalement des ingénieurs et des formateurs d’ingénieurs, pour faire tourner et évoluer encore les machines qui continueront à détruire toujours plus d’emplois. Et une fois de plus, vous collaborez. Plutôt que d’investir dans la recherche, dans l’éveil culturel et technologique de la jeunesse, ou de réfléchir à de nouvelles formes d’existence, moins contraignantes, grâce au remplacement des emplois par des robots, vous nous vendez, vous nous écrasez, vous nous tuez.

Vous allez donc payer. Tout comme les personnages que vous avez cru bon d’imiter dans ce pamphlet que vous tentez de nous revendre, vous serez jugés, vous et vos sbires, vous et l’ennemi aussi, cette dictature qui voulait faire de nous des gens de rien, toujours plus nombreux et coûtant un pognon de dingue. Vos erreurs et trahisons vous coûteront bien plus cher et vous paierez.

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