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Billet de blog 1 oct. 2019

Les vents tournent

On le sent bien, dans les chaumières, le doute s’installe de plus en plus, comme un vent dont la direction aurait dévié, tel le nuage de Rouen passé par Amiens, la vallée et la baie de  Somme, trésor écologique et ornithologique, avant d’aborder les Hauts-de-France et la Belgique.

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Les autorités continuent de passer sous silence tout ce qui pourrait gêner la prolifération de la dictature de la désinformation : le nombre de manifestants comme les taux excessifs de matières cancérogènes et inflammables. Les révoltes en cours sont les cancers des pouvoirs, mais plutôt que d’éteindre les feux en informant, en prenant des mesures adéquates, le gouvernement et son bataillon de valets ravivent sans cesse les mèches, en paroles ou en silences.

Dans les zones touchées par la catastrophe, on est scandalisé par l’aplomb avec lequel ne sont pas transmises les informations. Les Gilets se sont habitués à force, mais les habitants du nord de la France prennent toute la mesure des mensonges de l’État. Enfin, ils ne la prennent pas vraiment encore, car le « Rouenleaks » est en cours et il faudra des décennies pour connaître la vérité, même si après 72 heures de gavage chiraquien, les médias se réveillent, encore groggys de cette abondance de sympathiques souvenirs.

Depuis plusieurs semaines, je trouvais que le ton avait changé. Ici ou là, on commençait à entendre des voix dissonantes dans « l’autre camp ». Le 21 septembre, c’était un capitaine de police en garde à vue pour rébellion et outrage,  après avoir insulté ses collègues, et rapidement confié aux services psychiatriques pour examen. Le 25, sur Public Sénat (officine d’État), un journaliste désignait les vraies barbaries que sont les mutilations, les mensonges organisés sur les pratiques policières, les lois permettant les pires exactions. Même les éditocrates de BFM, CNews, LCI, France info commençaient à poser la question : quel avenir pour Macron ? Devant le siège de la France insoumise, le porte-parole du syndicat de policiers Alliance Police nationale (inspiré du nom du réseau de résistance qui ne rallia le BCRA et la France Libre qu’au printemps 1944 ?), se refusait à prendre parti pour le mouvement citoyen tout en réclamant la même chose : de meilleures conditions de travail et des salaires décents.

Dans le même temps, une directrice d’école se suicidait, laissant une lettre pour dénoncer les dysfonctionnements du mammouth, comme bon nombre d’autres agents ne pouvant plus fonctionner dans ces conditions. Il y a aussi les 264 services d’urgences toujours en grève, les pompiers pas contents, sans compter ceux contaminés à Rouen, les retraités dans la rue, les chômeurs qui s’attendent au pire, et puis surtout, les jeunes. Ceux-là que l’on trouvait si frais, si purs, avec cet enthousiasme à chanter dans les rues au printemps contre le réchauffement climatique. La parade était si belle alors que la police matraquait et gazait tout ce qu’elle pouvait à quelques rues de là, sur les Champs-Elysées.

C’est au mois de juin que le vent a tourné pour eux avec les pulvérisations de gaz à bout portant sur un pont parisien. Et les jeunes écolos de commencer à rallier les Gilets jaunes et inversement avec, si ce n’est une convergence des luttes, une réelle bataille contre le climat des lacrymos. Dans la série des toxiques, les maires aussi se sont réveillés. Après la bataille de celui du petit village de Langouët avec son arrêté municipal interdisant les pesticides à moins de 150 mètres des habitations, nombreux sont ceux qui l’ont suivi, malgré les annulations préfectorales. Des départements entiers parfois.

Des conditions de travail aux mutilations, du cyanure des lacrymos aux pesticides, du plomb de Notre-Dame à l’amiante embrasée à Rouen, les poisons sont partout et les vents contraires se rassemblent peu à peu pour éloigner la dépression. Les dirigeants de ce pays commencent à sentir les rafales de la tornade en gestation, les vents tournent, j’en suis certaine.

Rouen, le 26 septembre dans la nuit

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