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Billet de blog 3 mai 2019

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Allô ? C’est pour une réclamation !

Puisque vous êtes encore là, Mesdames et Messieurs les « représentants du peuple », je voudrais vous demander un service. Un dernier.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

J’ai écrit plusieurs fois au président ces dernières semaines sans jamais obtenir de réponse. C’est pourquoi je m’adresse à vous, en dernier recours. Élus aux assemblées, dans les communes, départements, régions, et élus syndicaux, faites quelque chose pour rendre raison à M. Macron.

Au début du mouvement des Gilets jaunes, j’étais vraiment sceptique et je ne suis allée à leur rencontre que le 1er décembre, lors de la manifestation rennaise. Ce jour-là, en centre-ville, il y avait les Gilets jaunes, des syndicats, des élus, et la convergence était à bout de banderole, on y aurait presque cru. À 350 km de là, Paris était à feu et à sang, alors que vous n’aviez rien vu venir.

Dix jours plus tard, les premières mesures censées calmer le peuple étaient solennellement annoncées à la télévision, comme il est peut-être recommandé dans les manuels des grandes écoles que certains d’entre vous ont fréquentées. Les syndicalistes ont d’autres références, mais elles sont toutes aussi obsolètes. Le monde a changé depuis vos classes ou votre première embauche.

Donc, sur les ronds-points, les Gilets jaunes s’étaient un peu partout regroupés pour écouter le président, avec l’espoir d’avoir déjà gagné. En vain bien sûr, car rapidement, les cent euros promis à certains s’avérèrent une fumisterie, l’abandon de la hausse de la CSG sur les petites retraites, la moindre des choses, et les primes défiscalisées, un cadeau pour les salariés les mieux lotis, ceux des grandes entreprises. L’effet fut immédiat, la colère prit de l’ampleur, de toute part.

D’un côté les Gilets jaunes remontés par l’enfumage présidentiel, de l’autre les gentils citoyens outrés des violences déversées en boucle à la télé, endoctrinés par les analyses des spécialistes et autres chasseurs de piges. Au milieu, vous, les « représentants du peuple », choisissant votre camp, celui de la sauvegarde de la tradition républicaine, consistant à étouffer tout ce qui ne viendrait pas de vous, car vous seuls auriez la légitimité de l’action.

Comme vous le savez, nous avons vécu depuis de longues semaines douloureuses pour tous. Des vies ont été traumatisées, beaucoup se sont suicidés et pas que dans la police. Vous souvenez-vous que l’on attribue à la pauvreté le nombre de dix mille morts par an en France ? Sur les ronds-points, j’ai rencontré beaucoup de personnes précaires avec ou sans travail. Des retraités aussi, énormément. Des jeunes en nombre et des mères de famille plus déterminées que jamais.

Nous sommes bientôt à six mois de bras de fer et il est temps pour vous de prendre vos responsabilités. Il est temps de dire au président qu’il n’est pas possible de vivre, même avec 1000 euros par mois quand on a un loyer et les charges contraintes qui vont avec le fait d’avoir un toit pour dormir. Il est temps de comprendre que ceux qui ont encore un travail doivent pouvoir en vivre de façon acceptable. Que diriez-vous de vivre avec un Smic à 1200 € nets ?

Il faudrait également éclairer le président sur l’image qu’il renvoie. Ce mépris qui transperce dans ses paroles et ses rictus moqueurs, n’est plus tenable, il ne fait qu’énerver un peu plus ceux qui l’écoutent encore. Il y a aussi son ministre Castaner, il faut lui en parler. Cette façon d’attiser l’angoisse avec des annonces alarmantes, reprises à l’infini sur les ondes, ne sert qu’à donner à certains une rage dont je n’oserai vous parler ici. Quant aux démonstrations faites à des enfants sur une chaîne privée, elles démontrent la totale inconscience de cet homme et son état psychologique fébrile.

Et vous dans tout cela, que faites-vous ? Vous laissez faire. Les négociations salariales à 0,1% ne parlent plus à personne, mais les plus gros syndicats persistent à croire qu’ils sont la solution alors qu’ils ont oublié ceux qu’ils défendaient, une fois leur emploi perdu. Ils n’ont négocié que l’aménagement de nouvelles restrictions dans les droits des chômeurs, jamais la sauvegarde des niveaux et conditions d’indemnisation. Comment s’étonner alors de la baisse du nombre d’adhérents des centrales vieilles de nombreuses décennies ?

Certains ont eu la naïveté de croire que de nouvelles têtes d’élus changeraient leur quotidien, mais vous vous êtes tous pliés aux dictats du Nouveau Monde, celui du XXIe siècle. Tandis que les uns suivent la ligne présidentielle comme un seul homme, d’autres tentent de faire entendre leur voix, mais sans succès, tant ils sont enfermés dans des règles d’un autre temps. Vous voulez croire encore à une démocratie, quand vous en êtes les destructeurs, à force de ne pas entendre ce peuple dont vous vous revendiquez.

Je ne parle pas des quelques élus tentant de vous faire entendre raison lors de vos votes aux assemblées, ou des quelques militants qui ne vont même plus à vos rassemblements, mais de vous, la majorité de ces « représentants du peuple » qui pensez briller de ce titre en vous regardant dans le miroir. Sortez de vos coquilles et admettez l’échec de votre entreprise. Reprenons depuis le début et imaginez.

Imaginez si vous aviez su convaincre de l’urgence de la situation des plus démunis. Si vous n’aviez pas voté les lois avantageant les plus riches en étranglant un peu plus les autres. Si vous n’aviez pas voté les lois de restriction des libertés. Si vous aviez partagé le budget plutôt que de diviser les Français. Si vous n’aviez pas couvert les bavures des agents du président et les violences de la police, alors que les preuves vous accablent d’indulgence envers l’inacceptable. Mais avec des « si » on mettrait Notre-Dame sous cloche, ce que vous ne manquerez pas de faire le 10 mai prochain à l’Assemblée.

Les internautes rigolent bien quand vous vous prenez un gaz lacrymogène le 1er mai. Cela fait 25 semaines qu’ils inhalent ces gaz dont la composition est plus que dangereuse. C’est parce qu’ils n’iront pas voter pour vous que vous n’avez plus rien à perdre ? Relevez la tête et allez parler au président. Dites-lui que, même si les gens sont fatigués, ils sont déterminés. Si ça rate ce coup-ci, par son talent à faire traîner les choses avec des débats et des discours à rallonge, ce ne sera que partie remise. Votre cher peuple vous le rendra, comme d’habitude.

Dites-lui tout ça et aussi que je me tiens à sa disposition pour lui expliquer les mots qu’il ne comprend pas.

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